Les entreprises d’armement israéliennes font la promotion de leurs
produits comme « testés en combat ». le choix des termes suggère que la
capacité d’Israël à tester des armes sur les Palestiniens est devenue un
argument de vente.
Un tel stratagème était à l’œuvre à la suite de l’attaque de 51 jours
d’Israël sur Gaza l’année dernière. Une fois que l’agression s’était
interrompue, l’industrie de l’armement d’Israël s’est précipitée pour
essayer d’impressionner les clients potentiels en leur disant que la
nouvelle technologie de drone avait été mise à l’épreuve durant
l’attaque.
Tout en reconnaissant que l’efficacité meurtrière de leurs armes peut
avoir rempli les carnets de commandes des entreprises d’armement
israéliennes dans un passé récent, il semble maintenant que
l’opposition croissante du public à l’oppression brutale des
Palestiniens est en train de toucher de plein fouet les exportations
militaires israéliennes.
Les dirigeants des quatre plus grandes entreprises d’armement
d’Israël ont écrit au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour lui
notifier que les exportations militaires israéliennes ont diminué,
passant de 7,5 milliards de dollars en 2012 à 5,5 milliards en 2014. Ces
exportations pourrait tomber aussi bas que 4 milliards de dollars cette
année, si l’on se réfère à leur courrier.
Les marchands d’armes parlent nommément d’un « moindre désir pour les produits made in
Israël » comme l’un des facteurs à l’origine de cette baisse
spectaculaire. Une réunion d’urgence avec Netanyahu a cherché à répondre
à ce qu’ils présentent comme « une crise importante pour les industries
de la défense. »
Cela semble être un aveu qu’au moins certains gouvernements de la
planète sont de plus en plus réticents à acheter des armes israéliennes.
Pression de la campagne BDS
Au cours des dernières années, la campagne internationale pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS)
contre Israël a exercé une pression considérable sur les gouvernements
et les entreprises pour mettre fin à leur coopération avec le complexe
militaro-industriel de l’État sioniste.
Les gouvernements de la Norvège et de la Turquie ont tous deux
restreint leur commerce des armes avec Israël au cours des dernières
années, bien que des failles ont permis à une partie de ce commerce de
se poursuivre d’une façon masquée.
L’exigence de mettre fin à la fois aux exportations d’armes et aux
importations en provenance d’Israël était un élément clé des
mobilisations massives qui se sont produites lors de l’attaque de 51
jours sur Gaza l’année dernière.
Durant cette période, le gouvernement espagnol a suspendu les
exportations d’armes vers Israël et le gouvernement du Royaume-Uni a
revu ses licences d’exportation d’armes.
Aucune de ces étapes ne s’est matérialisée dans des changements
politiques durables, mais le fait que ces gouvernements aient estimé
nécessaire de tenir compte de l’inquiétude du public était certainement
significatif.
En avril de cette année, la banque britannique Barclays s’est
désinvestie de la société d’armements israélienne Elbit Systems, suite à
une campagne de grande envergure qui a organisé des protestations et
des actions directes dans ses succursales dans plus de 15 villes.
Un certain nombre d’autres banques européennes et de fonds de pension
ont également cédé leurs avoirs dans Elbit, suite à une campagne
internationale menée par le groupe palestinien Stop The Wall.
Le Royaume-Uni, la France et certains autres États européens ont
décidé de ne pas prendre part à une foire militaire à Tel-Aviv plus tôt
cette année.
En 2014, le gouvernement régional du Rio Grande do Sul au Brésil a abrogé un projet de recherche à grande échelle avec Elbit.
Des usines Elbit ont été bloquées à plusieurs reprises par les militants.
Bien qu’il reste encore un très long chemin à parcourir, le mouvement
BDS est en train de remettre en question la coopération militaire
internationale avec Israël.
Compte tenu des plaintes au sujet de la baisse des ventes des
exportateurs israéliens, il n’est peut-être plus exagéré de dire que
désormais la campagne BDS et l’évolution de l’attitude du public font
qu’il est plus difficile pour Israël d’exporter les armes qu’il teste
sur les Palestiniens.
Aider la répression
Le Comité national palestinien BDS, la coalition de groupes qui anime le mouvement BDS, a publié un nouveau matériel pour une campagne en faveur d’un embargo militaire sur Israël.
Il y est décrit comment la coopération avec le complexe
militaro-industriel israélien aide l’État sioniste à maintenir son
régime d’oppression et facilite la répression brutale de la résistance
populaire par les Palestiniens vivant sous son système d’apartheid.
