mercredi 13 juin 2012

Des abricots au goût amer, Al Walaja.

 Anne Paq  

Il a fallu faire une belle marche pour atteindre le fond de la vallée d'Al Walaja et les terres de la famille de Wael Al-Araj pour y ramasser les abricots.

Nous avons d'abord traversé le Mur de séparation. Il y a toujours une ouverture comme le Mur n'est pas fini dans cette zone, mais pour combien de temps? Une fois que le Mur sera achevé et encerclera Al Walaja, il n'y aura probablement plus d'accès possible à ces terres.

Les enfants et Wael ont dévalé très vite le flanc de la colline. Ils semblent à l'évidence en connaître les moindres recoins. Selon Wael: "nous avons grandi ici, nous connaissons toutes les pierres".

Avant Wael et sa famille vivaient dans la vallée, mais ils ont dû partir en 1980 pour se rapprocher de l'école et d'autres services de base. Wael et sa famille viennent cependant presque tous les jours sur leurs terres pour en prendre soin. Parfois, les soldats israéliens viennent les harceler et leur demandent de partir.

Tout cette vallée est en fait convoitée par les autorités israéliennes. Sur une partie de celle-ci est prévue une nouvelle colonie qui fera le lien entre les colonies déjà existantes de Gilo et Har Gilo. Sur une autre partie est prévue un "parc" pour le plaisir exclusif des Israéliens. Ce qui est sûr, c'est que les terres seront enlevées à leurs propriétaires, les Palestiniens, qui les ont cultivées depuis des générations et des générations. Ils ont les papiers, mais une fois que le propriétaire est décédé, leurs fils ne peuvent même pas enregistrer les terres sous leur nom. Ainsi Israël justifie ces spoliations au niveau illégal, en prétextant que les Palestiniens ne peuvent pas prouver qu'ils en sont les propriétaires.

Nous avons passé une merveilleuse journée dans cette vallée. Les enfants jouaient dans les arbres, et riaient sans cesse tout en travaillant. Le paysage était magnifique. Les abricots étaient délicieux, mais leur goût était un peu amer, l'amertume de savoir que probablement l'année prochaine ou l'année d'après, ils seront certainement hors de portée pour la famille de Wael.

Les procédures juridiques concernant la route du Mur autour de Al Walaja, Beit Jala et Cremisan sont toujours en cours, mais les bulldozers travaillent tous les jours, et créent des faits sur le terrain qui sont en train de modifier les paysages à jamais.

Anne Paq

Chroniques de Palestine

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