« Pourquoi entretenir l’illusion qu’une majorité continue à soutenir ce gouvernement ? » Noël Mamère refuse sa confiance au gouvernement Valls et s’en explique sur Reporterre : « Je ne laisserai pas au FN ou à Sarkozy, le monopole de l’opposition à ce pouvoir déliquescent qui est en train de tuer l’espérance de la gauche » et qui « agit délibérément contre l’écologie politique. »
La question de confiance posée par Manuel Valls une deuxième fois en
moins de cinq mois, apparaît comme un chantage : moi ou le chaos. Ou
plutôt, ma politique ou le chaos. Je m’étais abstenu la première fois.
Cette fois-ci, je voterai contre, ou m’abstiendrai…
À la condition que notre groupe adopte une position unanime sur cette
ligne prouvant au Premier ministre qu’il n’est pas aussi facile qu’il
le pense de nous diviser. Et si ce nouvel épisode pouvait faire prendre
conscience à certains de mes collègues, qui croient encore pouvoir
infléchir la politique de ce gouvernement, nous aurions franchi un pas
important vers l’autonomisation de l’écologie politique.
Quelles sont les raisons qui doivent nous conduire à ne pas voter la confiance ?
L’illusion forcenée de la croissance
Cette politique présentée comme la seule possible ne marche pas.
Michel Sapin a dû manger son chapeau la semaine dernière en annonçant
des chiffres calamiteux qui contredisaient la vulgate optimiste tenue
jusqu’à présent. Il l’a fait au moment même où la Commission européenne
intronisait Pierre Moscovici, montrant ainsi l’incapacité du pouvoir et à
tenir ses engagements et à se battre pour une réorientation de la
politique commune.
Pourtant, le tandem Hollande / Valls s’obstine dans l’erreur, faisant
mine de croire que la croissance, présentée comme seul horizon
possible, reviendra. Ils le feront sans moi.
Un dogme minoritaire
Désormais, le gouvernement n’a plus de contre-feux ;
il défend un dogme minoritaire au sein de sa majorité et de son
principal parti, le Parti Socialiste. Manuel Valls veut transformer la
majorité en une caserne. C’est son choix. Il le fera sans mon aval.
Oui aux lobbies, non à l’écologie
Alors que Mitterrand avait stoppé le Larzac et Plogoff, que Jospin
avait arrêté Super-Phénix, ce gouvernement s’obstine sur
Notre-Dame-des-landes, défend un projet de barrage conçu pour servir l’agriculture productiviste,
veut réviser la directive nitrates, autorise la ferme des Mille Vaches,
se tait sur Fessenheim… Et réduit toujours plus le budget du Ministère
de l’Ecologie. Cette politique aux allures de provocation se fera sans
moi.
Une gauche qui se cherche... à droite
L’exemple du détricotage de la loi Duflot, après l’abandon de la PMA , des ABCD
de l’égalité, du droit de vote des étrangers, des initiatives sur le
contrôle au faciès et j’en passe, montre qu’il cherche ses voix à
droite. Je ne vois pas pourquoi, dans ces conditions, je lui servirais
d’alibi .
Au chevet du patronat
Manuel Valls crée un climat général qui renforce la montée du Front
National. Il accrédite la thèse selon laquelle, décidément, il n’y a pas
de différence de nature entre la gauche et la droite, que toutes deux
abandonnent les salariés et les classes populaires au profit d’une
politique de l’offre favorable au patronat qui, par contre, n’a aucune
contre-partie à fournir.
L’oubli des quartiers populaires
Réforme sur un coin de table
Résultat : dans deux semaines, la gauche perdra le Sénat, comme elle a
perdu les municipales et les européennes, comme elle perdra les
élections régionales.
Avec un tel bilan après cinq mois d’exercice, pourquoi l’Assemblée
nationale voterait- elle quitus à un gouvernement qui a perdu le soutien
d’une immense majorité de Français ? Où trouver les raisons pour voter la confiance ? Par simple allégeance, discipline ou fidélité ? Je ne suis ni un député godillot, le doigt sur la couture du pantalon, ni un béni-oui-oui.
Plus profondément, j’estime qu’il est nécessaire pour la gauche de
dénoncer les fautes du mauvais conducteur de la locomotive qui nous mène
droit dans le mur. La politique de l’autruche ne peut mener qu’à la
catastrophe.
Un pouvoir qui tue l’espérance de la gauche et agit contre l’écologie
Je ne laisserai pas au FN, ou à Sarkozy, le
monopole de l’opposition à ce pouvoir déliquescent qui est en train de
tuer l’espérance de la gauche et l’idée même de gauche, en menant
systématiquement la politique de son adversaire.
Ce gouvernement agit délibérément contre l’écologie politique, contre
ce qui a toujours motivé mon engagement. Le fossé de l’incompréhension
se creuse, qui conduira inévitablement au divorce politique.
Pourquoi faudrait-il continuer à entretenir l’illusion qu’une majorité continue à soutenir ce gouvernement ?
Pour en débattre, je donne rendez-vous aux écologistes et à tous ceux
qui désirent, comme moi, sortir de l’ambiguïté, le 6 octobre prochain, à
20 h au théâtre Dejazet.
reporterre.net


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