Le train de Die, dans la Drôme, est surnommé la « ligne de vie ».
Il est le train de tous les jours de ceux qui travaillent à Crest ou à
Valence. Alors que résonnent des rumeurs de sa fermeture, c’est la
question du transport ferroviaire et de son prix qu’il faut reposer
plutôt que de multiplier les « cars Macron » sur les routes de campagne.
Le
long de la vallée de la Drôme, les feuilles commencent à jaunir, virent
à l'orangée et rougissent. Ecarlates. C'est un vrai camaieu d'Automne
qui s'étend sur les flancs du Vercors. En venant de Valence, à bord du
train qui longe la rivière, on glisse le long des vignes, on croise un
village, on traverse la rivière encore marron-limon de l'orage d'hier,
on aperçoit le massif des Trois-Becs, et on se surprend à vouloir ouvrir
une de ces fenêtres coulissantes à l'ancienne qui n'existent plus, pour
humer l'air glacé, empreint de ce parfum persistant de feu de bois qui
commence à envahir les rues du Diois.
Ce
train, c'est celui de la ligne de Die, aussi appelée ligne de vie.
C'est celui des stations de ski des Alpes, avec le train de nuit Paris-
Briançon qui fonctionne à plein les fins de semaine en hiver. Mais c'est
aussi le train de tous les jours pour celles et ceux qui travaillent à
Crest ou Valence. Qui montent le matin, qui avec son vélo, qui avec son
tricot, en espèrant qu'ils ne seront pas en retard au boulot. Et puis
c'est aussi le train des internes, les lycéens qui retrouvent la gare
joyeusement chaque vendredi pour rentrer chez eux. Et que je croise
parfois dans la montée de la gare vers la ville le dimanche soir,
encombré de valises et, pour les options cirque, de quelques balles de
jonglage ou même, une fois, d'un monocycle.
Alors on a écrit à la SNCF. (Télécharger ici notre courrier en format pdf)
Et j'ai ressorti une étude que j'avais soigneusement conservée, du Conseil local de développement, en vue d'un guide des mobilités.
Une enquête avait été réalisée auprès des personnes dites empêchées,
c'est à dire n'ayant pas de voiture et qui dépendent donc du train pour
se déplacer : personnes agées, jeunes, précaires... Elle mettait en
évidence qu'aller au travail était le principal motif de déplacement
dans la vallée, avec plus de 80% des trajets en voiture. J'ajouterais
qu'avec la disparition des services publics de proximité, il y a de plus
en plus de besoins de se déplacer en zone rurale. Or non seulement cela
a un coût, mais si on prend le trajet de Saillans à Valence, y aller en
voiture dégage 10,46 kilos de dioxyde de carbone (CO2). En train, les
émissions tombent à 1,57 kilos.
Certes.
Seulement voilà : de plus en plus de trains sont remplacés par des
cars, moins confortables et plus lents, quant aux trains les retards
s'accumulent, et au final les gens ne prennent plus ni car, ni train.
C'est un cercle vicieux. On voit le même à l'oeuvre dans le cadre de
l'éducation nationale, de la poste ou des hopitaux publics : à force de
compresser les salaires, les moyens de travail, le personnel, les
investissements, fatalement à la fin ça ne marche plus aussi bien, les
gens qui le peuvent se détournent du public, remaquillé en mastodonte
ineffectif et se tournent vers le privé. Idem pour la sécu ou pôle
emploi. Et le petit refrain libéral reprend de plus belle, qui veut nous
faire croire que l'inefficacité serait inhérente au secteur public,
quand tout est orchestré pour déléguer le plus de choses possibles au
privé, ce qui permet au gouvernement de faire apparaitre des économies de
budget et de répondre aux injonctions d'austérité venues de Bruxelles,
mais qui en revanche coûte cher au citoyen.
Alors
franchement, plutôt que de mettre des cars Macron sur les routes le
long des voies ferrées en disant que ça coutera moins cher aux voyageurs
que le train, est-ce qu'on peut deux secondes se poser la question de
savoir pourquoi la SNCF a des tarifs aussi élevés ? Pour aller à Valence
en car, sans abonnement c'est 13 euros l'aller simple, 7 euros
d'essence pour s'y rendre en voiture. Pourquoi sur tant de trajets ça
coute moins cher de prendre la voiture, et même l'avion, que le train ? Pourquoi les coûts des routes sont-ils pris en charge par la collectivité et ceux d'entretien des rails par les usagers,
répercutés sur le prix de leur billet ? Pourquoi les paquets europeéns
de libéralisation du rail ont-ils fait de la SNCF une entreprise qui
cherche la rentabilité comme n'importe quelle boite privée ? Comment se
fait-il que la SNCF, par son volet routier, soit aujourd'hui la
concurrente directe de la SNCF, pour ses trains ? Comment en est-on
arrivé à ce titre, bon sang : "la SNCF va vous faire préférer la voiture" !
Absurde. Il ne faut pas s'étonner après que les syndicats de cheminots
prennent pour une grosse farce le "train climat" lancé tout spécialement
à quelques semaines de la Cop21. Eux savent, l'abandon du frêt et du
wagon isolé, le manque d'effectifs en gare, la baisse des
investissements, la course à la compétitivité et les plateformes
abandonnées.
Pour
avoir dénoncé le déni de démocratie, les conflits d'intérêt, la ruine
financière et environnementale que représente le pharaonique Lyon-Turin,
alors que l'existant pourrait être amélioré à moindre frais et
rapidement utilisé, l'écrivain Erri de Luca se retrouve aujourd'hui devant la justice [depuis il a été relaxé].
Absurde toujours : les coûts exorbitants de ces gares TGV plantées au
milieu de nulle part. Ces gares, qui en a décidé ? Est-ce qu'on est
vraiment obligés de continuer les mêmes hérésies avec le projet aberrant de gare TGV à Allan, en plein milieu de la Drôme, quand il y en a déjà deux à Valence et Montélimar ? Tout ça pour qui ?
Les
trains du quotidien, voilà la priorité. Venez faire un tour dans nos
vallées, vous verrez comment les habitants se débrouillent. On n'a pas
de métro dans le Diois, mais du joli multimodal, comme on dit. Celui de
Claire, par exemple, qui habite Die et travaille tous les jours à Crest :
le matin elle arrive en voiture à la gare de Die, prend le train, et
finit à pied pour rejoindre son bureau. Et en cas de retard du train, il
y a co-voiturage inopiné sur le parking de la gare. Mais ce n'est pas
très satisfaisant, avouez...
Alors
on a écrit. Et on n'a pas fini d'en parler. Rien que cette semaine, il y
a le vote à la région sur la prochaine convention TER avec la SNCF
jeudi, et le café citoyen du Rassemblement pour les régionales, ce mardi, sur les transports. Et on vous réserve une jolie surprise dans le coin le 28 novembre... Surveillez les rails !

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