Le silence assourdissant des médias internationaux face au nombre de
Palestiniens blessés et tués par l’armée israélienne est affligeant.
Il semblerait qu’il y ait un consensus tacite chez les gouvernements
occidentaux et en particulier les États-Unis : s’il n’y a pas de menace
grave à la « sécurité d’Israël » et aux « vies juives israéliennes », il
ne s’agit alors que d’un énième « cycle de violence » qui peut être
étouffé ou même écrasé par une armée israélienne bien équipée.
Nous assistons actuellement à travers la Cisjordanie et la Bande de
Gaza non pas à un de ces « cycles de violence », mais à une lutte de
libération nationale qui doit être achevée.
Le terme de « cycle de violence », même s’il est malheureusement
employé par certains dirigeants palestiniens, a pour but de camoufler la
réelle situation coloniale dans laquelle les Palestiniens se trouvent
soumis au contrôle brutal d’Israël.
Il ne s’agit pas là d’extrémistes des « deux camps » exploitant
l’échec d’un processus de paix moribond, mais de négociations inutiles
qui n’ont fait qu’encourager la consolidation et l’expansion de
l’occupation israélienne. Mettre sur un pied d’égalité les jeunes
Palestiniens qui affrontent leurs oppresseurs et les colons et soldats
permet de criminaliser la résistance à l’occupation et donc de légitimer
les meurtres commis par Israël.
Au nom de la « paix », Israël poursuit sa guerre quotidienne contre
les Palestiniens, impose des restrictions sur leurs mouvements, démolit
leurs maisons, déplace les familles, assassine les Palestiniens et
bombarde villes et villages quand bon lui semble.
Ce n’est pas par hasard que, depuis les Accords d’Oslo en 1991, le
nombre de colonies illégales ait augmenté de façon spectaculaire. Dès le
départ, Israël, avec l’appui des États-Unis, a refusé de respecter les
lois et conventions internationales qui interdisent aux forces
d’occupation de confisquer des terres acquises par la force et
l’implantation de nouvelles populations sur ces terres.
Les accords qui ont suivi Oslo ont été signés sans prise en compte du
droit international. Par conséquent, ils ne servent que de diktats du
rapport de forces sur le terrain, permettant à Israël de poursuivre ses
activités coloniales en toute impunité. Et pourtant, en même temps, ces
accords donnent l’apparence dangereuse d’une fausse symétrie, mettant à
« pied d’égalité » les autorités palestiniennes et israéliennes.
Le fait que même le Président palestinien ne puisse voyager dans et
hors les territoires occupés ou que la l’armée israélienne puisse
systématiquement kidnapper des Palestiniens, montrent bien que les
structures du pouvoir demeurent intactes.
Ce sont les exigences d’Israël en matière de sécurité, sans cesse modifiées et redéfinies par Israël lui-même, qui régulent les rapports asymétriques entre Israël et l’Autorité Palestinienne.
Ce sont les exigences d’Israël en matière de sécurité, sans cesse modifiées et redéfinies par Israël lui-même, qui régulent les rapports asymétriques entre Israël et l’Autorité Palestinienne.
Par conséquent, des dirigeants qui jadis avaient mené un combat pour
la liberté en sont réduits à devenir des hommes de main, chargés de
faire respecter les mesures de sécurité d’Israël, tenus de maîtriser la
résistance palestinienne en nourrissant l’illusion que la « bonne
conduite » des Palestiniens mettrait fin à l’occupation israélienne.
Ce qui était au départ une illusion est devenu une conviction bien
établie, prônée par un grand nombre de dirigeants et autres membres de
l’élite palestinienne, alors que leurs privilèges, dont la liberté de
mouvement, et leurs intérêts dépendent de leur aptitude à « préserver le
calme » pour Israël.
Préserver la « sécurité israélienne » est en effet devenu l’ultime
test de l’humanité palestinienne, et les Palestiniens sont soumis à ce
test quotidiennement. S’ils enfreignent les règles, ils subissent toutes
sortes de punitions : restrictions de liberté de mouvement,
arrestations, assassinats ou même invasions et guerres.
C’est exactement leur droit à mener une vie ordinaire que
revendiquent les jeunes Palestiniens et Palestiniennes. Mais mener une
vie ordinaire est impossible sans liberté. Et à moins que les pays
occidentaux n’acceptent cette réalité, ils ne font que perpétuer cette
injustice et cautionner les crimes d’Israël .
Les jeunes hommes et femmes qui affrontent les soldats israéliens
armés ne comptent pas sur un soudain éveil des consciences des
gouvernements occidentaux, mais sur le bousculer le statu quo.
Et comme les générations précédents qui ont participé aux première et
seconde Intifadas de 1987 et 2001, ils font preuve d’un énorme courage
et affrontent de lourds sacrifices. Ils ne comptent pas sur de faux
espoirs de reprise de négociations alors que l’étau de l’occupation ne
cesse de se resserrer.
Oslo a longtemps servi de sédatif, créant un mirage d’une paix juste.
De tels sédatifs ne fonctionnent plus – chose dont les Palestiniens se
sont rendus compte quand, en 2001, ils se sont soulevés durant la
seconde Intifada.
Bien évidemment, les négociations ont repris après la seconde
Intifada, tout comme la construction du mur de séparation qui a accéléré
la colonisation des terres et a étouffé et divisé les villes et
villages.
Les Palestiniens ne sont pas seulement en train de se soulever contre
le régime militaire et colonial de l’apartheid ; ils brandissent un
miroir devant une Autorité Palestinienne déshonorée et un monde
apathique.
Alors qu’Israël est le principal responsable, il est grand temps que
l’Autorité Palestinienne si elle souhaite éviter d’être complice des
crimes d’Israël, mette fin à cette farce qu’est la coopération
sécuritaire avec l’occupant.
* Lamis Andoni est analyste et commentatrice pour le Middle Eastern and Palestinian Affairs
Info Palestine

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