Depuis la première guerre du Liban il y a plus de 30 ans, la principale
stratégie d’Israël a été de tuer des Arabes. L’atroce guerre actuelle à
Gaza n’est pas différente.
Cet article de Gidéon Levy nous a été communiqué par Omar bargouthi avec le commentaire introductif que voici (ndlr) :
Que Gideon Levy le sache ou non, son analyse ci-dessous colle parfaitement avec la doctrine militaire DECLAREE de la « force disproportionnée », portée au niveau d’une doctrine opérationnelle depuis 2006.
Au lendemain de l’échec militaire israélien au Liban en 2006, par des ateliers tenus à l’université de Tel-Aviv (TAU) et sous les auspices, des représentants de l’armée israélienne, du gouvernement et des institutions universitaires ont développé la « Doctrine Dahiya », ou doctrine de la « force disproportionnée », comme stratégie plus « efficace » pour saper une résistance irrégulière en visant l’infrastructure civile et en « imposant la punition » sur les civils jusqu’à ce qu’ils fassent pression pour que la résistance cesse de résister.
Voici une étude de qualité de 2009, bien documentée, préparée par des chercheurs du SOAS de l’université de Londres, qui révèle les détails de cette doctrine et la philosophie criminelle qui la sous-tend : http://pacbi.org/pics/file/SOAS-Pal...
Extrait :
« Au lendemain de la guerre du Liban de 2006, dans laquelle Israël a testé plusieurs nouvelles technologies d’armement ainsi que des innovations doctrinales, des officiers et des planificateurs de haut niveau ont entrepris de développer une stratégie pour remédier aux dégâts faits à l’« équilibre de dissuasion ». La « Doctrine Dahiya », d’après le nom du quartier résidentiel shiite de Beyrouth réduit en gravats pendant la guerre, a d’abord été articulée à propos des populations civiles libanaises. Fin 2008, Giora Eiland, ex-président du conseil national de sécurité et maintenant directeur de recherche de l’INSS [Institut National pour les Etudes Sécuritaires de l’université de Tel-Aviv], a produit un document stratégique à l’INSS de TAU dans lequel il argumentait que « l’impossibilité de battre le Hezbollah » signifiait que les forces israéliennes devaient dorénavant planifier une guerre « entre Israël et le Liban et non entre Israël et le Hezbollah ». Ceci, argumentait Eiland, « conduirait à l’élimination de l’armée libanaise, à la destruction de l’infrastructure nationale et à d’intenses souffrances dans la population », des objectifs qu’il justifiait en argumentant que « les souffrances de centaines de milliers de gens sont des conséquences qui peuvent influencer le comportement du Hezbollah plus que tout autre chose ». Reconnaissant qu’une telle doctrine « peut abîmer la légitimité d’Israël, faire encourir une pression internationale et même susciter une directive claire des États-Unis pour stopper la destruction », Eiland concluait en préconisant « un haut niveau de dialogue militaire professionnel entre Israël et […] des leaders militaires de ces pays » afin de favoriser « le soutien nécessaire ». Le collègue d’Eiland au TAU, directeur de l’unité « IDF Force Structure » Gabriel Siboni, a fait une expansion de la nouvelle doctrine dans un bulletin de perspectives de l’INSS d’octobre 2008 intitulé « Force disproportionnée : le concept de réponse d’Israël à la lumière de la deuxième guerre du Liban ». À l’intérieur, il explicitait la nécessité pour l’armée de privilégier les civils sur et au-dessus des cibles militaires : l’armée écrivait-il doit « se retenir du jeu du chat et de la souris de rechercher les lanceurs de roquette Qassam [… et] ne doit pas s’attendre à stopper le feu des roquettes et des missiles contre le front domestique israélien par des attaques sur les lanceurs eux-mêmes ». À la place, Israël devait « […] agir immédiatement, résolument et avec une force disproportionnée avec les actions de l’ennemi et la menace présentée. Une telle réponse vise à infliger des dommages et une punition à un degré qui exigera des processus de reconstruction longs et coûteux. La frappe doit être menée aussi vite que possible et doit donner la priorité à la valeur des dommages plutôt que de chercher un lanceur et un autre ».
Le meurtre des civils palestiniens par Israël à Gaza n’est, comme le conclut Levy, pas par erreur mais en fonction d’une stratégie militaire « diabolique » construite autour de la nécessité de terroriser les civils et de leur causer une douleur insupportable. Si ce terrorisme d’État intentionnel et bien planifié n’est pas un crime contre l’humanité, qu’est-ce que c’est ?
A ceux qui s’opposent encore à un boycott universitaire institutionnel d’Israël, comme l’appelle le mouvement BDS, quelle est votre excuse maintenant ? La science au-dessus du conflit ?
Pour finir toute violence, celle de l’oppresseur colonial et celle de l’opprimé et colonisé, il faut d’abord et avant tout travailler à terminer l’oppression – cause première et INITIATRICE de la violence, comme l’éducateur brésilien Paulo Freire l’a écrit ! Le BDS est un moyen efficace et non-violent dans ce but.
