Je ne peux pas m’empêcher de remarquer que ces dernières semaines
l’Empire est devenu extrêmement bête – si stupide que je pense qu’il
mérite le titre d’Empire le plus bête du monde. Certains pourraient
prétendre qu’il a été stupide par le passé, mais les récentes évolutions
semblent montrer un saut gigantesque dans son degré de bêtise.
La première très grosse bêtise a fait surface quand le général Lloyd
J. Austin III, le chef du commandement central des États-Unis, a indiqué
à un comité sénatorial que seul un très petit nombre de combattants
syriens entraînés par les États-Unis – pas plus de cinq peut-être –
combattaient encore. La facture pour les entraîner et les équiper a été
de 500 millions de dollars. Cela fait 100 millions par combattant mais
tout va bien tant que les sous-traitants militaires sont payés. Les
choses sont devenues encore plus embarrassantes quand il s’est avéré par
la suite que ces quelques rares combattants s’étaient fait cambrioler
par ISIS/Al-Qaïda (quelle que soit la manière dont ils s’appellent) et
avaient perdu armes et véhicules.
Le Général Austin reprend le rôle du Lt. Général Casey dans le film Mars
Attacks de Tim Burton ! C’était déjà un rôle très stupide, mais son
rôle actuel constitue une nette progression, en termes de niveau
hiérarchique comme en termes de degré de bêtise.
L’épisode de stupidité suivant s’est déroulé devant l’assemblée
Générale des Nations-Unies quand Obama, qui s’est exprimé durant 30
minutes au lieu des 15 accordées (M. le stupide Président sait-il au
moins lire une montre ?), a réussi la performance d’utiliser tout ce
temps pour ne dire absolument rien de sensé pour qui que ce soit.
Mais c’est le discours de Poutine qui a exposé aux yeux de tous la
bêtise de l’Empire, lorsqu’il a sermonné les ÉU pour avoir fait du
Moyen-Orient le théâtre d’un bain de sang avec leurs interventions
maladroites. La phrase, maintes fois relayée « Comprenez-vous ce que
vous avez fait ? » n’est cependant pas tout à fait exacte. La phrase
russe « Вы хоть понимаете теперь, чего вы натворили? » peut être plus
précisément traduit par « Comment ne pouvez-vous pas, même aujourd’hui,
comprendre quelle monstrueuse pagaille vous avez provoquée ? » Les mots
ont leur importance. Ce n’est pas de cette manière qu’on s’adresse à une
super puissance devant une assemblée de leaders mondiaux ; c’est ainsi
qu’on réprimande un enfant stupide et capricieux. Aux yeux du monde
entier, cela donne l’image d’un Empire plutôt idiot.
Ce qui s’est produit ensuite est l’annonce par la Russie du début de
sa campagne de bombardements contre toutes les types de terroristes en
Syrie (et peut-être en Irak aussi, la demande irakienne est dans la
boite mail de Poutine). Ce qui est remarquable avec cette campagne de
bombardements, c’est qu’elle est entièrement légale. Le gouvernement
syrien, légitimement élu, a demandé l’aide de la Russie. La campagne a
été approuvée par le parlement russe. De l’autre côté, la campagne de
bombardement menée par les États-Unis est totalement illégale. Il
n’existe que deux possibilités pour bombarder légalement le territoire
d’un autre pays : 1 – une demande provenant du gouvernement de ce pays. 2
– une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU. Les ÉU n’ont obtenu
ni l’une, ni l’autre.
Pourquoi est-ce important ? Parce que l’ONU, avec son Conseil de
Sécurité, a été créée pour éviter les guerres, en empêchant les nations
d’entrer dans des conflits militaires sans devoir assumer toutes sortes
de répercussions économiques et politiques. Après la Seconde Guerre
mondiale, on s’est dit que les guerres étaient horribles et que quelque
chose devait être fait pour les éviter. Mais les États-Unis estiment que
cela n’est pas vraiment nécessaire. Lorsqu’un correspondant de presse
russe (Gayane Chichakyan de RT) a demandé au porte-parole de la Maison
Blanche sur quelle base légale les ÉU bombardaient la Syrie, il a
commencé par faire semblant de ne pas comprendre la question, puis
bredouillé de manière incohérente, en apparaissant plutôt ridicule.
Voyez-vous, les États-Unis aiment faire la guerre (ou plus précisément,
leurs sous-traitants militaires aiment faire la guerre, parce que cela
leur permet de s’enrichir et de contrôler une grande partie du
gouvernement américain). Mais les États-Unis ne peuvent gagner aucune
guerre, ce qui rend l’ensemble de leur effort de guerre plutôt stupide
(de manière meurtrière).
Malgré les réticences américaines, l’ONU empêche les guerres de fait.
