On a souvent
abordé la situation française comme une « exception », en Europe.
On
parle de l’exception française, en faisant référence à une histoire
encore marquée par la Révolution française de 1789. Cela recouvrait, en
fait : un certain type d’acquis sociaux, un puissant service public, un
Etat fort, un mouvement ouvrier important et dynamique, un haut niveau
des luttes de classes, des droits sociaux et des libertés démocratiques
et laïques arrachées par des mobilisations populaires historiques.
Si l’Etat fort
s’est maintenu, toutes les conquêtes sociales ont été remises en cause
dans les dernières années. La longue durée de la contre-réforme libérale
depuis la moitié des années 1980, en France, son accélération avec la
crise ouverte en 2008, la politique d’austérité et l’œuvre de démolition
sociale entreprise par le gouvernement socialiste de Hollande ont
déconstruit et démantelé ce qui a constitué cette exception française.
Il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’une déconstruction, d’un
démantèlement progressif.
Les politiques d’austérité
menées ces dernières années ne sont pas les énièmes politiques
d’austérité, elles ont une tout autre ampleur. Elles visent un double
objectif : Le premier, consiste à liquider ce qui reste du « modèle social
français » qui est considéré par les classes dominantes comme un des
principaux obstacles dans la concurrence capitaliste mondiale. Le
deuxième, c’est de réorganiser la société, en passant de « l’économie
généralisée de marché à la société de marché », privatisant, dérégulant
et précarisant la vie économique comme sociale. D’où le caractère
central des « réformes du marché du travail » avec une déréglementation
des relations sociales, une déconstruction du Code du travail qui
affaiblissent les positions des salariés et renforcent celles du
patronat. Ces politiques s’accompagnent aussi d’un chômage massif – en
réalité, près de 20% de la population active
–, d’une baisse du pouvoir d’achat avec le blocage des salaires et des
retraites et d’une augmentation substantielle des impôts. La précarité a
explosé.
Les politiques de réduction
des budgets sociaux, des dotations des collectivités territoriales, du
système de santé, de l’école publique, aggravent les conditions de vie
des classes populaires. Les politiques d’aides et de cadeaux au patronat
se sont traduits par un transfert de richesses de plusieurs dizaines de
milliards qui sont allés des ménages vers les profits capitalistes.
Certes, les conséquences de la crise ne sont pas aussi fortes qu’en
Grèce, au Portugal ou en Espagne. La France reste la 6e puissance
mondiale, il lui reste des positions importantes sur le marché mondial,
elle a pu faire fonctionner une série d’amortisseurs sociaux face à la
crise, mais les effets des politiques d’austérité sont dévastateurs. La
reprise économique que connaissent l’Europe et le pays ne se traduit pas
en emploi et en pouvoir d’achat. Il y a un appauvrissement des classes
populaires voire des processus de décomposition sociale dans certaines
banlieues ou quartiers. Aux politiques d’austérité s’ajoutent des
dérives autoritaires ; au nom de la politique antiterroriste, on remet en
cause des droits démocratiques fondamentaux. On n’avait pas vu, en
France, une telle situation où la gauche est liberticide, depuis la
guerre d’Algérie.
Mais à la crise économique
et sociale, s’ajoute une crise politique, justement parce que c’est la
gauche (PS) qui fait cette politique, qui s’est attaquée aux
travailleurs, qui a perdu toute une partie de sa base sociale et donc
qui ne peut s’appuyer pour diriger que sur une assiette sociale et
politique fort rétrécie. La longue durée de la contre-réforme libérale
depuis la moitié des années 1980, en France, son accélération avec la
crise ouverte en 2008, la politique d’austérité et l’œuvre de démolition
sociale entreprise par le gouvernement socialiste de Hollande ont
déconstruit et démantelé ce qui a constitué cette exception française.
Il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’une déconstruction, d’un
démantèlement progressif.
Source : npa2009.org

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