L’annonce du premier ministre modulée par le ministre
"Nous envisageons que dans un certain nombre d’entreprises publiques
où le taux de participation de l’Etat est très important nous puissions
dégager une partie pour financer de l’investissement. Pas pour boucher
les trous du budget", a déclaré le premier ministre. Jean-Marc Ayrault a
donné l’exemple des 20 milliards d’euros qui seront nécessaires pour
financer l’installation du très haut débit pour Internet sur tout le
territoire.
Pour autant, cette décision du gouvernement français ne marque pas "le
retour des privatisations", a indiqué lundi le ministre de l’économie,
Pierre Moscovici. "C’est une gestion fine du capital de l’Etat, en
conservant son rôle d’Etat stratège", a déclaré le ministre sur I-Télé.
Ce qui est crucial aujourd’hui, c’est la relance de notre économie, la
croissance, la création d’emplois, et pour cela il faut tout faire pour
investir et le faire sans creuser les déficits."
Le ministre a refusé de dévoiler le nom d’entreprises qui pourraient
être concernées, mais a affirmé que l’idée générale pouvait être "de
jouer ici où là ; cela peut être réduire les taux de participation, cela
peut être vendre des participations non stratégiques". Il a exclu que
les cessions portent sur l’ensemble du capital, l’ensemble des
participations de l’Etat représentant un peu plus de 60 milliards
d’euros.
« Nous envisageons que dans un certain nombre d’entreprises publiques où
le taux de participation de l’Etat (dans leur capital) est très
important, nous puissions dégager une partie pour financer de
l’investissement. Pas pour boucher les trous du budget », avait déclaré
dimanche le Premier ministre.
Rappels de définitions
La privatisation est l’opération consistant à transférer par la vente
d’actifs, une activité, un établissement ou une entreprise du secteur
public au secteur privé. La privatisation est dite partielle si
seulement une partie du capital est vendue. L’opération inverse de la
privatisation est la nationalisation.
Les objectifs, souvent idéologiques, de la privatisation peuvent être
multiples :
réduire l’interventionnisme de l’Etat dans l’économie,
ouvrir à la concurrence un domaine d’activité jusqu’alors en situation de monopole,
donner plus de souplesse aux entreprises (nomination des dirigeants, prises de décision),
apporter des recettes supplémentaires à l’Etat (mais ces recettes n’ont lieu qu’une seule fois)
Les adversaires des privatisation considèrent que certains secteurs
d’activité n’ont pas vocation à appartenir au secteur privé, mais
doivent rester dans le giron de l’Etat ou de la collectivité :
Les secteurs stratégiques comme l’eau, l’électricité.
Les
secteurs où les infrastructures représentent un investissement tel que
celui-ci ne peut être réalisé que par l’ensemble de la collectivité :
réseau ferré, réseau d’accès de télécommunication, autoroute,
distribution postale. Les excès du libéralisme en matière de
privatisation ont montré leurs limites dans ces domaines : électricité
en Californie, réseau ferré en Angleterre.
Les secteurs de monopole de fait : aéroports.
Les secteurs d’intérêt général.
À l’inverse, la nationalisation est l’opération de transfert à la
collectivité nationale des moyens de production privés : entreprises,
terres, etc.
La nationalisation d’une entreprise consiste pour un Etat à entrer dans
le capital de celle-ci à plus de 50% afin d’en prendre le contrôle
direct. Elle peut s’opérer soit par une indemnisation des propriétaires
privés (ex : nationalisations du gouvernement Maurois en 1982) soit par
une confiscation sans contreparties financières (ex : lors d’une
révolution, pendant ou après une guerre, comme dédommagement après un
préjudice, etc.)
Exemples de motivations des nationalisations :
accroître le patrimoine et la puissance publics,
prendre le contrôle des ressources naturelles et en tirer davantage de bénéfices,
réorienter la production et ses moyens dans le cadre d’une planification économique,
défendre l’intérêt national et la sécurité des approvisionnements dans un secteur économique considéré comme stratégique,
défendre l’intérêt collectif dans un monopole "naturel",
donner le contrôle de l’outil de production aux ouvriers.
La privatisation n’a pas de camp
À la lecture de ces définitions, il semblerait donc que les
privatisations viendraient de gouvernements « capitalistes », et donc
de droite, alors qu’un gouvernement socialiste devrait s’appliquer à
nationaliser.
Certes sous le gouvernement Chirac, TF1, la Société Générale, Matra ou
le groupe Suez, sont partis dans le domaine privé ; puis sous le
gouvernement Balladur, ce fut le tour de Rhône Poulenc, d’Elf Aquitaine,
de l’UAP, la SEITA, et Total.
Mais paradoxalement, au jeu des privatisations, la droite ne fait pas
mieux que la gauche. En effet, c’est le gouvernement de Lionel Jospin
qui, pour l’heure, a été le plus prolifique en la matière.
Entre 1997 et 2002, les socialistes ont cédé pour environ 27 milliards
d’euros de participations publiques.
Un chiffre qui, en cette période de crise et de dette grimpante, a de
quoi faire rêver notre gouvernement actuel, et qui ne peut que nous
faire deviner les intentions échappées de la bouche de Jean-Marc
Ayrault, et vite reformulées par Pierre Moscovici.
Les socialistes, rois de la privatisation ?
Déjà avant le gouvernement Jospin, Michel Rocard , en 1990, avait ouvert le capital de Renault (rien que ça !). Ensuite, sous le gouvernement de Lionel Jospin, le record historique a été atteint (merci, messieurs les dirigeants actuels, de ne pas essayer de le battre, SVP !) :
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qui songe à « réduire la participation de l’Etat dans le capital d’un certain nombre d’entreprises publiques », a tout de même déjà agi en la matière :
Rappels de définitions (bis) et conclusions
Le socialisme est une doctrine politique et économique qui vise, à
l’inverse du modèle libéral, à réformer le système de propriété privée
des moyens de production et d’échange et à l’appropriation de ceux-ci
par la collectivité.
