Suite au billet de Fonzy, diffusé le 5 juin dernier, voici un
autre témoignage d’une personne vivant au Japon. Permaria ne souhaite
pas se taire et explique la contamination radioactive telle qu’elle est
et telle qu’elle la vit au quotidien. Loin des discours officiels, ces
témoignages sont une forme de résistance à l'omerta généralisée sur les
problèmes générés par la catastrophe nucléaire toujours en cours.
Depuis
le 11 mars 2011, le monde où je vis a presque complètement changé, tout
d’abord dans la vie quotidienne. La contamination radioactive n’est pas
proportionnelle à la distance mais elle est influencée par des éléments
variés : vent, précipitations de pluie ou de neige, relief terrestre…
Par exemple, une des plantes sauvages printanières, koshi-abura, s’est
révélée polluée, le 21 mai 2014, à Nagano (340 Bq/kg) et à Karuïzawa
(300 Bq/kg, 160 Bq/kg), selon les résultats de mesure de radioactivité
des aliments, rapportés par le ministère de la Santé, du Travail et des
Affaires sociales, bien que ces municipalités soient à 266 km et à 247
km de la centrale détruite. Je ne peux donc plus goûter les pousses de
bambou, ni toutes les pousses sauvages comestibles du printemps, ni des
champignons sauvages, ni les poissons d’eau douce en automne, si ces
produits agricoles, avant-coureurs des quatre saisons, sont en
provenance de l’est de l’archipel. Même s’ils ne viennent pas
directement des départements voisins de Fukushima, ils peuvent plus ou
moins être contaminés.
Dans ma ville, qui est à 245 km de Fukushima Daiïchi, la radioactivité
n’est pas très élevée : 0,04 à 0,08 μSV/h. Mais il y a du vent, des
arbres avec leurs feuilles et le sol. Il ne faut pas respirer de
particules radioactives qui pourraient flotter dans l’air. Je porte un
masque pour sortir depuis lors. Et on qualifie ceux qui font
minutieusement attention à leur santé comme moi de “cerveau irradié”
(hôsha-nô), sorte de psychose, de fou, tout court.
L’origine de nos inconvénients et du malheur, c’est la politique
nucléaire de ce pays et les compagnies d’électricité qui en profitent
énormément. Pour contester son manque de conscience et son absence de
responsabilité, j’ai arrêté le prélèvement automatique Tepco et règle
directement au comptoir de supérette, et volontairement en retard.
Tantôt, je paie 11 yens de trop pour attirer l’attention de sa part.
L’employé qui s’en occupe lira ces phrases protestataires dans la marge
d’une facture : « Rémunérez comme il faut les liquidateurs irradiés !
», « Ne redémarrez pas la centrale à Kashiwazaki-Kariwa ! », « Honte à
votre système de sacrifice ! ».
Je ne suis pas assez riche pour offrir
tous les mois 311 yens à cette entreprise inconcevablement décevante
mais je ne suis pas seule non plus à payer de cette façon : nous sommes
200 à 300 partout dans l’archipel et nous avons une liste de diffusion
en commun pour communiquer. C’est encourageant.
Photo : pousse de koshiabura
fukushima-blog.com


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