Depuis 10 ans que j’enseigne l’espagnol, je m’étonne de voir la place
particulière qu’occupe Cuba dans nos manuels scolaires. L’île fait partie des
rares pays à avoir longtemps bénéficié d’un chapitre entièrement dédié dans la
plupart des manuels, tous éditeurs confondus.
Qu’un si petit pays bénéficie d’un traitement à part interroge. Les
concepteurs sont-ils tous cubanophiles ? Connaisseurs de l’Amérique latine
accordent-ils cette place particulière à Cuba pour son influence et l’importance
que sa Révolution a pour les progressistes de ce beau continent ? Amateurs d’art
et de littérature ressentent-ils le besoin de faire découvrir Nicolas Guillén,
Alejo Carpentier ou Wilfredo Lam à nos élèves ?
Non. Cuba n’y est généralement présentée que comme une horrible dictature qui
affame son peuple, imposant le rationnement. Les auteurs sont généralement des
«journalistes» espagnols professionnels de la propagande anti-castriste ou Zoé
Valdés dont la qualité littéraire et l’objectivité (voire la bonne fois) sont
plus que discutables. Les uns comme les autres sont tellement obsédés par la
condamnation de la révolution cubaine qu’ils en nient les acquis comme les
évolutions.
En 10 ans d’enseignement, je m’étais habituée à cette propagande (c’est le
mot) des éditeurs, éludant le sujet ou apportant mes propres documents
permettant un autre regard sur Cuba.
Mais aujourd’hui à l’occasion d’une surveillance d’épreuve, j’ai découvert le
sujet d’espagnol des candidats au baccalauréat des séries S et ES, le texte
s’intitule : El muchacho de Camaguey, il évoque Cuba et l’auteur est
espagnol (les littératures cubaine et latinoaméricaine doivent être trop
pauvres !).
En quelques mots, l’auteur nous parle d’un cubain famélique qui se méfie des
touristes suite à une mésaventure survenue quelques mois auparavant. Des
policiers se faisant passer pour des touristes colombiens l’avaient piégé et
arrêté pour avoir montré et parlé de sa faim et de son dénuement.
Il est touchant de voir que mes chers collègues s’émeuvent du manque de
liberté à Cuba, ignorant la plupart du temps les assassinats et tortures
politiques en Colombie ou les 50 journalistes « disparus » au Honduras (pour ne
citer que ces 2 pays).
Ou peut-être se sentent-ils proches du peuple cubain. Pourquoi alors ne pas
parler des attentats dont l’île a été victime, du blocus imposé par les Etats
Unis qui interdit l’accès à de nombreux médicaments et malgré lequel l’Etat
garantit à tous un niveau de santé digne des pays riches.
Ils reprochent la censure et la propagande de l’Etat Cubain, mais que dire du
harcèlement, du dénigrement systématique d’une révolution qu’un peuple souverain
a voulu, a défendu et défend encore chaque jour !
Je croyais que les enseignants, et plus encore l’éducation nationale,
rêvaient ouvrir les esprits de nos jeunes et non pas les manipuler, je me
trompais.
Paris, le 20 juin 2012
Voir le texte original de l’épreuve : http://www.letudiant.fr/examen/baccalaureat/bac-s/corriges-e... du-bac-s/corrige-du-bac-s-le-sujet-de-lv1-espagnol.html
Le Grand Soir

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