Obsédé par le tourisme et les vacances et en oubliant que
seuls 41 % des Français peuvent en prendre, le concert médiatique
dominant célèbre à l’envi le « beau temps ». Lequel pour le journaliste
et le commentateur citadin s’oppose simplement au mauvais temps,
c’est-à-dire à la pluie.
Autrement dit, une calamité. Hors du soleil
point de salut et pour un peu la glose politique dominante mettrait les
journées ensoleillées au compte de l’action du Président. Problème :
derrière le soleil dominant supposé favoriser la reprise économique et
les marchands de glaces, il y à la sécheresse…Les gens de la ville
ignorent désormais la nature.
Certes, les incendies de forêts ou de culture qui commencent vont
certainement réveiller un peu l’intérêt médiatique mais cela ne sera
qu’un écran de fumée dissimulant des images spectaculaires qui ne
coutent pas cher. Alors que l’essentiel est évidemment ailleurs ; un
ailleurs qui ne fait pas partie de la préoccupation journalistique : il
ne pleut pratiquement plus depuis des semaines et une grande partie du
pays est en état de grave sécheresse, une sécheresse qui se lit dans les
terres devenues poussière ; tandis que les producteurs de maïs de
France et de Navarre continuent à arroser leurs champs aux heures
chaudes de la journée.
Partout la végétation souffre et des arbres meurent sur pied,
foudroyés par la chaleur et la sécheresse combinées. D’autres
disparaitront dans quelques années, victimes d’un stress qu’ils auront
en apparence supporté. Dans les jardins ouvriers les légumes et les
fruits se racornissent et crèvent, en dépit des arrosages quand ils sont
possibles : des centaines de milliers de personnes sont en train de
perdre tous les produits qui leur permettent de faire face au chômage,
au temps partiel et aux pertes de pouvoir d’achat et de manger autre
chose que des nouilles à partir du 20 du mois. Une catastrophe
silencieuse qui va de pair, en plus, avec une hausse des prix des
produits frais dont la plupart sont pourtant arrosés à grands frais avec
l’eau pompée dans les nappes et les rivières exsangues.
L’air chaud et la totale absence de pluie sur une grande partie du
territoire a déjà provoqué l’assèchement de nombreuses mares et étangs,
privant d’eau des dizaines de milliers d’oiseaux et des millions de
petits mammifères ; d’autant plus que le niveau des fleuves baisse
rapidement et que des centaines de petites rivières ont cessé de couleur
ou bien n’offrent plus qu’un filet d’eau tiède impropre à la vie
aquatique. Les amphibiens rescapés des pesticides meurent sous le soleil
dans les herbes brulées. Au pont de Gien, la station de référence du
niveau de la Loire, le fleuve est en dessous du « minimum vital » depuis
deux semaines et le ministère de l’Ecologie prépare discrètement des
arrêtés permettant aux centrales nucléaires situées le long du fleuve de
relever le niveau de concentration de radioactivité dans les eaux
rejetées après refroidissement. Tous les grands fleuves sont à leur
étiage minimum et les algues vertes y prolifèrent aussi rapidement que
sur le littoral de Bretagne.
L’effondrement de la vie naturelle, qu’il s’agisse de la végétation
ou des animaux entraine une hécatombe dont l’écho ne parvient pas dans
les rédactions puisque l’essentiel est qu’il « fait beau ». En attendant
le vote, une nouvelle fois repoussé, d’une loi fantôme qui vient d’être
vidée de sa substance par les sénateurs à l’écoute de tous les lobbies,
la biodiversité est donc une fois de plus gravement touchée. Ce qui
laisse tout le monde indifférent.
Sauf les agriculteurs, les petits
maraichers et les fournisseurs des Amap. Ils sont les seuls, avec les
amoureux de la nature et les jardiniers, à s’apercevoir que sous le
soleil célébré comme une bénédiction, la malédiction du réchauffement
climatique et de la sécheresse est déjà présente. Mais il est vrai que
depuis les bureaux climatisés, il n’est pas facile de s’en apercevoir
et que l’important, c’est le soleil sur la plage tandis que les golfs
restent bien verts…


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