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L’industrie photovoltaïque européenne traverse une passe difficile. Il serait irresponsable de la part des gouvernements de la laisser s’effondrer, alors que le solaire est une clé d’un avenir énergétique maîtrisant le changement climatique.
Industrie photovoltaïque européenne en crise : Plutôt que de fermer les
usines, accélérons la transition énergétique.
L’industrie photovoltaïque européenne est en crise, en France, comme la
montré l’exemple de Photowatt, mais aussi, et c’est très grave, dans son berceau
allemand, où de nombreuses entreprises et usines sont menacées de disparition (Q
Cells, First Solar, Odersun, solartecture, Solon…), avec des milliers de
suppressions d’emplois. Le risque est très grand de casser le tissu industriel
et la dynamique exceptionnelle de ce secteur, largement impulsé et porté par
l’Europe. L’exemple le plus symbolique, est celui de Q cells, qui vient de
déposer le bilan, avec à la clé près de 2200 suppressions d’emplois au niveau
mondial dont 1700 en Europe. À l’aube des années 2000, alors que l’industrie
photovoltaique en était encore à ses balbutiements, Q cells n’existait pas. Il a
fallu l’audace visionnaire de quatre « steve jobs » du photovoltaïque
pour se lancer en 1999, dans une aventure apparemment insensée : parier sur le
développement accéléré du photovoltaïque en développant une stratégie de
production de masse tout en menant une politique d’innovation basée sur la
R&D (exemple de la filière couches minces Solibro).
S’adossant intelligemment au besoin de mutation de régions industrielles
sinistrées de l’ex RDA, à coté de Berlin, l’entreprise a connu un développement
fulgurant. De 9,3 mégawatts/an [(MW/an] en 2002, Qcells est devenu N°1 mondial
en 2008 avec 540 MW/an ! En 2010 sa capacité de production était 1,23 GW
[gigawatts, ou mille mégawatts] soit l’équivalent en puissance crête d’une
tranche nucléaire par an, et environ ¼ de tranche en production effective,
donnant une idée de la capacité du photovoltaïque à répondre rapidement aux
besoins énergétiques. Ce schéma s’est répété ensuite aux USA (avec First Solar,
Sun Power) et surtout en Chine (avec Suntech).
Parties de rien, grâce à des fondateurs audacieux et souvent passionnés, ces
entreprises dédiées au photovoltaïque, comme de nombreuses autres plus petites,
se sont retrouvées au firmament du domaine en quelques années, devançant
rapidement les majors polyvalentes établies depuis des années. Nous leur devons
donc largement l’irruption du photovoltaïque comme alternative énergétique
crédible aux énergies fossiles carbonées ou nucléaire, passant de 390 MW de
production annuelle en 2000 à 27 GW en 2010, soit un facteur 70. Ce qui était
encore un graal inaccessible en 2000, la parité entre le coût de production de
l’électricité photovoltaïque et le prix d’achat de l’électricité sur le réseau
(parité réseau), est en train de devenir une réalité grâce à l’abaissement
extrêmement rapide des prix des modules photovoltaïques.
Les capacités de production se sont ainsi envolées, en particulier en Chine,
avec comme conséquence l’entrée dans un régime de surproduction (environ 30% en
2010), accélérant encore la réduction des prix de vente, suivant la loi de
l’offre et la demande. Dans un tel contexte, il est aisé de comprendre, si on
s’en tient strictement à la « loi du marché » que le retour de manivelle
pour les entreprises du secteur qui ne peuvent pas rester compétitives, à court
terme, en termes de coûts de production est terrible, et c’est justement le cas
de Q Cells, ainsi que de la plupart des entreprises européennes du domaine.
