dimanche 11 mai 2014

L’impossible définition de l’« État juif »

Sylvain Cypel            

Le gou­ver­nement de Benyamin Néta­nyahou impose aux Pales­ti­niens de recon­naître Israël comme « État juif » en préa­lable à tout accord. Un pré­texte pour faire échouer à coup sûr les négo­cia­tions avec Mahmoud Abbas ? Le 1er mai, le premier ministre israélien est allé plus loin : il veut désormais une loi qui « ancre le statut d’Israël comme État national du peuple juif ». Jusqu’ici, pourtant, l’« État juif » n’a jamais pu être défini.  

Depuis l’accord d’Oslo d’août 1993 qui devait mener « en 5 ans » à une paix « durable et globale » ainsi que « juste » entre Israël et l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP), toutes les négo­cia­tions entre les parties ont porté sur quatre thèmes : le tracé des fron­tières, le statut de Jéru­salem, les dis­po­si­tions sécu­ri­taires et le devenir des réfugiés pales­ti­niens. Dans les négo­cia­tions lancées en 2013 par le secré­taire d’État amé­ricain John Kerry, les Israé­liens ont pré­senté aux Pales­ti­niens, sur chaque thème, des pro­po­si­tions sys­té­ma­ti­quement en deçà de celles de tous leurs pré­dé­ces­seurs. Mais surtout, Benyamin Néta­nyahou a innové. Pour qu’un accord soit ratifié, il fau­drait désormais que les Pales­ti­niens recon­naissent Israël comme « État juif ». Le refus de Mahmoud Abbas de ratifier ce cin­quième élément a déclenché le pro­cessus qui a amené le gou­ver­nement israélien à mettre fin aux négociations.
La nou­veauté ne tient donc pas à l’échec de cette négo­ciation – attendu de toutes parts – mais à son motif, effec­ti­vement nouveau. Car dans tous les pour­parlers pré­cé­dents, formels ou informels, qu’ils aient abouti à un accord (avec Le Caire et Amman) ou échoué (avec Damas ou l’OLP), jamais aupa­ravant Israël n’avait invoqué ce préa­lable : la recon­nais­sance de jure de son État par l’adversaire est désormais insuf­fi­sante, il faut de plus que soit reconnue la nature juive de cet État. Cette exi­gence sup­plé­men­taire a ins­tan­ta­nément été perçue dans de nom­breux cercles comme l’assurance de mener à une impasse, ce que le gou­ver­nement Néta­nyahou désirait ardemment. L’historien israélien Zeev Sternhell estimait que cette som­mation équi­valait à imposer aux Pales­ti­niens une « capi­tu­lation incon­di­tion­nelle » [1]. Une blague courait en Israël : si par miracle Abbas acceptait, le gou­ver­nement avait déjà préparé le coup suivant. Les Pales­ti­niens devraient alors admettre aussi que Jéru­salem est « la capitale éter­nelle et indi­vi­sible du peuple juif ». À défaut de quoi ils démon­tre­raient défi­ni­ti­vement leur duplicité…

Une tactique de blocage

Au-delà de la manœuvre dilatoire, cette exigence nouvelle est-elle également symptomatique d’une évolution plus profonde ? Cette idée d’ajouter la reconnaissance impérative d’Israël comme « État juif » a émergé dans des cercles de la hasbara israélienne, sa communication institutionnelle, au début de la seconde Intifada. Elle n’a pas été émise lors des négociations de Taba, à la fin 2001. En revanche, elle est incluse dans le « pacte de Genève » signé en 2003 à l’issue de négociations informelles entre des représentants des deux camps n’occupant plus de fonctions officielles. C’était la première fois que cette exigence israélienne avait été présentée dans des pourparlers. Et le côté palestinien l’avait accepté !

L'article dans son entier ICI

Source : orientXXI.info

Photo : Rudi Weissenstein, archives du ministère israélien des affaires étrangères.
France Palestine Solidarité

Aucun commentaire: