Jean ORTIZ
Le révolutionnaire a-t-il droit au désespoir ? Au découragement passager : oui. Mais il doit vite se ressaisir...
Le Front de gauche n’a pas décollé, mais tout le monde continue à « faire comme si », sans trop d’illusion, mais en feignant d’en avoir.
Le Front de gauche n’a pas décollé, mais tout le monde continue à « faire comme si », sans trop d’illusion, mais en feignant d’en avoir.
Nous
sommes des centaines de milliers à y avoir cru, à y croire encore.
Beaucoup, démoralisés, restent sur le bas côté du chemin. Quel gâchis !
Quelle autre alternative pourtant que de rassembler le peuple pour en
finir à terme avec le capitalisme prédateur ?
Comment soulever la
chape de plomb du bipartisme, empêcher qu’elle ne devienne définitive ?
Le bipartisme est plus qu’un mécanisme institutionnel. C’est l’un des
outils qui permet aux classes dominantes d’exercer leur domination.
Voilà
pourquoi ils se sont tous déchaînés, les uns de droite, les autres de
gauche-alibi transgénique, contre le Front de gauche. Il ne faut surtout
pas qu’émerge en France une force qui mette en cause les fondements
d’un système verrouillé par eux. Existe-t-il un « plan B » alternatif au
Front de gauche ? Je ne le crois pas. Alors, nous sommes donc en
quelque sorte, ensemble, condamnés (positivement) à faire vivre,
enraciner, élargir, réorienter s’il le faut, un Front de gauche qui soit
une multiplication populaire et non un cartel d’appareils.
Cela
suppose de construire, de la base au sommet, partout, des espaces de
convergence autonomes, sans arrière-pensées politiciennes,
électoralistes, sans calculs boutiquiers d’hégémonie,
d’instrumentalisation, sans méfiance réciproque, sans « je t’aime moi
non plus », sans se « marquer à la culotte », sans préventions
mutuelles, sans se laisser pourrir la vie par « le rapport au parti
socialiste ». L’inversion du rapport des forces politique est à ce prix.
S’agit-il
pour chacun de renoncer à être lui-même ? Ce serait fort dommageable.
Est-ce trop demander, face à l’extrême profondeur et au danger de la
crise que nous vivons, que d’accélérer cette construction unitaire sur
des contenus « de rupture » ?
Ne pas le faire serait criminel.
Notre réponse actuelle m’apparaît trop « petit bras » ; elle manque
d’horizon d’alternative, de souffle, d’audace ; elle n’est pas à la
hauteur, contre les lourds nuages noirs qui s’amoncèlent.
La
cacophonie, les bisbilles personnelles et de pré-carrés, font que nous
avons un persistant déficit de lisibilité, de crédibilité, d’audibilité,
de dynamique populaire ; nous sommes globalement assimilés « aux
autres », au système.
Quant aux querelles autour « des égos », des
« leaders charismatiques », elles m’apparaissent sur-jouées, empreintes
de petites jalousies. Le charisme ne se décrète pas. Quant à l’égo (à
ne pas confondre avec l’égotisme, le culte du soi), il aide à avoir
confiance en soi-même et dans la possibilité de gagner lorsque l’on mène
des combats aussi difficiles que les nôtres. Vive donc l’égo et surtout
l’égo de masse !
Ces fausses querelles d’écume, médiocres,
empêchent de prendre toute la mesure de la profondeur des eaux. En ce
qui me concerne, communiste bien dans mes baskets, je n’ai jamais eu
peur de Mélenchon. Je ne lui ai jamais parlé, je ne m’en suis jamais
servi. Ce que je sais, c’est qu’il aura du mal à m’avaler parce que
j’essaie d’être un communiste d’aujourd’hui, de militer sur des
positions « de classe », internationalistes, etc. Je ne suis donc pas soluble dans Mélenchon. Mais j’ai le faible de le considérer comme un atout et non comme un danger.
Nous
sommes dans la pire crise (systémique, civilisationnelle) depuis celle
de 1930 ; elle s’accélère vertigineusement et nous ne capitalisons pas
(ou peu) la colère populaire ; nous n’offrons pas de débouché qui
apparaisse crédible, alors que « sur le papier » nous aurions un
boulevard devant nous. Demain, une explosion sociale pourrait revêtir
des aspects de jacquerie, un scénario catastrophe, se faire
essentiellement hors de nous, voire sans nous.
Si la crise est
bien « systémique », alors notre réponse doit se situer à ce niveau et
être radicale (au sens premier du terme), claire, explicitée, nommée :
la révolution, le socialisme, l’écosocialisme... Que chacun ajoute les
adjectifs de braise qu’il voudra. Nommer « l’horizon d’époque » aide au
déploiement des luttes. La victoire (momentanée ?) d’une classe sociale,
a perverti les mots. La bataille des mots est donc une composante
essentielle de la reconquête politique. Réapproprions-nous le langage de
la révolution. Il traduit et caresse des rêves possibles, nécessaires.
Habitons les mots de sens, de messianisme, de désir, de passion ;
d’utopie partagée...
Quant à mon parti, le PCF, son existence, son
renforcement, son rayonnement militant, culturel, idéologique, ses
valeurs, son histoire (je suis du pays de Jaurès), me paraissent plus
que jamais nécessaires à l’énergie commune afin de remettre notre pays à
l’endroit.
Le Grand Soir

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