Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, est actuellement incarcéré auprès de la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes contre l’humanité. Quatre chefs d’accusation ont été retenus à l’encontre de celui qui a été présenté comme le mauvais perdant des élections de 2010, en qualité de coauteur : meurtres, viols et violences sexuelles, actes de persécutions et autres actes inhumains. Non, bien entendu, que l’intéressé soit accusé d’avoir lui-même commis ces atrocités, mais au titre de responsable hiérarchique voire d’inspirateur.
Cette
histoire semble être le énième épisode de la vie des nombreux
dictateurs qui ont ensanglanté l’Afrique. Laurent Gbagbo
a été appelé à répondre de ses actes après que les forces spéciales
de l’opération Licorne l’ont capturé dans son palais présidentiel où il
s’était barricadé.
L’ex-président
ivoirien est né en 1945. Il a baigné très tôt dans la politique et ses
opinions socialistes et panafricaines
l’ont rapidement amené à s‘opposer au régime autoritaire
d’Houphouët-Boigny qui régna sur la Côte d’Ivoire pendant presque trente
ans. Emprisonné à plusieurs reprises, il a finalement été
contraint à l’exil à Paris.
Surviennent
les élections présidentielles de 2000. Laurent Gbagbo a de véritables
chances de remporter le scrutin. Le 23
octobre, les premiers résultats indiquent qu’il arrive en tête,
suivi par Robert Guéï. Au soir du premier tour, cet adversaire de taille
lui dispute la victoire et dissout le 23 octobre la
commission électorale, avant que le ministère de l’intérieur
n’annonce sa victoire le lendemain. Mais le 25 octobre, des dizaines de
milliers de manifestants descendent dans les rues et, malgré
les soldats qui leur tirent dessus, obligent le chef de la junte à
quitter les lieux. Laurent Gbagbo est enfin investi comme président de
la République le 26 octobre et entame son mandat dans un
climat délétère.
Le
président sortant se représente en 2010 contre Alassane Ouattara, un
ancien ministre d’Houphouët-Boigny. Le scrutin est
marqué par des violences. À l’issue du second tour, Ouattara est
proclamé le 2 décembre quatrième président de Côte d’Ivoire avec 54,10 %
des voix. Mais le conseil constitutionnel invalide les
résultats dans les régions du Nord et annonce la réélection de
Laurent Gbagbo avec 51,45 % des voix.
Alassane
Ouattara a le soutien de la « communauté internationale ». Le 11 avril
2011, Laurent Gbagbo est arrêté
avec l’appui de l’armée française par les forces de l’ordre de son
rival. Ce dernier est proclamé président le 6 mai 2011 et son
investiture se déroule à Yamoussoukro le 21 mai 2011 en présence
de nombreux chefs d’État, dont Nicolas Sarkozy.
Quelques jours avant l’enlèvement du pouvoir du gouvernement démocratiquement élu, l’Élysée
avait entamé une négociation avec lui. Selon des sources
concordantes, les discussions ont tourné autour des richesses du
sous-sol ivoirien. L’ex président français demande à son homologue
ivoirien L. Gbagbo de retenir pour la France 80 % du pétrole ou des
revenus du bassin pétrolier du Golfe de Guinée. Sur les 20 % restants,
une ponction de 10 % devrait être faire pour le compte
du Burkina Faso et le reste à la Côte d’Ivoire. Sur la question, les
sources proches des discussions téléphoniques tripartites (Élysée,
ambassade de France en Côte d’Ivoire, ministère français
des affaires étrangères) indiquent que le chef d’État ivoirien
aurait opposé un refus plus que catégorique. La France n’a eu d’autre
alternative que d’ordonner le pilonnage de la résidence de L.
Gbagbo et d’y positionner des rebelles.
Depuis
l’éviction de l’ex président ivoirien, Total a raflé une bonne part des
hydrocarbures après avoir obtenu l’acquisition
d’un deuxième bloc pétrolier off-shore dans le golfe de Guinée. Les
investisseurs français en général se frottèrent les mains. Paris
maintient un contrôle de plus en plus étroit sur l’économie de
la Côte d’Ivoire : la Banque de France dirige sa monnaie par le
biais de l’Union monétaire d’Afrique occidentale (franc CFA) et de
nombreux investissements rendent l’économie ivoirienne
dépendante de la métropole. Des groupes comme Bouygues, Orange, BNP
Paribas, Société générale, Bolloré et Total y font aujourd’hui de juteux
bénéfices.
En dépit des efforts prodigués par Fadi
El Abdallah, porte-parole de la Cour pénale internationale, et par Fatou Bensouda,
procureure adjointe, la procédure est parsemée de nombreuses zones
d’ombre et montre que la manœuvre n’avait pour but que de se débarrasser
d’un personnage
gênant. Par un subtil tour de passe-passe démocratique, l’opération
est jouée. Exit Gbagbo et vive Ouattara ! L’ex puissance coloniale est
encore bien présente en Afrique…
La
France n’a eu de cesse depuis les présidents Chirac et Sarkozy de
revenir au premier plan sur le continent noir. Les
nombreuses interventions de ces dernières années (Mali, Côte
d’Ivoire, République centrafricaine, etc.) sont là pour le prouver. Pour
Paris, la vieille doctrine de la Françafrique est plus que
jamais d’actualité, avec son colonialisme basé sur l’exploitation et
la violence. Mais cette fois-ci avec l’appui
de la « communauté internationale ».

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