Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou impose aux Palestiniens de
reconnaître Israël comme « État juif » en préalable à tout accord. Un
prétexte pour faire échouer à coup sûr les négociations avec Mahmoud
Abbas ? Le 1er mai, le premier ministre
israélien est allé plus loin : il veut désormais une loi qui « ancre le
statut d’Israël comme État national du peuple juif ». Jusqu’ici,
pourtant, l’« État juif » n’a jamais pu être défini.
Depuis l’accord d’Oslo d’août 1993 qui devait mener « en 5 ans » à une paix « durable et globale » ainsi que « juste » entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP),
toutes les négociations entre les parties ont porté sur quatre
thèmes : le tracé des frontières, le statut de Jérusalem, les
dispositions sécuritaires et le devenir des réfugiés
palestiniens. Dans les négociations lancées en 2013
par le secrétaire d’État américain John Kerry, les Israéliens ont
présenté aux Palestiniens, sur chaque thème, des propositions
systématiquement en deçà de celles de tous leurs prédécesseurs.
Mais surtout, Benyamin Nétanyahou a innové. Pour qu’un accord soit
ratifié, il faudrait désormais que les Palestiniens reconnaissent
Israël comme « État juif ». Le refus de Mahmoud Abbas de ratifier ce
cinquième élément a déclenché le processus qui a amené le
gouvernement israélien à mettre fin aux négociations.
La nouveauté ne tient donc pas à l’échec de cette
négociation – attendu de toutes parts – mais à son motif,
effectivement nouveau. Car dans tous les pourparlers précédents,
formels ou informels, qu’ils aient abouti à un accord (avec Le Caire et
Amman) ou échoué (avec Damas ou l’OLP), jamais
auparavant Israël n’avait invoqué ce préalable : la reconnaissance
de jure de son État par l’adversaire est désormais insuffisante, il
faut de plus que soit reconnue la nature juive de cet État. Cette
exigence supplémentaire a instantanément été perçue dans de
nombreux cercles comme l’assurance de mener à une impasse, ce que le
gouvernement Nétanyahou désirait ardemment. L’historien israélien
Zeev Sternhell estimait que cette sommation équivalait à imposer aux
Palestiniens une « capitulation inconditionnelle » [1].
Une blague courait en Israël : si par miracle Abbas acceptait, le
gouvernement avait déjà préparé le coup suivant. Les Palestiniens
devraient alors admettre aussi que Jérusalem est « la capitale
éternelle et indivisible du peuple juif ». À défaut de quoi ils
démontreraient définitivement leur duplicité…
Une tactique de blocage
Au-delà de la manœuvre dilatoire, cette exigence nouvelle est-elle
également symptomatique d’une évolution plus profonde ? Cette idée
d’ajouter la reconnaissance impérative d’Israël comme « État juif » a
émergé dans des cercles de la hasbara israélienne, sa
communication institutionnelle, au début de la seconde Intifada. Elle
n’a pas été émise lors des négociations de Taba,
à la fin 2001. En revanche, elle est incluse dans le « pacte de
Genève » signé en 2003 à l’issue de négociations informelles entre des
représentants des deux camps n’occupant plus de fonctions officielles.
C’était la première fois que cette exigence israélienne avait été
présentée dans des pourparlers. Et le côté palestinien l’avait accepté !
Source : orientXXI.info
Photo : Rudi Weissenstein, archives du ministère israélien des affaires étrangères.
David Ben Gourion proclame la création de l’Etat d’Israël sous le portrait de Theodor Herzl, le 14 mai 1948.

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