L’arrivée de Free Mobile en 2012 n’a pas abouti au cataclysme redouté. Un rachat de SFR par Bouygues pourrait-il tuer le dynamisme du marché ?
Bouygues Telecom qui rachète SFR… et Free qui rachète le réseau de Bouygues.
La planète télécoms marche-t-elle sur la tête ? En tout cas, elle est en
ébullition depuis que Vivendi a décidé de se défaire de SFR pour mieux se
concentrer sur les médias. Après le câblo-opérateur Numericable, le petit
Bouygues s’était mis mercredi sur les rangs pour ravir l’opérateur en vente. Il
vient de marquer un point. Alors que Free devrait annoncer ce matin des
résultats fracassants - autour de 8 millions d’abonnés dans le mobile, et 12% de
parts de marché en deux ans selon les estimations -, l’accord, annoncé hier dans
le Journal du dimanche, concernant la vente du réseau de Bouygues
Telecom, a été bouclé en trois jours entre les deux soi-disant ennemis d’hier.
Il n’entrera en exécution que si Bouygues est choisi pour reprendre SFR. Ce
serait le retour à un marché du mobile à trois. La décision est entre les mains
du vendeur, le groupe Vivendi. C’est le meilleur deal financier qui
l’emportera.
Surpuissant
Il y a bien dans ce jeu
quelques arbitres. D’abord l’Autorité de la concurrence. Bruno Lasserre, son
président tout juste reconduit, peut sortir son sifflet. Un mariage entre SFR et
Bouygues Telecom ferait émerger un acteur surpuissant. Il coifferait Orange en
nombre d’abonnés. Additionné avec ce dernier, le nouvel ensemble capterait 90%
du chiffre d’affaires du secteur. Un petit goût de retour à la case 2006, quand
le trio Bouygues-Orange-SFR avait écopé de 534 millions d’euros d’amendes. D’où
ce gage donné par Bouygues à la concurrence via la cession de son réseau, ainsi
que d’un gros paquet de fréquences. Free, lui, ferait une excellente affaire. Il
achèterait 1,8 milliard d’euros un réseau dans lequel Bouygues a investi
10 milliards. «C’est deux ans de location de son réseau à Orange»,
remarque un acteur du secteur.
Cash
L’autre alliance, celle de
Numericable avec SFR, sent aussi le souffre. Derrière le câblo-opérateur,
Patrick Drahi : un personnage discret qui a multiplié les rachats dans le
secteur du câble en levant de gros emprunts. Lui se présente comme un
entrepreneur et assure que le siège de l’entreprise restera en France.
L’opération apparaît à risques étant donné l’endettement qu’il générerait,
autour de 10,4 milliards d’euros. Certains au gouvernement s’inquiètent de la
poursuite du plan fibre dans lequel Orange alliait ses forces à SFR. Le cash
dégagé par l’activité rentable de Numericable ne va-t-il pas être dévoré par les
intérêts à payer aux banques ?
Le montant des offres - Bouygues propose 10 milliards en cash, et Numericable
11 milliards - est astronomique. Il fait douter que le secteur soit à ce point
exsangue. «C’est paradoxal, consent Pierre Louette, directeur général
adjoint d’Orange. On voit que pour une opération comme cela, les banques
sont prêtes à mettre beaucoup d’argent. [Pourtant] le secteur ne va pas si
bien.» Est-ce si sûr ?
À détailler le bilan des emplois, des
investissements ou des dividendes, et tout cela au profit des clients, on se dit
que le secteur est tout sauf à l’agonie, quoiqu’il en dise.
Photo : Une boutique Bouygues Telecom, le 7 novembre
2013 à Mantes-la-Jolie. (Photo Jacques Demarthon. AFP)


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