Démocrates
convaincus, nous serions tous très fiers si notre pays connaissait
une participation électorale de 90 % comme dans ce grand pays
démocratique qu’est la Turquie. Il faut dire que là-bas, l’essentiel du
pouvoir revient à l’Assemblée, alors qu’en France, c’est le pouvoir du
chef, avec des parlementaires souvent à la ramasse. La manière dont nos
élus sont exclus de la réforme du Code du travail est de ce point de vue
tristement remarquable.
Comme
on nous bassine à longueur d’année que la République est « laïque »
selon l’article 1 de la Constitution, je rappelle qu’au titre du même
article, elle est également « sociale ». Aussi, quand le pays songe à
réécrire le Code du travail, on peut imaginer que cela va être une tâche
majeure pour le Parlement, et pour le gouvernement qui en dépend… vu
qu’on touche au « sacré social ». Tu parles…
Notre si compétente ministre
Pour ce qui est du gouvernement, nous avons tous pu apprécier les immenses compétences de la ministre, un vrai morceau de bravoure.
Il faut dire que sa nomination était purement casting :
femme, jeune, zarabe et incompétente, c’était parfait car le but du jeu
était de faire une jolie photo, et de laisser le pouvoir à Macron.
Après le départ de Rebsamen, Macron voulait la compétence sur l’économie et le social. Excellente idée pour Hollande, mais impossible d’agir franco : on a donc collé une tanche
au social, et Macron a eu ce qu’il voulait. Grande victoire pour la
Gauche « sociale-libérale » qui a détruit le ministère du Travail. Une
pensée pour Ambroise Croizat, Daniel Meyer, Jean Auroux, Philippe Seguin
et Martine Aubry…
Le législateur satellisé
On
ne s’arrête pas là : Hollande et Valls attaquent la fonction même du
législateur. Car, pour écrire le code du travail, ils ont dégagé le
parlement et l’ont remplacé par six personnes : quatre juges, un prof et
le père Badinter,
l’un des plus à Droite de la smala. On les appelle « la commission des
Sages », ce qui nous montre bien que les parlementaires sont nuls et
discrédités, je n’invente rien. Voici l’extrait sur la méthode :
« Une
mission des Sages sera constituée dès novembre pour définir des
principes fondamentaux du droit du travail. Elle sera composée de deux
Conseillers d’État, de deux magistrats de la Cour de cassation et de
deux universitaires spécialistes du droit du travail. Elle proposera au
gouvernement d’ici janvier 2016 les principes fondamentaux qui seront
intégrés au projet de loi pour guider les travaux de réécriture du code.
Cette réécriture aura lieu en deux ans et sera confiée à la mission
élargie à des personnalités qualifiées (juristes, universitaires,
praticiens des relations sociales). Le mandat lui sera donné par la loi ;
elle rendra des comptes réguliers aux partenaires sociaux et au
législateur ».
Les
principes seront donc posés par cette commission des Sages, et ensuite
viendra un « mandat » donné par la loi à une mission élargie, qui «
rendra compte » de son travail aux parlementaires... dont il se
confirme bien qu’ils sont exclus de la rédaction.
Question
: pourquoi voter pour les législatives si les parlementaires ne font
plus la loi, et une loi aussi importante que le code du travail ?
L’affaire s’aggrave quand on connaît la source d’inspiration de ce plan, à savoir le livre Le Travail et la Loi, un ouvrage considérable de 80 pages publié ce mois de juin, pendant le vote de la loi Macron, comme le hasard fait bien les choses, rédigé par Badinter et le prof Lyon-Caen.
Badinter
comme spécialiste du droit du travail, ça fait bien rire, mais par
compte défenseur du Medef, c’est déjà plus crédible. D’ailleurs ce petit
livre a fait l’enthousiasme de Gattaz…
L’axe
de base de ce travail monumental est que le lien entre le chômage de
masse et le droit du travail : « Parmi les éléments négatifs qui
contribuent à cet échec collectif, il en est un fréquemment dénoncé : la
complexité du droit du travail ». Aucune étude n’a étayé l’hypothèse
d’un lien entre le chômage de masse et la rédaction du Code du travail,
mais peu importe. Il y a embauche si les commandes sont là et que
l’entreprise peut dégager des marges.
Le faux argument de la complexité
La
complexité du droit du travail est vraiment le faux argument. D’abord
il existe des juristes au niveau dans les entreprises ou chez les
avocats, à l’aise avec le droit du travail, et argumenter sur les 3000
pages du code, c’est du niveau bistrot. D’abord, ce chiffre est dans la
moyenne de tous les codes. Ensuite, c’est totalement idiot de soutenir
que tout chef d’entreprise passe son temps à batailler au milieu de ces
3000 pages. Il y en a tout au plus une cinquantaine qui l’intéressent,
et les points les plus litigieux résultent de règles simples. La
difficulté, c’est la preuve, et l’insaisissable, c’est le rôle du juge.
Par
exemple, l’essentiel du contentieux prud’homal est celui du
licenciement pour motif personnel, qui est régi par le très ancien article L. 1232-1 d’une complexité remarquable comme vous pouvez vous en apercevoir :
« Tout
licenciement pour motif personnel est motivé dans les conditions
définies par le présent chapitre. Il est justifié par une cause réelle
et sérieuse ».
Une
décision motivée laissant paraître une cause réelle et sérieuse : c’est
tout ce qu’il y a dans la loi, tout le reste relève de la
jurisprudence. Alors on simplifie quoi, les p’tits gars ?
Des propositions irréalistes et dangereuses
Pour
faire « de Gauche », la vedette morale du Medef propose des « principes
fondamentaux », qui ne font pas avancer l’affaire d’un centimètre… En
effet, la France a ratifié de longue date les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui ont une force supérieure à la loi, et exposent ces principes avec beaucoup de pragmatisme.
Pour le reste, les propositions de Badinter-Medef, c’est pas triste.
Dans
ce droit simplifié, on trouve quelques perles du genre l’article 21
: « Le salarié bénéficie de congés qui lui permettent de concilier sa
vie au travail avec sa vie personnelle, familiale et civique ». Wahou,
là on a progressé…
Pas
mal aussi, l’article 47 : « Toute mesure prise à l'égard d'un salarié
pour avoir saisi la justice d'un différend est nulle », qui est du pur toc, car en droit, il existe deux régimes de nullité très différents, et si la loi ne distingue pas, elle ne veut rien dire.
Très
drôle, l’article 9 expliquant que le CDI « est la forme normale de la
relation de travail » mais que le CDD « permet de répondre aux besoins
temporaires de l’entreprise ». Une avancée majeure.
Super
article 12 : « Le salarié a droit, lors de son embauche, à une
information complète et écrite sur les éléments essentiels de la
relation de travail ». On va bien rire pour déterminer ce qu’est un
élément essentiel de la relation de travail ?
Au
passage, l’égérie du Medef dégage la durée légale du travail à
l’article 38, pour retenir une notion de « durée normale du travail
effectif », qui est « établie par les conventions et accords
collectifs et à défaut, par la loi ».
J’aime
beaucoup aussi l’article 41, qui explique que la rémunération ne peut
pas seulement être proportionnée à « l’ampleur » et à la « qualité » du
travail. Tout est dans le « pas seulement »… On va donc garder une base
objective, mais en tant que patron, je pourrai ajuster la paye des
secrétaires en fonction de critères subjectifs, le premier étant
« l’ampleur » du travail, ce qui ne veut rien dire, et le second la «
qualité », dont je suis le seul juge.
Ça va être idéal pour la bonne ambiance au bureau…

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