Ainsi pourraient être rayée de la carte, en quelques mois, la colonne
vertébrale de l’industrie photovoltaïque européenne, construite principalement
dans la décennie 2000-2010, et accumulant des savoirs scientifiques,
technologiques et des compétences humaines inestimables. Si on ne fait rien, en
se reposant uniquement sur « la loi du marché », sans prendre conscience
de la dimension spécifique d’utilité publique et d’avenir pour l’humanité de
l’énergie photovoltaïque, mais aussi de sa fragilité, le risque est grand voir
disparaitre l’industrie européenne du domaine et même de bloquer la poursuite de
son développement au niveau mondial.
Libérés de « l’hypothèque photovoltaïque », les investissements se
déchaineront alors vers les gaz de schiste, le charbon, les pétroles d’Alaska ou
de Méditerranée … au détriment de la lutte contre le changement climatique et de
l’éthique du développement durable. De quel droit moral les générations
actuelles pourraient-elles épuiser toutes les ressources non renouvelables
accumulées par la planète dans un passé lointain sans se soucier de les
préserver au maximum pour ses propres enfants ?
Plutôt que de tenter à tout prix de réduire la surproduction photovoltaïque
en fermant les usines et en tentant de faire remonter les prix, il faut au
contraire utiliser cette surproduction pour accélérer son changement d’échelle
en montant des projets ambitieux, au niveau des villes, des régions, de l’Europe
et à l’international, en particulier en Afrique et dans les pays émergents. Pour
cela les pouvoirs publics doivent s’engager de façon beaucoup plus importante,
et stratégique, dans le soutien de la filière.
S’il n’y avait eu que la loi du marché, nous n’aurions jamais assisté au
développement actuel du photovoltaïque. Il faut rappeler que ce sont les
politiques publiques de soutien, en Europe en particulier, qui ont permis le
décollage industriel, grâce aux tarifs d’achats, permettant l’abaissement rapide
des coûts associé aux effets d’échelle et aux innovations de la R&D. Dans
ces conditions il sera possible d’aider les entreprises du secteur
photovoltaïque à tenir le coup durant cette période de transition, à se
restructurer en synergie avec l’ensemble du tissu industriel, de façon à ce que
l’industrie photovoltaïque européenne reprenne très vite une place de premier
plan dans la nouvelle phase de développement à venir, tout en sauvant les
emplois et l’outil industriel.
Nous appelons également les citoyens européens, en particulier les centaines
de milliers d’entre eux qui sont déjà producteurs d’électricité photovoltaïque
en Europe, et qui ont permis par leur engagement, de faire décoller le domaine,
à se mobiliser pour soutenir la filière dans ce moment critique. Ainsi plutôt
que de fermer les usines photovoltaïques, nous proposons de donner de nouveaux
débouchés à leur production en accélérant la transition énergétique avec le
soutien des politiques publiques et une politique industrielle forte, solidaire,
citoyenne. Il n’y a pas de temps à perdre pour cela, et d’ici cinq ans, en 2017,
à la fin du prochain quinquennat en France, le résultat sera évident, avec soit
une transition énergétique engagée de façon éclatante et irréversible, soit un
champ laissé à l’abandon.
Signataires
. Daniel LINCOT, Directeur de recherche au CNRS, Médaille d’argent du CNRS,
ancien président de la conférence photovoltaïque européenne en 2008, initiateur
de l’appel international pour l’énergie photovoltaïque (2008).
. Wolfgang PALZ, Président du conseil mondial des énergies renouvelables,
ancien directeur des programmes européens sur les énergies renouvelables, auteur
du livre Power for the World, un livre sur l’énergie photovoltaïque avec
la contribution de 40 pionniers du secteur au niveau international, Pan Stanford
Publishing, 2010.
. Antoine LABEYRIE, Astrophysicien, Membre de l’Académie des Sciences, a
équipé depuis 1978 sa maison en photovoltaïque indépendant du réseau.
. Jacques DUPIN, Ancien ingénieur du CERN, cofondateur en 1985 du Solarclub,
installateur d’un toit photovoltaïque aux Houches depuis 2001.


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