Récemment, elle a empêché les États-Unis de mettre en place une «
frappe limitée contre le régime Assad en réponse à l’utilisation éhontée
d’armes chimiques ». Cela a été facilité par le jeu adroit de la
diplomatie russe, qui a abouti à ce que la Syrie abandonne
volontairement son stock d’armes chimiques. Négligeant la diplomatie,
les ÉU ont tiré quelques missiles de croisière en direction de la Syrie,
mais les Russes les ont promptement éliminés du ciel, obligeant le
Pentagone à repenser de façon majeure sa stratégie, et, bien sûr,
ridiculisant les États-Unis.
Mais une fois qu’on s’est ridiculisé soi-même, pourquoi s’arrêter ?
Effectivement, Obama n’affiche aucunement l’intention d’en rester là. À
peu près toute l’assemblée générale de l’ONU savait que l’attaque
chimique du gouvernement syrien contre son propre peuple n’avait jamais
existé. Les produits chimiques ont été fournis par les Saoudiens et
involontairement utilisés par les rebelles syriens contre eux-mêmes.
Mentir, lorsque tout le monde sait que vous mentez, et sait que vous
savez que vous mentez : est-il possible d’ être plus stupide encore ?
OK. Et à quoi bon parler continuellement, à tort et à travers, de «
la liberté et la démocratie » au Moyen-Orient, après avoir plongé toute
la région dans le chaos à travers leurs interventions de lobotomisés ?
La seule voix de la raison aux États-Unis semble être celle de Donald
Trump, qui a récemment déclaré que le Moyen-Orient était plus stable
sous Saddam Hussein, Moammar Khaddafi et Bachar al-Assad. C’était
effectivement le cas. Le fait que le seul politicien non-stupide qui
reste aux États-Unis soit Trump – ce sac à fric pompeux – place très
haut le niveau de bêtise de l’ensemble du pays.
Parler à tort et à travers de « la liberté et la démocratie » au
Moyen-Orient est également stupide car l’ensemble de la région est
tribal – l’a été depuis quelques milliers d’années, et le sera pour
quelques milliers d’années encore. Dans chaque localité, une tribu est
au-dessus des autres. Si l’idée est de la découper en unités
territoriales souveraines (aucune d’entre elles ne se désigne en tant
que nation, car chacune finit par être multinationale), alors chaque
unité territoriale s’avérera être gouvernée par une tribu pendant que
les autres renâcleront. Faire des bourdes et exploiter la grogne pour
provoquer un « changement de régime » – et automatiquement l’ensemble de
la région s’enflamme.
Israël en est un bon exemple : une tribu y fait la loi, les Juifs.
Ils peuvent flinguer ou bombarder n’importe qui d’autre dans la plus
totale impunité. Le pays est considéré comme « démocratique » pour la
bonne raison que les Juifs ont le droit de vote, ce qui est très bien
pour les Juifs. Les Alaouites de Syrie peuvent voter eux aussi – et
voter pour Bachar al-Assad ; pourquoi est-ce que cela ne suffit pas ? À
cause de l’hypocrisie des Américains et de leur « deux poids, deux
mesures ».
Et ainsi de suite. L’Arabie Saoudite est aux mains d’une tribu, la
Maison des Saoud, et tous les autres sont privés de droits civils.
L’Irak était autrefois dirigé par les Sunnites de la tribu de Saddam
Hussein, mais les Américains les ont délogés, et ce qui en reste est
maintenant dirigé par les Chiites du Sud, tandis que les Sunnites en
sont partis et ont rejoint Daesh. Tout cela peut paraître super simple,
mais pas pour les Américains, parce que cela va à l’encontre de leur
idéologie, selon laquelle l’ensemble du monde doit être remodelé à leur
image. Et donc ils continuent d’essayer de le faire (ou prétendent
essayer de faire, car les résultats ne comptent pas vraiment, tant que
les fournisseurs d’armes et de mercenaires continuent à être payés) et
ils n’ont visiblement pas l’air de se préoccuper le moins du monde de
l’air particulièrement stupide que cela leur donne.
Et ainsi se dessine le schéma typique : les États-Unis bombardent un
pays jusqu’à en faire un tas de ruines fumantes, préparent une invasion
terrestre, mettent en place un régime fantoche, et, plus ou moins
rapidement, se retirent. Le régime fantoche s’écroule, et vous voilà
face soit à un chaos ingouvernable ou à une forme passablement vilaine
de dictature, soit un peu des deux : un État inexistant, comme la Libye,
le Yémen, une bonne partie de l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie. Peu
importe au fond un tel résultat (du moins tant que les vendeurs d’armes
continuent à être payés), dans la mesure où le leitmotiv de l’Amérique
semble être : « Ayons l’air de crétins et continuons comme ça ».
Détruisez un pays – et en avant pour la prochaine campagne de
bombardements.
Mais c’est ici que l’ensemble en devient absolument stupide : ils ne
peuvent pas même y parvenir en Syrie. Cela fait un an maintenant que les
Américains bombardent Daesh ; et dans le même temps, Daesh est devenu
plus fort et contrôle davantage de territoire. Mais ils ne se sont pas
allés jusqu’à renverser Assad ; au lieu de ça, les gars de Daesh passent
leur temps à se pavaner dans le désert en haillons noirs et baskets
blanches, à prendre des selfies, exploser des sites archéologiques,
réduire les femmes en esclavage et décapiter tous ceux dont la tête ne
leur revient pas.
