"La mère de Goethe cultivait la joie".
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Depuis que l’on a "créé" l’économie – celle basique, celle qui
aidait, celle qui allégeait, on a passé à celle qui cloue tous les
cerveaux, les utilise, les stérilise du rire. On dira qu’il n’y a plus
rien de "beau". Il n’y a plus rien de beau parce que toutes les vies
sont "mathématisées". On s’attriste en vieillissant dans les sociétés
occidentales. On s’attriste de voir que le petit roi élu nous a floué,
qu’il a vendu nos terres, nos pays, nos espaces aux plus riches. Et que
la mort existe.
La joie, c’est la nourriture de l’âme. C’est comme si la lumière
dansait en nous. Mais il faut franchir une étape cruciale: celle de
n’avoir peur de rien. Ni de la mort, ni de la guerre, ni des rides. Il
reste l’imbécilité de ces gens sérieux qui achètent des armes pour
faucher les jambes des enfants qui dansent.
Nous implosons sous le malheur. On le cultive. Il nous affecte.
Un vieillard qui rit, qui sourit, qui fait des étoiles avec ses yeux,
c’est de plus en plus difficile à trouver. Mais ça existe. Un peu,
hélas, comme une espèce en voie de disparition.
Notre petit jardin "à l’aise" a pour nid une mortification
permanente. Le citoyen est offert aux dieux qu’il a élus. Ces
mannequins de cire… Nous allons droit au musée sans s’amuser…
Aujourd’hui, la sueur est à 1.50$ le litre. Et tout est si compliqué…
Les bourreaux meurent. Comme leurs victimes. On dira que c’est un métier.
Vivre
Il faut apprendre à vivre et à se "re-vivre". Il faut réapprendre à
musiquer son rire, à non pas oublier que la mort existe, mais que le
petit moment qui est est la vie dans une continuité de mouvements qui
n’est que celle de la chair et de la dégradation. Alors, en suivant le
courant, nous pensons nous dégrader en étouffant toute la capacité de
demeurer lumineux et danseurs.
Le pouls de l’âme
Nous sommes des êtres vibratoires, mais on vous enseignera à n’être
qu’une ligne sur un moniteur: toujours être heureux. En vérité, la vie
est comme une mer agitée: nous sommes parfois tristes, parfois heureux,
parfois plus encore: "High". Puis, le lendemain, nous croulons.
Mauvaise journée ! Celui qui n’a pas de mauvais jours n’est pas vivant.
Cependant, dans la phase actuelle dans laquelle nous mettons notre
"bonheur" entre les mains de fabricants de "bonheurs", nous nous
débarrassons de notre tâche à trouver nous-mêmes notre bonheur. Cette
"passation" de pouvoir est de plus en plus accrue et alimentée par le
contexte. Bref, nous sommes la cellule qui devrait vivre et s’éclairer
d’elle-même, mais par lâcheté ou ignorance nous préférons "acheter"
notre bonheur.
Pour vivre pleinement, il faut une belle capacité de dérision devant
le mystère de la Vie. Celle-ci, une fois acquise, est le plus beau
cadeau que vous pouvez vous faire. Et personne ne vous le donnera. Car
il faudra chercher ce qui est bon pour vous. La liberté ne dépend pas
d’un État, mais de la capacité à regarder ce monde fêlé se dérouler
devant vous. Mais, en étudiant l’Histoire, en étant attentif, vous vous
rendrez compte que ça a toujours été ainsi.
Personne n’est la tristesse. La tristesse est un concept.
Personne
n’est le bonheur. Le bonheur est un concept. Une sorte de permanence…
Et
vous noterez que depuis que les sociétés se sont organisées, on vous
aura promis la santé par la pilule, le bonheur par l’avoir, mais rien,
vraiment rien pour les relations humaines. Celles qui existent sont
issues des relations des gens authentiques et simples. Il n’y aura pas
de formule mathématique pour relier les gens. Ni celle de comprendre
n’est pas la manière d’aborder le monde.
La seule et unique manière est d’accepter. Accepter la différence. Accepter les bons et mauvais jours.
Quant à la notion de "vérité", elle n’est qu’un arrêt sur image. Et
quand rien ne bouge, c’est la mort. Alors, personne n’a la vérité.
Peu-être les adultes. On voit alors qu’ils sont sérieux, qu’ils savent à
peine sourire - ou bien que leur sourire est faux - mais vous
encensez leur réussite. De fait, vous participez à sculpter des
apparences de bonheur et de réussite.
Apprendre
Qu’est-ce donc qu’apprendre des choses et des choses, des concepts et
des concepts s’ils ne servent à rien ? "Se réaliser" n’est que demeurer
soi à travers un monde qui nivelle tout. On peut être admiratif devant
autant de technologies que celles d’aujourd’hui mais, au fond, toute vie
ne peut être que survivre au grand déluge des infos mitraillées et aux
slogans, et aux pubs. Toute vie a une fin – du moins celle-ci. Alors,
autant parier qu’il existe autre chose que ce beau montage de chair.
Apprendre, c’est désapprendre tout ce faux charabia.
Apprendre, c’est rigoler de cette fausse culture.
Apprendre, c’est s’éloigner des faux pour retrouver les vrais. Mais il faut avant tout se débarrasser du faux en soi…
La chose la plus compliquée au monde est de redevenir simple. Mais pire encore, le demeurer jusqu’à la fin de ses jours…
La Vidure


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