Omar
Article de G. Levy
Le but de l’opération Bordure Protectrice est de restaurer le calme ; le moyen : tuer des civils. Le slogan de la Mafia est devenu la politique officielle israélienne. Israël croit sincèrement que s’il tue des centaines de Palestiniens dans la bande de Gaza, le calme règnera. Il est vain de détruire les stocks d’armes de Hamas, qui s’est déjà montré capable de réarmement. Abattre le gouvernement Hamas est un but irréaliste (et illégitime), qu’Israël ne veut pas : il est conscient que l’alternative pourrait être bien pire. Ceci laisse un seul but possible pour l’opération militaire : tuer des Arabes, accompagnée par l’acclamation des masses.
Les Forces de défense d’Israël (IDF) ont déjà une « carte de la douleur », une invention diabolique qui a remplacé la non moins diabolique « banque d’objectifs », et cette carte s’agrandit à un rythme révoltant. Regardez Al-Jazira English, une chaîne de télévision équilibrée et professionnelle (contrairement à sa station sœur arabe) et voyez l’étendue de son succès. Vous ne la verrez pas dans les studios d’émission « ouverts » d’Israël, qui ne sont ouverts comme d’habitude qu’aux victimes israéliennes, mais sur Al-Jazira vous verrez toute la vérité, et vous serez peut-être même choqués.
Les corps s’entassent à Gaza, le décompte désespéré, continuellement réévalué de la tuerie de masse dont se vante Israël, qui atteint déjà des dizaines de civils dont 24 enfants samedi midi, les centaines de blessés, en plus de l’horreur et des destructions. Une école et un hôpital ont déjà été bombardés. Le but est de frapper les maisons, et aucune justification ne peut aider : c’est un crime de guerre, même si l’IDF les appelle [de] « centres de commandement et de contrôle » ou de « salles de conférence ». Certainement, il y a des frappes bien plus brutales que celles d’Israël, mais dans cette guerre, il n’y a rien d’autre que des attaques mutuelles contre des civils, l’éléphant contre la mouche – il n’y a même pas de réfugiés. Au contraire de la Syrie et de l’Irak, dans la bande de Gaza les habitants n’ont même pas le luxe de s’enfuir pour leur vie. Dans une cage il n’y a nulle part où courir.
Depuis la première guerre du Liban, il y a plus de 30 ans, tuer des Arabes est devenu le premier instrument stratégique d’Israël. L’IDF ne mène pas la guerre contre des armées, les populations civiles sont ses principales cibles. Les Arabes sont nés pour tuer ou pour être tués, comme chacun sait. Ils n’ont pas d’autre but dans la vie, Israël les tue.
Bien sûr on doit être outragé par le mode opératoire de Hamas : non seulement il dirige ses roquettes sur des centres de population civile en Israël, non seulement il se positionne dans des centres de population – il n’a peut-être pas d’alternative, vu l’entassement dans la bande – mais il laisse aussi la population civile de Gaza vulnérable aux brutales attaques d’Israël, sans qu’elle voie une seule sirène, abri ou espace protégé. C’est criminel. Mais les barrages de l’aviation israélienne ne sont pas moins criminels, tant pour les résultats que pour l’intention : il n’y a pas un seul bâtiment résidentiel dans la bande de Gaza qui ne soit le foyer de dizaines de femmes et d’enfants ; par conséquent l’IDF ne peut pas déclarer qu’il ne cherche pas à frapper des civils innocents. Si la démolition récente de la maison d’un terroriste en Cisjordanie soulève encore une faible protestation, maintenant des dizaines de foyers sont détruits avec leurs occupants.
Les généraux en retraite et les commentateurs en fonction rivalisent pour faire la proposition la plus monstrueuse : « Si nous tuons leurs familles, cela les effraiera », expliquait sans sourciller le général de division réserviste Oren Shachor. « Nous devons créer une situation où quand ils sortiront de leurs terriers, ils ne reconnaîtront pas Gaza » ont dit d’autres. Sans honte, sans questionnement – jusqu’à la prochaine enquête Goldstone.
Une guerre sans but est parmi les plus méprisables des guerres ; le ciblage délibéré des civils est parmi les moyens les plus atroces. La terreur règne maintenant aussi en Israël, mais il est peu vraisemblable qu’un seul israélien puisse imaginer à quoi ça ressemble pour 1,8 millions d’habitants de Gaza dont les vies déjà misérables sont maintenant totalement horribles. La bande de Gaza n’est pas un « nid de frelons », c’est une province du désespoir humain. Hamas n’est pas une armée, loin de là, malgré toutes les tactiques d’intimidation : s’il a déjà construit un réseau de tunnels aussi sophistiqué là-bas, comme il l’a dit, pourquoi ne construit-il pas déjà le réseau de tramway de Tel-Aviv ?
Le niveau de 1000 sorties et 1000 tonnes d’explosifs est presque atteint, et Israël attend la « photo de la victoire » qui a déjà été réalisée : mort aux Arabes.
Traduction : JPB-CCIPPP
Source : haaretz.com
Protection Palestine

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