Le Yéti
L’extrême gravité de la crise politique qui secoue notre société et met à mal ses fondations, autoqualifiées de “libres” et de “démocratiques”, conduit à s’interroger sur l’usage que font les citoyens de cette liberté. Et sur la fiabilité de l’expression démocratique majoritaire pour sortir des impasses où nous nous sommes fourvoyés.
On pourrait douter de la réalité d’une
liberté de choix sponsorisée par les puissances financières, étroitement
filtrée par des médias sous influence. Où les échantillons des
instituts de sondage priment souvent sur le vote des électeurs. Et qui,
par une succession de “votes utiles” plus catastrophiques les uns que
les autres, finit par nous donner des représentants falots, douteux,
incontrôlables et prédateurs, dont le souci est moins de s’occuper de la
chose publique que des intérêts privés de leurs commanditaires.
On pourrait se demander où subsiste la légitimité d’une démocratie quand un président (dont on apprend par la bande le comportement de goujat dans le privé) et son gouvernement (d’où sautent régulièrement tels ou tels ministres indélicats)
peuvent faire exactement le contraire de ce qui avait été promis avant
élection, garantis qu’ils sont de ne pas être dérangés d’ici la fin de
leurs mandats faute de référendums révocatoires possibles.
On peut se questionner sur la représentativité de parlementaires
grassement rémunérés, aux préoccupations carriéristes à peine
dissimulées, souvent cumulards, et qui pour certains en profitent pour recruter les membres de leurs propres familles, ou palper des intérêts privés juteux. Qu’appelle-t-on “conflit d’intérêts” déjà ?
On peut s’inquiéter de l’état de santé d’un système politique
exclusivement partidaire où les partis dits de gouvernement, qui
filtrent soigneusement les futurs élus, ont une image aussi déplorable dans l’opinion publique.
Il n’en demeure pas moins que le pouvoir démocratique est bel et bien
toujours remis à un moment donné par une majorité d’électeurs. Et que
celle-ci, d’élections en élections, est en train de permette par son
vote majoritaire une régression sociale, morale et culturelle historique
de notre pays. Ce qui conduit à s’interroger sur la légitimité
de cette majorité. En clair se demander si une majorité a par défaut
toujours raison.
Quand la raison devient minoritaire
En vérité, tout régime démocratique, le nôtre en particulier, repose
d’abord sur des principes qui priment sur toutes décisions majoritaires.
Liberté, égalité, fraternité, vous vous rappelez ? Et les Droits dits de l’homme, seuls et véritables acquis de la Révolution française de 1789[1] ?
Dès lors que des majorités laissent impunément violer ces principes et ces droits intangibles en se bouchant le nez, alors oui, les majorités ont tort et leurs choix doivent être remis en question.
Relisez donc posément les 30 articles de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948[2], et la liste des Conventions internationales ratifiées par la France[3], qui ont force de loi et qui nous ont valu tant de condamnations pour non-respect.
Dites-nous s’ils sont aujourd’hui respectés dans ce pays, avec la
montée des inégalités (articles 1, 2, 3 et suivants…), les centres de
rétention pour sans-papier (article 9), le flot grandissant des travailleurs « sans-dents »,
sans parler des pauvres sans travail (article 23). Descendez dans les
rues de nos villes et constatez par vous-mêmes si les droits
élémentaires pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins
médicaux sont garantis pour tous (article 25).
Qui pour s’en émouvoir ? Des minorités.
Les grandes crises, pour ne pas parler des guerres, sont presque toujours fatales à la respectabilité des majorités.
Les grandes crises font descendre la politique dans la rue ou dans les
maquis. Les grandes crises sont toujours résolues par des minorités
agissantes. En période de grandes crises, la raison et la morale
deviennent hélas toujours minoritaires.
Oui, même en démocratie, les minorités sont légitimement
fondées à agir dès lors qu’elles entreprennent de rétablir
scrupuleusement les principes et les droits humains d’une république
corrompue par des majorités égarées.
[1] Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789.
[2] Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.
[3] Conventions internationales des Droits de l’homme en France.
Le Yéti

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