La guerre de 14-18, c’est la folie meurtrière des Etats impérialistes
qui voulaient imposer la force de leurs armées en dehors de leur
territoire.
Excellent donc de prendre un jour pour réfléchir à ce criminel impérialisme… alors que la France s’illustre en Syrie par de telles pratiques : des actions armées, en dehors de tout cadre légal. Contre Daech, la France conduit des opérations militaires illégales, c’est-à-dire qui sont une menace pour la paix.
Hollande et le candidat aux régionales en Bretagne ont annoncé fièrement des frappes françaises contre Daech. On approche même le Charles-de-Gaulle… Wahou ! Dans l’excellent Le Monde (Occidental) du
18 septembre, le candidat aux régionales en Bretagne affirmait que « le
cadre légal est l’article 51 de la Charte des Nations unies qui porte
sur la légitime défense ». Or, ça ne tient pas une minute.
Les conditions posées par l’article 51 sont très précises
Que dit cet article 51 de la Charte ? « Aucune
disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de
légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre
des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le
Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la
paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres
dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement
portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien
le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte,
d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir
ou rétablir la paix et la sécurité internationales ».
Cet article l’objet d’une pratique intense, son régime est parfaitement connu.
Pour exerce ce droit, il y a trois conditions principales, strictes et
cumulatives, car les risques d’abus sont considérables. Pour l’Irak,
Bush et Blair y avaient finalement renoncé, pour préférer de vaseuses
références à des résolutions du Conseil de sécurité.
Premier point.
L’Etat qui recourt à la légitime défense doit avoir été préalablement
l’objet d’une « agression armée », notion définie par la Résolution 3314
de l’Assemblée générale de l’ONU, et qui doit donc avoir « été
perpétrée, directement ou indirectement, par un Etat ». Or, Les attentats
de janvier – Charlie et l’hypercascher - ne peuvent être qualifiés
d’agressions armées au sens du droit international.
Deuxième point. Est-ce Daech ? Le commandement de Daech
est évoqué, et on n’attend pas des preuves parfaites. Mais nous n’avons
aucune revendication, et pas encore de preuves tangibles de consignes
données par Daech… Les cinglés qui veulent monter des opérations de ce type sont légion… Avant tout était Al Qaeda, et maintenant tout est Daech. Sauf qu’on n’en sait rien, et que ces groupes fonctionnement comme des nébuleuses.
Troisième point. À supposer que l’imputation de Daech soit établie, à quel Etat l’imputer ? Daech
n’est pas un Etat. La France envisage-t-elle de le reconnaitre comme
sujet de droit international ? Un obstacle net, alors que cette exigence
a été maintes fois rappelées par le Conseil de Sécurité, l’Assemblée
Générale, ou la Cour Internationale de Justice, comme en 2005 dans
l’affaire des activités armées au Congo.
Après
le 11 septembre 2001, le criminel de guerre Bush avait imaginé la
notion de « légitime défense préventive », mais ce truc ne repose sur
aucun texte, et a été rejeté par la Cour Internationale de Justice et le
Conseil de Sécurité. L’excellente étude de Cot et Pellet de la Charte (p. 1342)
propose une évolution du texte, mais on est dans un autre monde : des
preuves crédibles ; une attaque imminente, inévitable et massive,
mettant en péril l’existence ou la survie de l’Etat victime, ou à causer
d’irréparables dommages ; transmission de tous les éléments de preuve
au Conseil de sécurité ; possibilité de veto du Conseil de sécurité…
La France, dans l’illégalité, engage sa responsabilité
Pour
mener une opération militaire en Syrie, la France devrait pouvoir
invoquer soit une résolution du Conseil de sécurité, il n’y a pas, soit
un accord de coopération avec la Syrie. Elle a un accord avec l’Irak,
pas avec la Syrie. On est dans l’illégalité. Hollande reprend donc à son compte les pratiques du droit international de George W. Bush, c'est vous dire où nous en sommes.
Les
première frappes visaient « un camp d’entrainement pour des expéditions
visant la France ». De la propagande qui nous prend pour des demeurés.
En fait, des personnes étaient visées, dont des Français, il s’agissait
d’exécutions sommaires. C’était donc le retour de la peine de mort, mais
sans prendre le temps de jugement.
En début de semaine on a passé une étape avec que des frappes sur des exploitations pétrolières.
Le ministère explique : « En frappant les capacités d’exploitation
pétrolière contrôlées par Daech en Syrie, ce sont les ressources
financières, qui constituent un des centres de gravité de ce groupe
terroriste, qui sont visées ». Eh bien mon p’tit gars, va expliquer ton
raisonnement devant un juge, et tu m’en diras des nouvelles…
Parce
qu’à la grande différence de Bush et Obama, qui ont réalisé leur
impunité vu les crimes qu’ils commettent, la France est signataire de
nombreux actes internationaux dont la Cour Pénale Internationale. Je ne
saurais donc que trop conseiller à Hollande d’en rester à la
gesticulation médiatique et de ne pas trop s’impliquait sur le terrain.
S’il a cinq minutes, il peut donner un coup de fil à Tony Blair qui, désormais, se prépare à son procès en Grande-Bretagne.
C’est comme ça les démocraties : force doit rester à la loi.

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