Oudeh Basharat - Ha'Aretz -
La Cour suprême israélienne a
validé le 17 septembre une loi autorisant les petites localités à
refuser l’installation de nouveaux résidents pour des raisons
d' " incompatibilité sociale ou culturelle ". Il s’agit d’une mesure de
discrimination antiarabe, estime le journaliste arabe israélien.
Quand mon fils était petit, j’ai passé une demi-heure à tenter de contourner un terrain miné : lui expliquer le sens de momis [prostituée], un mot d’arabe littéraire qu’il avait lu dans un roman. Avec beaucoup dechutzpah [culot en hébreu], il m’a dit, comme s’il venait de découvrir l’Amérique :"Ça veut dire charmouta (‘pute’ en arabe) !"
En somme, les vénérables juges de la Cour suprême israélienne n’ont
nul besoin d’écrire 135 pages d’explication philosophique, comme ils
l’ont fait en donnant leur feu vert à la loi sur les comités d’admission
[de nouveaux résidents dans les petites localités], pour expliquer que
l’Etat d’Israël considère la légitimité du racisme.
C’est tout Israël. Un jour, j’ai rendu
visite au poète Taha Muhammad Ali, aujourd’hui décédé. Il me montra un
chèque de 6 shekels (1,50 euro) qu’il avait reçu d’Israel Electric
Corporation [principal fournisseur d'électricité] à la suite d’un
trop-perçu. Avec son sens de l’humour unique, il m’a dit : "Voilà
un pays qui suit scrupuleusement la loi. Ils volent tout un territoire
sans demander la permission, mais ils vous remboursent 6 shekels sans
faute."
Une bande de racistes
Mais il avait tort. Après tout, Saffouriyya, le village [arabe en Galilée] d’où il a été déraciné, est passé sous contrôle juif
dans le cadre de la loi sur la propriété des absents [utilisée pour
saisir les terres des Palestiniens qui avaient été forcés de les
quitter], qui reste une page sombre dans l’histoire de la civilisation.
Cette loi, j’ai beau avoir grandi avec
et y avoir été confronté quand on m’a interdit l’accès aux terres de mes
parents, elle ne passe pas, je n’arrive pas à la digérer. Et voici
maintenant la loi sur les comités d’admission : après avoir été chassés
de leurs terres en toute légalité, les Arabes qui cherchent un endroit où vivre se font envoyer paître tout aussi légalement.
J’aimerais signaler que, même si l’on
m’offrait une grande maison dans l’un de ces quartiers [juifs des
petites localités], je refuserais d’y emménager. Après tout, comment
pourrais-je accepter de vivre entouré d’une bande de racistes qui
rejetteront très certainement tout Arabe souhaitant s’y installer ? Ils
pourraient bien aussi rejeter toute personne qui ne leur ressemble pas.
Surpopulation
Ce qui me met hors de moi, c’est qu’on
présente les Arabes comme des gens avides de profiter d’une société
riche et cultivée, des gens qui fuient des villages primitifs ravagés
par les conflits familiaux et la violence, pour emménager dans le paradis créé par l’homme blanc. Tout ça est absurde.
La plupart des maux qui touchent les
villages arabes résultent directement de leur horrible surpopulation.
Ainsi, dans le village arabe de Yafia, les gens se battent pour une
place de parking, tandis qu’il y en a en quantité dans [la ville juive] de Nazareth (la haute).
Nous qui possédions cette terre, les
premiers hommes sont maintenant considérés comme les mendiants aux portes de
la ville. Les Arabes d’aujourd’hui partagent le sentiment du poète arabe
de jadis : "Comme les chameaux dans le désert… tués par la soif… et portant l’eau de la vie".
Quartiers partagés
Voilà ce que ressentent les Arabes en
passant près de Malul, de Saffouriyya ou d’Umm Al-Zinat [anciens
villages arabes vidés et repeuplés par une population juive
israélienne]. Leurs parents y possédaient beaucoup de terres, mais ils
vivent maintenant "comme des cafards drogués dans une bouteille" , pour reprendre les termes du général [israélien] Rafael Eitan.
Voici donc ma proposition : rendez-nous
nos terres, laissez-nous construire de nouveaux quartiers qui
correspondent à notre mode de vie, à notre idée de l’hospitalité, avec
des jardins, de la vigne, des pruniers et des oliviers, entourés d’une
bonne vieille clôture rustique, et je vous promets que nous garderons
nos distances. Je travaillerai même à créer des quartiers partagés pour
les membres des deux nations.
Rassurez-vous, la décision de la Cour
suprême ne va pas empêcher les Arabes de dormir. D’abord parce que les
Arabes n’attendent rien de cette Cour. Mais aussi et surtout parce que
les Arabes ne veulent pas vraiment vivre dans ces quartiers, de toute
façon. Toute personne qui est obligée d’y emménager le fait parce
qu’elle n’a pas d’autre choix, pas parce qu’elle en a envie. Qui aime
les racistes, après tout ?
Dessin : Aguilar


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