Emmanuel Macron
était le parfait candidat pour devenir ministre de l’Economie et de
l’Industrie.
Pas en raison de son expérience ou de ses compétences, bien
sûr. Diplômé de Sciences Po, énarque, il a été l’assistant du
philosophe Paul Ricœur, avant de travailler très lucrativement aux
fusions-acquisitions pour la banque Rothschild. Intéressé par la
politique mais sans avoir jamais été militant, stratège des « politiques
de l’offre » en tant que conseiller de
François Hollande, Macron avait, dès 2007, officié comme rapporteur de
la mission Attali pour la « libération de la croissance ». Il n’a donc
jamais été élu, n’a jamais dirigé la moindre entreprise, n’a aucune
expérience de l’industrie et il n’a jamais fait d’étude d’économie. Mais
il connait plein de monde important, et c’est l’essentiel.
C’est le candidat parfait.
Parfaitement en adéquation avec toutes les politiques menées en France
depuis trente ans, Monsieur Macron conclut en apothéose un cycle ouvert
en 1983 sous Pierre Mauroy. Un cycle qui a marqué la soumission de la
France aux intérêts des grands groupes, la financiarisation de
l’économie, le démantèlement de l’industrie. Déjà en 1983, l’époque
était au « rétablissement des marges », à l’équilibre des finances
publiques et à la modération salariale. Mais c’est dans les années 1990
que la baisse du « coût du travail » s’impose comme la matrice de toutes
les politiques de l’emploi. C’est ainsi qu’Edouard Balladur, puis Alain
Juppé inventèrent les « baisses de charges ».
L’idée de génie était simple : réduire le coût du travail sans baisser
les salaires. Pour cela, l’État s’engageait à prendre à sa charge une
partie des cotisations sociales payées par les entreprises. Au début,
ces allègements se font à petites doses. En 1993, il s’agissait
d’alléger les cotisations de la branche famille pour les salaires
compris entre 1 et 1,2 Smic. En 1995, Alain Juppé supprime toutes les
cotisations à hauteur de 12,8 % du salaire brut de ces mêmes salariés.
Puis ce fut la monté en puissance. Après le rapport Malinvaud remis à
Lionel Jospin en 1998, et pour compenser la baisse du temps de travail,
les cotisations sociales sur tous les bas salaires sont massivement
réduites par les lois Aubry. La réforme Fillon de 2003 renforce ce
dispositif en fusionnant et en pérennisant toutes les mesures prises
auparavant. En 2012, le coût total de cette politique de subvention
généralisée de l’emploi était estimé à 19,9 milliards d’euros, ce qui
n’inclut pas les aides ciblées ou géographiques.
C’est donc LA grande innovation
du hollandisme qu’Emmanuel Macron est chargé de mettre en œuvre. Cette
partition originale, ce fameux « pacte de responsabilité » qui n’engage
que le gouvernement : une nouvelle baisse de 40 milliards d’euros de
cotisations sociales. 40 milliards. Le double des allégements existants.
Une somme qui représente la moitié du déficit public et qui est
supérieure au déficit commercial du pays. De quoi financer près de
700 000 créations d’emplois !
Il serait pourtant injuste de limiter les talents de Monsieur Macron à sa seule virtuosité dans l’art de jouer la partition de ses maîtres.
Ce garçon a aussi des idées à lui. Celles du rapport Attali par exemple
dont il a été le rapporteur et qui prévoyait l’assouplissement des
licenciements, l’extension du travail du dimanche, la remise en cause de
la durée légale du travail, la concurrence généralisée dans
l’éducation, la fin des professions règlementées, la libéralisation
totale du système de santé…
Mais c’est surtout
par sa fine connaissance du secteur bancaire qu’Emmanuel Macron pourra
porter les intérêts de la France. Pourvu, bien sûr, que ceux-ci soient
régulièrement reversés à ses amis de la finance. Il faut dire qu’en tant
que directeur adjoint de l’Elysée pendant les deux premières années du
quinquennat de François Hollande, Macron déjà beaucoup sévi. Il a
d’abord activement œuvré à vider de tout contenu la réforme bancaire
promise par le candidat Hollande, puis minutieusement contribué à
saboter la taxe européenne sur les transactions financières ou encore
les réformes voulues par le Commissaire Barnier, notamment
l’interdiction aux banques de spéculer pour leur compte propre ou la
séparation entre les activités de banque de détail et les activités de
banque de marché .
Emmanuel Macron est parfait.
Sa nomination prouve le talent de nos élites à persévérer et à se
renouveler tout en gardant le cap, tout droit vers l’archipel de
l’austérité et l’île de la déflation. Soyons sûrs que ce jeune protégé
de Jacques Attali pourra servir encore longtemps. Pendant trente ans,
peut-être. Et lorsqu’il ne restera plus de cotisations sociales à
baisser, il est certain que l’inventivité de cet énarque saura
s’attaquer aux derniers « tabous », à la diminution du salaire net, à
l’évaporation du Smic, à l’anéantissement du code du travail. Monsieur
Macron saura sans aucun doute « libérer la croissance » de toutes les
contraintes humaines, en soulageant les entreprises du poids excessif de
leur salariat.
Car la recette ultime de la compétitivité, il finira
bien par la trouver, serait bien sûr de faire disparaître ce maudit
salaire.
Source : marianne.net

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