Pour ceux qui s’imaginent qu’il faut tenir la culture à l’écart de la
politique, rappelons qu’il y a 43 ans, le Mossad assassinait l’un des
plus grands écrivains et journalistes palestiniens. Et aucun de nos
dirigeants ne s’en est formalisé et encore moins appelé à manifester
pour la liberté d’expression.
Le 8 juillet 1972, ce grand romancier et journaliste Palestinien
mourait à l’âge de 36 ans, en même temps que sa nièce de 15 ans,
assassiné par une charge de dynamite placée sous sa voiture, à Beyrouth,
par les services secrets israéliens.
Près de 40.000 personnes ont suivi ses funérailles à Beyrouth.
lsraël a attendu 2005, soit 32 ans pour reconnaître avoir été le commanditaire de son assassinat.
Ghassan Kanafani, porte-parole du Front Populaire de Libération de
la Palestine, rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Al Hadaf », était
romancier, auteur de plusieurs pièces de théâtre et journaliste, dont
l’œuvre est profondément enracinée dans la culture arabe palestinienne.
Il a inspiré une génération entière de son vivant jusqu’à aujourd’hui.
Né à Acre (nord de la Palestine) le 9 juillet 1936, il a vécu à Jaffa
jusqu’en mai 1948, quand il a été contraint à l’exil avec sa famille.
Il a vécu et travaillé à Damas, puis au Koweït et, à partir de 1960, à
Beyrouth.
Dotées d’un style pur et concis, ses oeuvres incitaient à la lecture y
compris ceux qui n’étaient pas des intellectuels, et engageaient à
réfléchir aux grands problèmes sociaux à travers une vision marxiste
du monde arabe.
Réaliste, il avait été le premier à prêcher la reconversion de la
guérilla pour qu’elle limite son action à l’intérieur du « petit et
grand Israël », tout en étant fidèle à Georges Habache, dès 1954.
Mais il disait : « La cause palestinienne n’est pas une cause pour
les Palestiniens seulement, mais une cause pour chaque révolutionnaire,
partout où il est, comme une cause des masses exploitées et opprimées
dans notre ère. »
Avant de mourir prématurément, Ghassan Kanafani a publié dix-huit
livres, et écrit des centaines d’articles sur la culture, la politique
et la lutte du peuple palestinien. Après sa mort, tous ses livres ont
été republiés dans plusieurs éditions en arabe. Ses romans, ses
nouvelles, ses pièces de théâtre, ses essais ont été rassemblés et
publiés en quatre volumes. Une grande partie de l’œuvre littéraire de
Ghassan Kanafani a été traduite en dix-sept langues et publiée dans plus
de vingt pays différents. Certaines œuvres ont été adaptées pour la
radio et le théâtre dans de nombreux pays, arabes et autres. Deux de ses
romans ont été adaptés au cinéma. Son œuvre littéraire, écrite entre
1956 et 1972, reste aujourd’hui encore importante.
Bibliographie :
Ouvrages publiés en français (disponibles à la librairie Résistances)
- "Retour à Haïfa et autres nouvelles", copyright Actes Sud, Sindbad 1997, pour la traduction française, ISBN 2-7427-1184-8/F7 4275
- "Des hommes dans le soleil", copyright Actes Sud, Sindbad 1990, pour la traduction française, ISBN 2-7274-0189-2
Et en arabe :
"Mawt al-sarîr raqam 12" (La mort du lit numéro douze) - 1961
"Rijâlun fi al-Shams" (Des hommes dans le soleil) - 1963
"Ard al-burtuqâl al-hazîn" (La terre des oranges tristes) - 1963
"Al-Bâb" (La porte) - 1964
"Âlam laysa lanâ" (Un monde qui n’est pas le nôtre) - 1965
"Ma Tabaqqa lakum" (Tout ce qui vous est resté) - 1966
"Al rijâl wa al-Banadiq" (A propos des hommes et des fusils) - 1968
"Umm Sa’ad" (La mère de Saad) - 1969
"A’id ilâ Hayfâ" (Retour à Haïfa) - 1969
"Al Ashiq" (L’amant) – 1972 - inachevé
"Al a’ma wa al-‘trash" (L’aveugle et le sourd) – 1972 – inachevé

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