Des
textes qui éclairent, nous en avons bien besoin, et pas la peine d’être
d’accord sur tout. Le débat est si nécessaire. Voici un article d’Edgar
Morin, Contre la terreur à Paris, il faut gagner la paix au
Moyen-Orient, publié dans Le Monde.
Ce ne sont plus des attentats. Avec une
action meurtrière massive menée en six lieux simultanés, la stratégie,
donc la guerre est entrée dans Paris. Il y avait des partisans Daech ici
et là. Maintenant Daech est chez nous. Il ne s’agit pas d’une guerre de
religions. Il s’agit de la guerre d’une secte fanatique issue de
l’Islam contre toute la société, y compris islamique, qui soit autre
qu’un totalitarisme religieux.
Rappelons
que si les forces de Daech sont endogènes à l’Islam, y constituant une
minorité démoniaque qui croit lutter contre le Démon, c’est l’Occident,
notamment américain, qui a été l’apprenti sorcier délivrant les forces
aveugles qui se sont alors déchaînées.
Ajoutons
que si nous sommes dans le droit, cessons de nous sanctifier.
Continuons à dénoncer leurs monstruosités ici et là-bas, mais ne soyons
pas aveugles sur les nôtres, là-bas. Car nous utilisons aussi, à notre
mode occidental, tueries et terreur : ceux que frappent drones et
bombardiers sont principalement non des militaires, mais des populations
civiles.
Nous
ne pouvons faire la guerre pour détruire Daech en France qu’en nous
transformant en Etat policier militarisé. Alors que faut-il faire une
efficace à Daech ? La réponse est simple : faire la paix au
Moyen-Orient.
Le
rôle fécond de la France aurait été, non pas d’accompagner de ses
frappes les frappes américaines qui en aucun cas ne peuvent gagner une
guerre, non pas d’accompagner une coalition débile parce que ne
comportant qu’une partie des ennemis de Daech, mais d’œuvrer pour une
coalition générale des moins barbares (y compris Russie, Iran et
nous-mêmes) contre le plus barbare de tous. Il aurait été non pas
d’exiger l’élimination de Bachar El-Assad comme préalable à la fin des
massacres en Syrie, mais de demander la fin des massacres en Syrie comme
préalable absolu. Et comme le tyran syrien est consolidé par la Syrie,
combien de millier voire de centaines de milliers de morts faudra-t-il
encore avant que Bachar ne disparaisse ?
Le
bon rôle de la France aurait été de concilier MM. Poutine et Obama, les
nations ou organisations sunnites et les nations ou organisations
chiites contre l’ennemi commun le plus dangereux, Daech, et cela grâce à
cessez-le-feu en Syrie et en Irak.
Il
aurait été, non pas de faire chorus à la prétention stupide de
reconstituer l’Irak, dont l’Etat et la nation ont été durablement
désintégrés par la guerre de Bush, non pas de rêver à la construction de
la Syrie, mais dénoncer des buts de paix qui, seule réponse possible au
califat de Terreur, serait une Confédération du Moyen-Orient respectant
les religions, cultes et cultures si diverses de la région, et par là
arrêtant l’hémorragie des minorités.
Enfin,
disons que la guerre contre Daech se gagnerait, non seulement par la
paix en Syrie, mais aussi par la paix dans les banlieues. Rien n’a été
fait en continuité et en profondeur pour une véritable intégration dans
la nation par une école enseignant la nature historique de la France qui
est multiculturelle, et dans la société par la lutte contre les
discriminations. Ajoutons que la paix en Syrie éteindra le fantasme de
purification et de rédemption par le don de soi qui, liant romantisme et
fanatisme, a poussé et continue à pousser les jeunes gens sur l’atroce
chemin de bataille.

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