Claude-Marie Vadrot
« …Et je voudrais revenir sur la question du principe de
précaution. Proposer sa suppression au motif qu’il bride l’action repose
sur une profonde incompréhension. Le principe de précaution n’est pas
un principe d’inaction. Au contraire, c’est un principe d’action et
d’expertise pour réduire l’incertitude. Le principe de précaution n’est
pas un principe d’interdiction. Au contraire, c’est un principe de
vigilance et de transparence ».
Cette phrase a été prononcée par
Nicolas Sarkozy lors de son discours du Grenelle de l’Environnement en
2007. Preuve que l’amnésie est la maladie politique la plus courante
puisqu’au cours de son intervention devant les militants UMP du vendredi
26 septembre il a fermement condamné ce « principe » en même temps
qu’il préconisait l’exploitation des gaz de schiste.
Cette intervention représente une douce vengeance pour l’ancienne
majorité de droite qui, unissant ses efforts à une partie de la gauche
conservatrice et productiviste, a désespérément tenté d’empêcher le
président de la République de l’époque, d’inclure le « principe de précaution »
dans la Constitution. Il aura fallu plus d’une année à Jacques Chirac
pour réussir à violer le consentement de tout ce que la France compte
comme scientifiques et parlementaires rétrogrades considérant l’écologie
comme un gadget ou comme un danger. Il est possible de se demander,
d’ailleurs, si ce président de la République ne l’a pas considéré
malicieusement ou inconsciemment comme une bombe à retardement qui
pouvait exploser à tout moment entre les mains de ses successeurs.
Ce qui explique l’acharnement, hier et aujourd’hui, de la droite et
la méfiance d’une partie de la gauche, contre un texte qui n’est pas
anodin puisqu’il fait partie de la Constitution depuis mars 2005. Il
faut le relire pour comprendre l’acharnement des groupes de pression qui
tentent encore aujourd’hui d’en limiter ses conséquences, voire d’en
réclamer le reniement. Dangereux principe : les citoyens peuvent
désormais s’en emparer pour contester une loi qui ne prendrait pas les
précautions nécessaires à la sauvegarde de l’avenir. De Jacques Attali
aux vieux barbons de l’Académie des sciences en passant par les amis de
Claude Allègre et de beaucoup de socialistes, y compris Jean-Luc
Mélenchon qui a fustigé ce principe à l’Assemblée nationale le 27 mai
2004, ils ont été nombreux à protester et à tenter de convaincre les
parlementaires et le Président de ne pas accepter….l’idée d’une certaine
Nathalie Kosciusko-Morizet qui la défendit ensuite devant les députés.
Dans ce texte adossé à la Constitution on peut notamment lire :
Le peuple français, considérant :
Que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné
l’émergence de l’humanité ;
Que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de
son milieu naturel ;
Que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains ;
Que l’homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie
et sur sa propre évolution ;
Que la diversité biologique, l’épanouissement de la personne et le
progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de
consommation ou de production et par l’exploitation excessive des
ressources naturelles ;
Que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même
titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ;
Qu’afin d’assurer un développement durable, les choix destinés à
répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité
des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres
besoins.
Suivent une dizaine de paragraphes dont l’article 5 qui précise...
Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état
des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et
irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par
application du principe de précaution et dans leurs domaines
d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des
risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de
parer à la réalisation du dommage.
Depuis quelques mois, les parlementaires de l’opposition, à
l’Assemblée Nationale comme au Sénat, sont repartis à l’offensive pour
réclamer la suppression de cet article 5. Problème : il faut pour cela
faire une réforme constitutionnelle…
politis.fr

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