Mais il semble à présent que les Russes ont réussi en cinq jours ce
que les Américains n’ont pas réussi en un an, et les gars de Daesh
s’enfuient en Jordanie ; d’autres veulent aller en Allemagne et
demandent l’asile. Ce qui a rendu les Américains furieux, parce que,
voyez-vous, les Russes bombardent “leurs” terroristes – ceux que les
Américains avaient recrutés, équipés et entraînés… puis bombardés ? Je
sais, c’est débile – mais vrai. Les Russes ne connaîtront rien de tel,
parce que leur approche est la suivante : si cela a l’air d’un
terroriste, cancane comme un terroriste, alors c’est un terroriste, donc
on le bombarde.
Mais on peut comprendre que cette perspective n’emporte pas
l’adhésion des Américains : là, ils avaient soigneusement déversé des
tonnes d’armes et matériel, en bombardant soigneusement dans les coins
de façon à ne rien endommager, et voilà que les Russes déboulent et
réduisent le tout en fumée ! Les Saoudiens sont absolument blancs de
rage, étant donné qu’ils en avaient payé la majeure partie. Et en plus,
les terroristes sont leurs frères wahhabites ou takfiris – ceux-là mêmes
qui se plaisent à déclarer à bien d’autres musulmans qu’ils les
considèrent comme des infidèles, en violation de leur propre Charia.
Cela vous rappelle quelqu’un ? Quelqu’un de particulièrement débile ?
Mais il semble qu’il n’y ait rien que les Américains puissent faire
pour arrêter les Russes, ou les Chinois, qui eux aussi veulent un
morceau de Daesh comme part du gâteau, ou encore les Iraniens et les
combattants du Hezbollah, prêts à marcher et à nettoyer ce qu’il restera
de Daesh une fois que les missions de bombardement auront détruit tout
le matériel de guerre qu’il avait amassé. Et il est donc temps pour les
Américains de déclencher une guerre de l’information en accusant les
Russes de causer des pertes civiles.
Bien sûr, en dignes Américains, il leur faut entreprendre cette
guerre de l’information de la façon la plus débile possible. D’abord,
faire état de vos informations sur des morts civiles avant même que les
avions russes n’aient décollé. Oups ! Ensuite, vous inondez les médias
sociaux de photos truquées d’enfants blessés, préparées à l’avance, avec
des acteurs en casques blancs payés par George Soros. Et ensuite,
lorsqu’on vous demande des preuves, refusez d’en fournir la moindre.
Jusqu’ici, tout va bien ; mais essayons de nous montrer encore plus
stupides. Juste après avoir crié haut et fort que les Russes tuent des
civils, les Américains détruisent un hôpital en Afghanistan dirigé par
Médecins Sans Frontières, en dépit d’avoir été informés de sa
localisation précise avant et pendant le bombardement. « Ne tuez pas de
civils… voilà, comme ça ! » Peut-on se montrer plus débile que cela ?
Bien sûr on peut : les États-Unis peuvent se mettre à mentir crûment et
ouvertement : « Il y avait des Talibans cachés dans cet hôpital » – non,
il n’y en avait pas. « Les Afghans nous ont dit de bombarder cet
hôpital ! » – non, ils ne l’ont pas fait. Bombarder cet hôpital était un
authentique crime de guerre – dixit l’ONU. Les Russes vont-ils se
mettre à accepter des leçons de la part de criminels de guerre ? Ne
soyez pas stupides, voyons !
Il est difficile de l’admettre, mais tout semble possible à présent.
Ainsi, les États-Unis semblent ne plus avoir la moindre politique
étrangère : la Maison Blanche dit une chose, le Département d’État une
autre, le Pentagone une troisième ; Samantha Power, à l’ONU, fait sa
propre politique étrangère via Twitter, et le sénateur John McCain veut
armer les rebelles syriens pour qu’ils descendent les avions russes
(Tous les cinq ? Ne sois pas stupide, John !).
En réaction face à une
telle confusion, les hommes politiques à la botte des États-Unis dans
l’Union Européenne commencent à s’agiter de façon incontrôlable et ne
respectent plus le scénario, pour la bonne raison que le centre nerveux à
Washington ne leur envoie plus de signes cohérents.
Comment tout cela va-t-il finir ? Eh bien, puisque nous sommes en
train de devenir tous stupides, qu’il me soit permis de faire une humble
suggestion : les États-Unis devraient bombarder tout ce qui se trouve à
l’intérieur du périphérique à Washington, plus quelques comtés de
Virginie. Cela devrait sensiblement diminuer le potentiel de débilité du
pays. Et si cela ne marche pas, et alors ? Après tout, il est clair que
ce n’est pas le résultat qui compte. Tant que les marchands d’armes
sont payés, tout va bien.
Source : Club Orlov
Les Crises

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