Les États-Unis fournissent un paquet d’aide militaire depuis dix ans
pour Israël, ce qui représentera 30 milliards de dollars de 2009 à 2018.
Les exportations d’armes de l’Union européenne vers Israël ont totalisé
983 millions d’euros (1 milliard de dollars) entre 2012 et 2013.
Bon nombre des Palestiniens tués par les forces israéliennes au cours
de la vague actuelle de résistance populaire sont tués par des armes
importées de plusieurs pays à travers le monde.
Pourtant, le problème est beaucoup plus profond que cela.
Les quatre entreprises militaires qui ont écrit à Netanyahu pour
demander plus d’aide du gouvernement - Elbit, Israel Aerospace
Industries, Rafael et Israel Military Industries - sont des composantes
clés du système d’apartheid d’Israël.
Ils contribuent à armer l’armée israélienne et lui fournissent les
drones utilisés pour attaquer les civils palestiniens. Ils participent
aussi à la gestion des barrages militaires, du mur d’apartheid en
Cisjordanie, de la base de données qui recense toute la population
palestinienne et des systèmes de surveillance qui composent
l’infrastructure du système d’apartheid d’Israël.
Incitation à la violence
La capacité de ces entreprises à profiter des opérations militaires
israéliennes pour tester leurs produits et gagner des marchés pour leurs
exportations militaires, représente un puissant incitatif financier
pour la poursuite de l’oppression et de la violence.
On estime qu’un Israélien sur 10 est financièrement dépendant de
l’industrie militaire, ce qui signifie qu’il y a une part croissante de
la société israélienne dont les intérêts dépendent directement du
militarisme israélien.
Lorsque les gouvernements de la planète achètent des drones et
d’autres technologies à ces sociétés, ils aident Israël à compenser les
coûts de son régime d’oppression et lui envoient le message selon quoi
la poursuite de ses crimes de guerre est une bonne chose pour les
affaires. Ils donnent à Israël un feu vert pour mener à bien d’autres
crimes de guerre.
Pourtant, tout cela signifie aussi que toute baisse persistante de
ses exportations d’armes représente un véritable défi pour Israël.
Au moins aux États-Unis et en Europe, les campagnes populaires pour
un embargo militaire se heurtent souvent au problème qu’il semble
irréaliste de défier les gouvernements pour qu’ils mettent fin à leur
commerce des armes avec Israël, puisque leur soutien à Israël semble si
puissant.
Pourtant, cette lettre des marchands des canons israéliens semble
suggérer que les militants et l’opinion publique peuvent avoir un plus
grand impact sur les gouvernements qu’on ne le pensait.
Cibler les relations militaires avec Israël ne se limite pas à exiger
des embargos. Les militants peuvent essayer de pousser les banques, les
fonds de pension, les universités et les sociétés telles que
Hewlett-Packard et G4S à couper leurs liens avec l’industrie israélienne
de l’armement.
Il faut souligner que les liens militaires avec Israël ne se font pas seulement au détriment des Palestiniens.
Israël et ses entreprises d’armement forment et arment les escadrons
de la mort en Amérique latine et les forces de police, de Ferguson à
Londres.
Ils vendent leur expertise militaire aux dictatures en Asie et en
Afrique et travaillent avec les agences frontalières aux États-Unis et
en Europe pour assurer que les réfugiés soient cruellement traités.
Les drones remplissent une fonction clé dans le siège et les attaques
répétées d’Israël sur Gaza, ainsi que pour la surveillance de la
Cisjordanie.
Donc, il n’est peut-être pas surprenant que Israël soit un facteur
clé de la prolifération des drones. Il a fourni 60,7% des drones dans le
monde depuis 1985.
Israël non seulement viole les droits des Palestiniens, mais il
exporte aussi l’idéologie et de la technologie qui sous-tendent son
oppression.
Les campagnes de solidarité contre les liens militaires avec Israël
ne posent pas seulement un défi direct au militarisme israélien, ils
fournissent aussi une très forte opportunité d’agir avec d’autres forces
progressistes afin de parvenir à une paix véritable et à la justice à
travers le monde.
* Michael Deas est le coordinateur pour l’Europe du
Comité national palestinien BDS, la coalition de la société civile
palestinienne qui opère en tant que référence palestinienne du mouvement
BDS contre Israël tant que se dernier ne se conformera pas à la
législation internationale.
Photo : ActiveStills/Yotam
Ronen - La technologie des armes israéliennes est « testée au combat » sur les
Palestiniens qui luttent pour leur liberté -
Info Palestine

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