Les valeurs fondamentales du socialisme sont : l’absence de classes (au
moins à ses origines), l’égalité des chances, la justice sociale, la
répartition équitable des ressources, la solidarité, la lutte contre
l’individualisme, l’intérêt général partagé et prévalant sur les
intérêts particuliers...
Dans la théorie politique marxiste, le socialisme est la période de
transition entre l’abolition du capitalisme et l’avènement du communisme
avec la disparition de l’Etat. Pendant cette période, la "dictature du
prolétariat" s’exerce par l’intermédiaire de l’Etat sur l’ensemble de la
société.
Chez les non marxistes, le socialisme est la dénomination générale des
doctrines des partis de gauche qui cherchent à rénover l’organisation de
la société en vue de la justice sociale et de l’émancipation
individuelle de chacun dans le respect de la dignité.
Historiquement, le libéralisme est une doctrine politique, apparue au
XIXe siècle, qui réclamait la liberté politique, religieuse,
économique, etc., dans l’esprit des principes de 1789. L’anglais John
Locke (1632-1704), qui a fait de l’individu et de ses droits
inaliénables (liberté, propriété...) le centre et l’origine des
relations sociales, en fut l’un des précurseurs.
En matière politique, le libéralisme est, de nos jours, une attitude qui
défend la démocratie politique et les libertés individuelles. (opposé :
totalitarisme).
En matière économique, le libéralisme est une doctrine qui défend la
libre entreprise et la liberté du marché. Le principe fondamental du
libéralisme est qu’il existe un ordre naturel qui tend à conduire le
système économique vers l’équilibre. La loi de l’offre et de la demande,
par exemple, conduit à l’équilibre entre la production et la
consommation sous réserve de liberté des marchés et de libre
concurrence, seules censées garantir l’ajustement optimum des ressources
disponibles (offre) à la demande. S’il peut agir librement, l’homme en
tant que premier agent économique peut atteindre cet ordre naturel. Les
intérêts de l’individu et de la société sont alors convergents.
Le libéralisme économique s’oppose au contrôle par l’Etat des moyens de
production et à l’intervention de celui-ci dans l’économie, si ce n’est
pour coordonner les entreprises ou garantir un marché équitable
(opposé : étatisme, dirigisme, socialisme, communisme).
Les variantes du socialisme sont nombreuses. Leur caractéristique
commune est moins la remise en cause de la propriété privée que la
recherche d’une plus grande justice sociale. Ces mouvements s’opposent
sur d’autres sujets fondamentaux comme le rôle de l’État, le
parlementarisme, la démocratie directe...
Historiquement,
des formes de "socialisme" sont apparues dans l’Antiquité et au Moyen
Age (Anabaptisme), mais c’est au XIXe siècle, en réaction aux
conséquences sociales et économiques néfastes de la "révolution
industrielle", qu’est né le socialisme moderne.
Le
socialisme utopique dont le but est de rendre le monde plus heureux
(Début du XIXe), avec Fichte, Saint-Simon, Proudhon, Owen...
Le
socialisme scientifique ou marxisme, théorisé par Karl Marx et
Friedrich Engels, qui nécessite la lutte des classes et la suppression
du capitalisme.
Le communisme russe (ou bolchevisme) développé par Lénine, avec la suppression de la propriété privée.
Le
socialisme réformiste (par opposition à révolutionnaire) rejetant la
violence et s’appuyant sur l’Etat pour réaliser la transformation
sociale.
Le
socialisme autogestionnaire ou libertaire, partisan de la suppression
immédiate de l’Etat et qui, au sein de la classe ouvrière, défend
l’autogestion et le fédéralisme (Cf. anarchisme).
Le
socialisme démocratique, apparu après la Seconde Guerre mondiale, est
issu du socialisme réformiste. Il préconise des réformes sociales pour
améliorer la situation des salariés et de ne transférer à la
collectivité (nationalisation) que les moyens de production les plus
importants. On le retrouve dans les partis "socialistes",
"travaillistes", "socio-démocrates" européens.
Le projet global du libéralisme, mis en oeuvre à partir des années
80, consiste à transformer la société pour qu’elle réponde pleinement
aux exigences du capitalisme :
libre circulation des capitaux,
mise en concurrence des travailleurs et nivellement par le bas des salaires et droits sociaux,
suppression de services publics,
suprématie
absolue de l’économie.
Le libéralisme est devenu le fondement des grandes instances mondiales,
comme l’OMC ou le FMI qui par leur supranationalité échappe à toute
légitimité démocratique. Il est le seul modèle enseigné dans les grandes
écoles où aucune autre vision n’est étudiée. Il est la seule logique
des grandes entreprises et du capitalisme et tend à devenir la seule
référence des gouvernements, de droite comme de gauche.
Présenté comme loi naturelle, le libéralisme devient alors intouchable,
ce qui lui permet d’échapper aux aléas électoraux du jeu démocratique.
Alors, socialistes, nos dirigeants ? Laissez-moi rire !Sources :
Pour l’actualité : http://www.leparisien.fr/ ; http://www.liberation.fr/ ; http://www.lemonde.fr/
Pour les définitions : http://www.toupie.org
Pour l’historique et les chiffres : http://fr.wikipedia.org
L’article dans sa niche : Ces gouvernements socialistes qui privatisent
Bellaciao

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