L’offensive avait commencé avec Nicolas Sarkozy et avec
François Fillon, et le massacre à la tronçonneuse technocratique et
financière se poursuit avec les gouvernements socialistes successifs :
faute d’argent et donc de subventions partout en baisse ou en voie de
disparition, l’emploi associatif se réduit rapidement.
Des économies
« faciles » car la nébuleuse associative n’est pas près, vues la
dispersion des intérêts et la disparité des objectifs, sociaux,
culturels, sportifs (pour les amateurs) ou environnementaux, de
descendre dans la rue. La situation de pénurie contraint de nombreuses
associations, surtout les petites structures, à fermer leurs portes ou à
se mettre en veille en licenciant leurs quelques salariés permanents.
Une (autre) catastrophe sociale totalement silencieuse. Elle est
particulièrement sensible depuis l’année 2010.
Car s’il existe environ 1 300 000 associations en France, 170 000
d’entre elles sont également des employeurs et génèrent un chiffre
d’affaires de 75 milliards d’euros, soit à entre 4 et 4, 5 % du Produit
Intérieur Brut. Une proportion qui place le secteur associatif
largement devant celui de l’Hôtellerie et de la restauration, les
salaires de ce secteur (hors coopératives et entreprises à vocation
sociale ou solidaire) représentant, malgré la modicité des émoluments
versés, 6% de la masse salariale du privé.
Les secteurs concernés sont les associations vouées à la culture
sous toutes ses formes, à l’aide sociale, à l’animation des quartiers,
aux petits clubs sportifs ainsi qu’à la protection de la nature et de
l’environnement. Un mouvement multiforme qui dépend pour plus de la
moitié de ses revenus des subventions municipales, régionales et
nationales. Financement complété par les cotisations des membres, le
mécénat n’intervenant que pour 5 %. Les conséquences sont d’autant plus
rudes pour le milieu associatif animé par des bénévoles, que, à tous les
niveaux, les associations de moyenne et de grande importance sont
depuis quelques années soumises au système des appels d’offre dans un
secteur qui devient donc "concurrentiel". Pour le plus grand profit des
bureaux d’étude et petites entreprises dont l’objectif, contrairement
aux associations de type 1901 qui ne peuvent faire de bénéfices et
encore moins les redistribuer, est de gagner de l’argent. C’est par
exemple en vertu de ces nouveaux « principes » que Bretagne Vivante,
vieille association de protection de la nature en Bretagne, vient de se
voir écartée de la gestion de la réserve naturelle de la Mer d’Iroise
qu’elle a contribué à créer et à gérer il y a des années. Une menace qui
pèse également sur de nombreuses associations qui gèrent des réserves
naturelles. Elles vont être progressivement écartées au profit des
bureaux d’étude à buts lucratifs, offrant moins d’emplois pour cause de
rationalisation et surtout plus « dociles » face aux élus et aux
exigences du pouvoir central.
L’examen de l’évolution du financement des petites associations,
montre qu’au niveau local et régional au moins, seules celles dont
l’activité concerne les retraités ou les regroupements de boulistes,
échappent souvent à la disparition des subventions. Une façon comme une
autres, pour les élus locaux et régionaux, de s’attacher une clientèle
électorale. Les associations qui, avec des bénévoles, se préoccupent de
la situation des gens affectés par la précarité ou qui assurent la
préservation de la nature ou le suivi de la lutte contre les pollutions
urbaines ou rurales, sont les plus touchés par l’amenuisement ou la
disparition des financements. Les premières accusées « d’entretenir des fainéants » et les secondes étant considérées par les élus, de droite comme de gauche mais surtout de droite, comme regroupant des « emmerdeurs »
face à leurs erreurs environnementales. Des élus qui se liguent avec
les notaires, les sociétés immobilières et les aménageurs pour réclamer
une « simplification » administrative. Expression qui devrait pour eux
se traduire par une disparition des garde-fous contre l’ attribution
désordonnée des permis de construire et des autorisations de
défrichement. À terme, après avoir organisé l’amenuisement de leurs
ressources, cette partie agissante et redouté du corps social veut aussi
parvenir à rendre plus difficile l’usage de la seule arme restant
souvent aux associations : les recours auprès de tribunaux
administratifs.
Au rythme actuel, les coupes budgétaires en cours pourraient se
traduire, dans quelques années à la disparition d’une centaine de
milliers d’emplois associatifs et également à une perte d’une
connaissance du terrain qui fait la force de ces « gêneurs ».
Note
Depuis le 29 mai une Commission d’Enquête Parlementaire est
officiellement chargée "d’étudier les difficultés du monde associatif
dans la période de crise actuelle et de proposer des réponses
complexes". Au delà de cet intitulé un peu trop complexe pour être
honnête, il est rassurant que le président de cette Commission soit
André Chassaigne, membre du parti communiste. Par contre que la
rapporteure soit Françoise Dumas, députée PS du Gard et groupie
inconditionnelle de François Hollande et de Manuel Valls l’est beaucoup
moins. La Commission pourrait bien enterrer définitivement les
associations... sous un monceau de fleurs et de compliments.

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