Caleb Irri
Cela fait quelques jours que je me pose cette question. Depuis que je suis tombé (un peu par hasard de liens) sur le site de « la quadrature du net » . La nouvelle Loi « anti-terroriste » y est analysée, et elle fait vraiment peur : il apparaît que nous sommes tous, individuellement, des terroristes en puissance.
On m’avait dit qu’il y avait plus de chances, statistiquement, de mourir frappé par la foudre que de mourir dans un attentat, mais je ne crois plus aux statistiques. D’ailleurs le terrorisme ce n’est plus seulement poser des bombes : sur wikipedia on voit qu’il existe bien plus de cent définitions de ce terme, mais maintenant ce peut être à peu près n’importe qui : «
Art. 421-2-6. – Constitue également un acte de terrorisme, lorsqu’il
est intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle
ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation
ou la terreur, le fait de rechercher, de se procurer ou de fabriquer des
objets ou des substances de nature à créer un danger pour autrui, en
vue de préparer la commission :
« – d’un des actes de terrorisme mentionnés au 1° de l’article 421-1 ;
« – d’un des actes de terrorisme mentionnés au 2° du même article, lorsque l’acte préparé consiste en des destructions, dégradations ou détériorations par substances explosives ou incendiaires destinées à entraîner des atteintes à l’intégrité physique de la personne ;
« – d’un des actes de terrorisme mentionnés à l’article 421-2. »
II. – À l’article 421-5 du même code, après le troisième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« L’acte de terrorisme défini à l’article 421-2-6 est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende. » (voir article 5)
« – d’un des actes de terrorisme mentionnés au 2° du même article, lorsque l’acte préparé consiste en des destructions, dégradations ou détériorations par substances explosives ou incendiaires destinées à entraîner des atteintes à l’intégrité physique de la personne ;
« – d’un des actes de terrorisme mentionnés à l’article 421-2. »
II. – À l’article 421-5 du même code, après le troisième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« L’acte de terrorisme défini à l’article 421-2-6 est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende. » (voir article 5)
Et puis j’ai commencé à me poser des
questions : la quadrature du net, puisqu’il propose de lutter contre
cette loi, est-il susceptible de créer un trouble à l’ordre public ?
Faudra-t-il alors le dénoncer ?
Seulement à pousser la réflexion plus
loin, je me suis aperçu que de nombreux sites que j’ai l’habitude de
consulter , moi qui suis devenu suspicieux de tout, sont potentiellement
visés par les dispositions « élargies » de cette loi. J’ai même presque
de la crainte à les nommer, on ne sait jamais. Et puis plus grave
encore : il m’est arrivé de regarder des vidéos de Dieudonné, pour me
faire une idée du « personnage » (chose que je n’aurais jamais faite
sans toute la « polémique » d’il y a quelques mois). Etant désormais
accusé « d’apologie de terrorisme », je me suis alors inquiété de savoir
si je risquais quelque chose, et surtout si j’étais en train de devenir
moi-même un terroriste ?
Car par extension, la loi précise (voir article 9) que consulter des sites « faisant l’apologie du terrorisme » commettent un délit.
C’est là que tout se complique ; enfin
surtout pour les journalistes, mais pas qu’eux : car « couvrir » des
évènements comme ceux qui se déroulent en ce moment va devenir
difficile… comment savoir si l’exécution de tel ou tel otage est un
« montage » ou pas puisqu’ils ne pourront plus ni vérifier ni
authentifier une vidéo devenue « hors-la-loi ». Il leur faudra se rendre
sur des sites « suspects » et le devenir à leur tour. Comment entendre
les témoignages de ceux qui se considèrent comme « résistants » s’ils
sont officiellement appelés « terroristes » par le gouvernement ?
Pour continuer à s’informer
« autrement », il va bientôt falloir se perfectionner techniquement et
adopter des comportements suspects voire illégaux, puisque l’information
alternative ou contestataire sera peu à peu rendue inexistante, car la
nouvelle loi ne s’arrête pas à une nouvelle définition du terrorisme ;
elle institue une censure sans aucun contrôle judiciaire qui permettra à
la police de suspendre ou supprimer n’importe quel site sous les
prétextes élargis contenus dans le texte de loi. Ainsi, il deviendra
rapidement nécessaire de revoir totalement nos « blogrolls », car les
sites qui constituent mon univers informatif vont disparaître les uns
après les autres, toutefois si on laisse le mien tranquille !
Le problème est bien plus large qu’il
n’y paraît : car pour sanctionner il faut contrôler, et les
« terroristes » comme moi doivent se trouver fort heureux de la crise
économique qui empêchera pendant longtemps encore le gouvernement de
mettre un policier derrière chaque suspect- bien que la NSA leur
fournira peut-être bientôt un moyen plus économique de nous surveiller
tous ! Ensuite, il faudra quand même m’expliquer une chose : le fait que
nous soyons tous appelés à grossir d’ici peu le rang des terroristes ne
dit pas comment on fera pour vérifier si les sites supprimés par la
police du gouvernement étaient bel et bien des sites terroristes. Car
une fois supprimés, ils seront inaccessibles. Qui pourra dire que le
blog de Caleb Irri n’était pas un site faisant l’apologie du terrorisme
s’il ne peut aller lire ses écrits ?
Imaginez donc, un gars qui doute de
tout, jusqu’à douter de la sincérité d’un gouvernement socialiste
pourtant démocratiquement élu, et qui prône la mise en place d’une Assemblée Constituante ! Manquerait plus qu’il soutienne les thèses de ce révolutionnaire Bernard Friot !
Enfin il me faut plaider coupable, car
je dois l’avouer j’ai bien peur d’avoir eu une pensée malsaine ces
derniers temps… Je ne sais pas si je peux en parler ici, cela est
tellement honteux que j’ai quelque peine à aller plus loin… À force de
douter de tout (un défaut qu’il faut bien considérer comme suspect),
j’en suis venu à me demander une chose : et si cette loi anti-terroriste
n’était pas destinée à lutter contre le terrorisme mais bien plutôt à
se donner les moyens de faire taire toute contestation du pouvoir en
place ?
PS : craignant d’être
allé trop loin dans ma démarche, je crois qu’il serait bon que je me
dénonce dès à présent aux autorités compétentes, en envoyant par
ailleurs cette confession de mon état de terroriste potentiel à nos
sénateurs qui vont bientôt devoir étudier le texte. Il serait bon pour
la paix que chaque citoyen qui se sente concerné par cette Loi fasse
lui-aussi son auto-critique et l’envoie aux sénateurs, afin de demander à
nos chers représentants de nous protéger… car nous sommes tous des
terroristes potentiels sans forcément le savoir, et eux aussi peut-être !
Caleb Irri


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