Gilles Devers
- Alors, François, comme ça, tu n’aimes pas les pauvres ?
- C’est pas que je les aime pas, c’est que j’en ai rien à foutre. Et c’est pas nouveau.
- Pas nouveau ?
- Ben oui, rigolo. Mon souffre-douleur El Blancos est
allé devant le MEDEF pour clamer, la larme à l’œil « J’aime
l’entreprise ». Tu ne l’imagines pas aller avec les sans-dents de Paris
pour leur clamer « J’aime les pauvres ». Faut pas déconner… Les pauvres
menacent notre économie. C’est un mal pire que les « puissances de
l’argent », qui elles, cherchent à bien faire.
- Mais c’est l’inverse de ton programme…
-
Peut-être,… mais c’est la continuité de mon action. De toute ma
carrière politique, je ne me suis jamais intéressé à la question de la
pauvreté, et je ne vais pas commencer à mon âge ! Regarde bien : j’ai
toujours fait le minimum légal, et le plus tard possible, pour les bas
revenus et les seuils sociaux. Comme Sarko était qualifié « de Droite »,
il devait lâcher du lest, mais moi je suis « de Gauche », alors ça
passe tout seul. Je fais des moulinets devant la statue de Jaurès, et on
me fiche la paix.
- Quand même… Les appeler les « sans-dents »…
-
Je n’ai rien inventé. Notre profonde sagesse ancestrale nous a légué un
dicton d’une grande puissance d’analyse : « Un homme sans argent est un
loup sans dents ». Et puis, franchement, les sans-dents c’est « pas
jojo »…
- C’est pas que t’en as rien à foutre, c’est que tu les méprises…
-
Mais pas du tout, je dis juste la vérité. Depuis l’Abbé Pierre, on
parle des sans-abris. Moi je les appelle les « sans-dents », et il n’y a
pas diffamation car le fait est vrai. T’as vu les pauvres ? Ils ont des
dentitions pourries. Et mon devoir est de dire la vérité aux Français.
Le mieux, c’est les sans-abris, sans-dents et sans-papiers… Ceux-là, les
Roms, je leur botte le cul depuis le premier jour de mon mandat… et
tout le monde applaudit ! Pour ce qui est des sans-dents, ils n’ont qu’à
aller chez le dentiste,… s’ils en trouvent un qui prend les patients
CMU ! L’avenir du social-libéralisme passe par le dentiste… Ce que je
suis drôle…
-
Et puis que je les méprise ou non, les pauvres votent pour la Gauche.
Ça aussi c’est un fait. Il suffit que je dise « c’est vrai, je n’aime
pas les riches » ou « mon ennemi, ce sont les puissances de l’argent »,
et les sans-dents votent pour moi. C’est trop drôle…
- Attention, François, il y a plein de pauvres qui, écœurés par l’incurie politique, votent maintient FN…
-
Mais dit donc, toi t’es un vrai puceau de journaliste… Réfléchis un
peu… Pour 2017, il n’y a que le vote FN qui peut me sauver la vie, en
dégageant l’UMP au premier tour…
- Et pour les puissances de l’argent, tu fais quoi ?
-
Je fais le max… mais le max pour elles, pas contre elles ! Je suis leur
meilleure garantie, et avec moi elles sont tranquilles. Dès qu’il y a
un mouvement de grève, je culpabilise la CGT en disant qu’elle joue
contre le camp du progrès social, et ça marche… C’est comme le gadget
Obama : il fait comme Bush, mais avec l’étiquette morale, c’est tout
bénef.
Non, il faut être réaliste. Avec les mecs de Gauche comme moi, la
Droite n’a plus d’avenir, car je lui ai bouffé le marché… et à pleines
dents !

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