C’est ma fête en ce moment, entre les délires de la droite sur mes liens avec Mikis Théodorakis et une
certaine lecture de mon résultat à Hénin-Beaumont. Cela vaut assez largement la
pluie de tracts et lettres anonymes de la semaine passée. Il va donc falloir
que j’en dise mon mot.
Je parlerai donc de l’élection législative en général.
Puis de celle de la onzième circonscription du Pas-de-Calais où j’étais
candidat. Vous allez en apprendre de belles. J’en profiterai pour lancer une
alerte. La victoire n’est nullement assurée sur place contre madame Le Pen en
dépit de l’arrogance des socialistes. Je renouvelle donc mon appel solennel à
Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, venus au premier tour faire campagne contre
moi, de venir aussi au second tour jeter tout leur poids dans la balance contre
Le Pen.
Cette note va à hue et à dia à mesure que je me
déplace avec cet ordinateur, parfois perdant le fil de l’ordre d’exposition
d’abord prévu. Je prends donc une précaution. Avant de publier quoique ce soit,
je veux dire ma gratitude à ceux des journalistes qui n’ont pas laissé dire sans
réagir contre les calomnies d’Alain Juppé, Kosciusko-Morizet et Estrosi. Ces
personnages de la droite ont répété sans savoir de quoi ils parlaient, ce qui
les rend d’autant plus coupables, les propos de Marine Le Pen sur ma prétendue
proximité avec les antisémites via un improbable copinage avec Mikis
Théodorakis. Ils sont parfois tombés sur des journalistes qui ne laissèrent pas
dire et ne se contentèrent pas de faire les passe plats. J’ai trop pris la
mesure de ce que coûte le harcèlement mensonger restant sans réplique pendant ma
campagne législative pour ne pas sentir la différence de comportement chez ceux
qui en sont capables. Une fois de plus, les socialistes sont aux abonnés
absents.
À Hénin-Beaumont déjà, j’ai appelé le candidat de l’UMP-Modem pour le
remercier quand il a démasqué un distributeur de tracts anonymes du front
national et diffusé sa confession sur internet. Dans ma façon de vivre la
politique, l’implacable volonté ne prive pas du respect exigeant pour ceux qui
marquent de la droiture même au prix des facilités que le silence leur
rapporterait. Le contraire des salauds sartriens qui se donnent bonne conscience
en s’inventant des raisons de laisser faire.
Ce premier tour de législative
n’est pas glorieux. Une abstention massive dénature le vote et signe la
« joie plate » dont j’ai parlé à propos de l’ambiance du soir du résultat des
présidentielles. En 1981, la participation était de 70 %. Le comble du ridicule
est avec le vote des français de l’étranger. Les députés vont être élus avec
moins de 20 % de suffrages exprimés. Ailleurs, sur tout le territoire national,
une fois de plus, l’abstention suit la ligne des frontières de classes, selon
les quartiers et les bureaux de vote. Une fois de plus des commentaires à deux
balles fleurissent sur « la fatigue des français » de voter et ainsi de suite.
C’est à peine si, ici où là, perce une vision plus politique. Ainsi quand « La
Croix » pointe que la bipolarisation de la vie politique se présentant davantage
comme un étau que comme un choix, dissuade ceux qui se savent d’avance non
représentés à la sortie du processus. Et d’interroger : « que reste-t-il en
effet aux électeurs qui ne se sentiraient représentés ni à l’Elysée ni au
parlement ? ». Bonne question. En ce qui nous concerne, Antoine Fouchet du
même journal tranche dès la page deux : « Sans groupe à l’assemblée Jean-Luc
Mélenchon cherchera à transformer plus que jamais l’alliance en une force « au
service de l’insurrection citoyenne ». En tous cas il est exact que c’est
bien ce que, peu ou prou, j’ai l’intention de proposer avec la direction du
Parti de gauche à tout le parti pour son prochain congrès. Car certes, nous
participons à la mascarade actuelle et nous respectons sa conclusion parce que
nous sommes républicains et que nous nous soumettons à la loi et à la
Constitution aussi longtemps que le peuple ne l’aura pas changée lui-même. Pour
autant, ce serait une lourde faute d’en attendre davantage que ce que nous en
voyons déjà. C’est-à-dire un monstrueux déni de démocratie. Jugez plutôt.
Si
nous étions représentés à l’assemblée à la proportionnelle de notre résultat
électoral à la présidentielle, nous aurions soixante-quatre sièges. Si nous
l’étions à la proportionnelle des voix gagnées à ce premier tour, nous serions
quarante-trois députés du Front de Gauche ! On sait ce qu’il en sera en réalité.
Surtout quand, par-dessus le marché, le parti dominant, le PS, consacre
l’essentiel de ses forces à tenter d’écraser ses partenaires pour avoir la
majorité absolue tout seul. Pourquoi faire ? Pour être certain de pouvoir rendre
impossible de cette façon toute forme de débat sur les décisions qui viendront
d’en haut ! Mais le débat aura lieu. Et bien plutôt qu’on ne le croit chez les
importants. Ailleurs et autrement puisque nous n’avons pas le choix.
S’agissant de l’élection législative dans le Pas de
Calais, je note le nombre de commentaires de presse sur mon résultat au
premier tour qui en restent à un niveau de nullité psychologisante auquel je
n’arrive pas à me faire ! La paresse intellectuelle moyenne des voyageurs du
« cirque médiatique », la jubilation corporatiste haineuse palpable de
quelques-uns comme « le Parisien » et « l’Express », tout cela s’est additionné
en indigestes tartines. Elles fournissent une pesante littérature qui obscurcit
les faits qu’elles prétendent pourtant éclairer. Car l’étude d’un résultat
électoral commence d’abord avec l’examen des chiffres. Accrochez-vous. Voici ce
qu’il vous faut savoir et que vous ne lirez sous la signature d’aucun de ces
« analystes » qui saturent l’atmosphère.
Lire la suite de l'article sur le blog de Jean-Luc Mélenchon...
...et sa moralité :
...et sa moralité :
En fait, quelque goût que j’en ai en réalité, je me protègerai de cette façon
contre le chagrin que soulèvent en moi ce constat de l’aveuglement et de la
fascination morbide pour madame Le Pen. C’est cette même veine glauque qui fit
en son temps les Drieu la Rochelle et les autres intellectuels brillants qui
finirent comme on sait. Une nouvelle faillite des élites se dessine sous nos
yeux. Il est vain d’attendre d’elles quelque mise à distance que ce soit. C’est
à mes yeux le plus grave dans le moment que nous vivons.

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