Un poème palestinien, « Ordre de courir », de Lena Khalaf Tuffala,
décrit l’expérience, avec les yeux des habitants de Gaza, de la bien
connue procédure militaire israélienne :
Ils nous appellent
Avant qu’ils laissent tomber les bombes.
Le téléphone sonne
et quelqu’un qui connaît mon prénom
appelle, et dit dans un arabe parfait
“C’est David…
…Vous avez 58 secondes dès la fin de ce message.
Votre maison est la prochaine…
… Courez”.
Avant qu’ils laissent tomber les bombes.
Le téléphone sonne
et quelqu’un qui connaît mon prénom
appelle, et dit dans un arabe parfait
“C’est David…
…Vous avez 58 secondes dès la fin de ce message.
Votre maison est la prochaine…
… Courez”.
Avec la fin de l’ « opération Bordure protectrice » le 26 août 2014,
la communauté internationale se prépare à enquêter sur de nombreux cas
de crimes de guerre présumés commis par les parties belligérantes.
Tentant de contrer ces allégations, une équipe juridique constituée par
l’armée israélienne va soutenir qu’une politique comme celle ci-dessus,
connue sous le nom de « Toquer sur le toit » (knock-on-the-roof),
démontre la préoccupation humanitaire qui était celle d’Israël pour la
sécurité des civils quand il attaquait des cibles sensées être du Hamas à
Gaza.
L’équipe juridique aurait raison de dire que toquer sur le toit a
contribué à éviter de faire plus de victimes, au moins dans une certaine
mesure. Pour autant, cet argument dissimule les conséquences réelles de
cette politique sur le terrain, à savoir ces innombrables civils qui
ont été déplacés, traumatisés, blessés et même tués du fait de ces «
coups sur le toit ». Avec les frappes de missiles et les incursions
terrestres qui ont tué plus de 2100 Palestiniens (environ 70 % étant des
civils) et en ont blessé des milliers de plus, les « mesures
préventives » d’Israël durant la guerre ont, en réalité, exacerbé la
crise humanitaire dans la bande de Gaza.
Premièrement, l’armée israélienne prétend que de toquer sur le toit
est une méthode efficace d’avertissement pour éviter de nuire aux
civils. Ces coups, cependant, ne reflètent pas le sens apaisant que leur
en donne leur surnom. Ces coups sont des bombes qui sont assez
puissantes pour endommager ou secouer tout un immeuble, capables de
causer des dommages physiques et de provoquer une peur immense chez les
habitants à l’intérieur. Des familles paniquées se sont précipitées pour
prévenir les voisins des bombes qui allaient tomber, et une pagaille
s’en suivait alors que les gens tentaient de sortir de la zone de tirs.
La surpopulation des quartiers et camps de réfugiés gazaouis rendait
encore plus difficile pour les gens une évacuation rapide lors de ces
situations d’urgence où leur vie était en danger. Plus troublant encore,
il y a eu plusieurs cas où ces prétendus avertissements étaient en fait
les bombardements eux-mêmes, qui frappaient et tuaient des civils,
notamment dans le cas de ces garçons qui nourrissaient des pigeons sur
la terrasse de leur maison.
Deuxièmement, l’armée affirme qu’elle a épuisé toutes les tentatives
pour s’assurer que les civils avaient été prévenus suffisamment à
l’avance d’une attaque. Cependant, certains cas de coups sur le toit
révèlent qu’il n’y avait aucune application régulière ou fiable de cette
affirmation. Le processus pouvait aller des appels téléphoniques avant
l’attaque, à aucun appel du tout ni aucun coup sur le toit. À plusieurs
reprises, un coup a été donné mais l’attaque n’avait pas encore commencé
des heures plus tard, ce qui créait un risque pour les habitants qui
avaient fui leurs maisons ou, croyant avoir reçu une fausse alerte,
étaient retournés sur les sites ciblés. D’autres cas montrent le
contraire, en ce que de nombreux habitants n’ont pas eu suffisamment de
temps – quelques secondes ou minutes – pour s’écarter de l’explosion et
des gravats provoqués par l’attaque qui faisaient des morts et des
blessés. Au lieu par conséquent d’être « considérés » comme une alerte,
les coups sur le toit étaient devenus un symbole de peur,
d’imprévisibilité et de pagaille.
Troisièmement, les responsables israéliens soutiennent que la
responsabilité de l’armée dans la vie des civils s’arrête une fois
qu’elle a lancé ses avertissements. Sauf que c’est juridiquement,
pratiquement et moralement inexact. En plus des risques ci-dessus, les
coups sur le toit, et les attaques de missiles qui suivent, sont
directement responsables du déplacement et de la dépossession de
familles palestiniennes, les forçant à l’itinérance et à la pauvreté.
Ceci est encore aggravé par le fait qu’il n’y a nulle part où aller dans
la bande de Gaza. Avec la fermeture de ses points de passages
terrestres, ses villes surpeuplées, ses installations humanitaires à
bout de souffle, le ciblage de ses hôpitaux et de ses abris, et les
attaques aériennes sur pratiquement toutes les parties de son petit
territoire, Gaza, plus que jamais, a ressemblé à une prison agitée où
les Palestiniens se voyaient refuser même le droit d’être des réfugiés.
Ces conséquences dévastatrices des coups sur le toit ont déjà été
constatées par le passé. Dans l’enquête sur l’ « opération Plomb durci »
de 2008/2009, la commission d’enquête des Nations-Unies sur le conflit
de Gaza a conclu que les coups sur le toit étaient un avertissement
inefficace « constituant une forme d’attaque » contre les habitants des
immeubles ciblés, et qu’ils visaient plus probablement à « semer la
terreur et la confusion chez les civils touchés » plutôt que de les
aider à se mettre en sécurité. Bref, contrairement aux allégations que
l’on attend de l’équipe juridique israélienne, les coups sur le toit ne
donnent aucun caractère légal à ce qui est clairement jugé comme un
crime par le droit international : une punition collective de civils.
Même si des cibles militaires ont été incorporées dans des zones
civiles, il y a rarement une raison militaire ou morale pour excuser le
préjudice disproportionné causé à des milliers de civils à travers ces
mesures.
Le fait qu’Israël ait lancé des offensives contre Gaza à trois
reprises ces six dernières années, tout en maintenant un blocus pendant
huit années, prouve encore une fois que sa politique militaire fait peu
de cas d’une sécurité dont se targue ses dirigeants pour les justifier.
Son seul résultat, malgré les mythes qui veulent le dissimuler, c’est de
faire des conditions humanitaires extrêmes de Gaza un élément constant
dans la vie de sa population. Jusqu’à ce que cette politique prenne fin,
plus encore de Palestiniens peuvent se trouver menacés avec le même
message par téléphone, explosion ou missile : « Votre maison est la
prochaine… Courrez ! ».
Source : The Huffington Post
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Photo : Une école des Nations-Unies gravement endommagée par les attaques
israéliennes dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la
bande de Gaza.
(UN/Shareef Sarhan – Flickr)
(UN/Shareef Sarhan – Flickr)
Agence Média Palestine


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