Gérard Filoche
Le 5 mars un simulacre de « relevé de conclusions » a donc été signé entre la troïka patronale Medef, CG-PME, UPA) et, hélas, une autre troïka, syndicale celle-là (CFDT, CGC, CFTC). Il n’y figure aucune sorte de « contreparties claires, précises, mesurables, vérifiables » aux dizaines de milliards que vont recevoir patrons et actionnaires… Le texte est vide, il n’y a que du vent…
Le Medef a tenu à rappeler, au cas où il y aurait un doute, qu’il n’a pris « aucun engagement chiffré juridique »
Mais derrière, de 20 milliards (CICE) à 30 à 35 milliards (de suppression des cotisations salariales et patronales pour allocations familiales) vont être distribués. « Cela ajoute 30 milliards d’euros aux 200 milliards annuels d’exonérations sociales et fiscales en faveur des entreprises ». « C’est 10 fois le déficit annuel des régimes de retraites, c’est 30 fois celui de la Caisse nationale d’assurance maladie » rappelle Thierry Le Paon pour la CGT.
Que vont-ils faire de cet argent puisque le mot « contrepartie » n’existe pas dans le « relevé de conclusion signé » ?
Immédiatement Pierre Gattaz pour le Medef a mis les points sur les « i » : « « Les dividendes, c’est la rémunération d’un risque » … « Or les actionnaires, vous les rémunérez par des dividendes. Le monde entier fonctionne comme ça. Ce n’est pas le Medef. Les Chinois fonctionnent comme ça, les Indiens, les Coréens, les Allemands, les Anglais ». Pas touche à nos dividendes qui ne cessent pourtant d’augmenter au détriment des salaires et de l’emploi !
Selon l’INSEE, de 1980 à 2010, la part de dividendes en France est passée de 3 % de la richesse nationale à 9 %, soit une hausse de 180 milliards par an pendant trois décennies. En 30 ans, les dividendes extorqués sur notre travail ont augmenté de 200 %. Sur la même période, en euros constants, les salaires n’ont progressé que de 20 % et malgré les dizaines de milliards d’« aides », d’assistanat aux chefs d’entreprise, le chômage de masse dépasse tous les records. En 2010, toujours selon l’INSEE, 210 milliards de dividendes ont encore été versés aux actionnaires…
Eux qui parlent tant de l’Allemagne et des « marges »…. Alors que la part des dividendes baisse en Allemagne de 10 %, elle augmente en France de 50 %… Quant aux « marges ».
En reprenant seulement 50 % de ces dividendes, voire 75 % comme l’impôt extraordinaire qui fut décidé par F Hollande, on sort de la « crise » à grands pas !
Pierre Gattaz veut d’avance y mettre le holà à cette belle idée alors même que Jean-Marc Ayrault précise : « Tout l’enjeu, c’est que cet argent ( du « pacte ») n’aille pas aux dividendes ». « Que les entreprises puissent faire des bénéfices, d’accord ; qu’elles en fassent avec de l’argent public, il n’en est pas question » souligne le député socialiste Jean-Marc Germain : « les déclarations fracassantes de Gattaz ne facilitent pas les discussions ». Voila même Benoit Hamon qui s’y met : il demande même « une « baisse du coût du capital »… (ce que je demandais au nom de la gauche socialiste à la tribune du Congrès de Toulouse…)
Cette question est centrale et elle secoue forcément les élus de la majorité socialiste. Elle peut, espérons la, menacer le vote du pseudo « pacte » à l’Assemblée. Car au PS ça bouge : 40 % des membres de son Bureau national ont adopté un appel pour un cap à gauche. Et, parallèlement aux campagnes pour les municipales et européennes, dans le Parti, cet appel, sans doute majoritaire à la base, se signe massivement.
Là est l’espoir pour sortir de l’impasse.
C’est aussi l’espoir pour battre la droite UMP les 23 et 30 mars : car les questions que se posent les électeurs sont partout les mêmes : « - Que faites vous, qu’attendez vous face au chômage, aux bas salaires ? ».
Si ça bouge dans le PS, ça rapporte des voix. Si ca pousse à gauche dans le PS, c’est bon pour toute la gauche. Si on bat la droite, les raisons de pactiser avec elle et avec le Medef seront encore plus faibles. L’impact de l’appel des 40 % du BN augmentera.
Une autre perspective gouvernementale peut s’ouvrir qui ne soit pas un simple remaniement : un gouvernement de la gauche unie EELV- PS- FDG.
filoche.net/ 

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