Dans
quelles tractations le gouvernement français est-il allé se fourvoyer
en Syrie, pour justifier la fureur des dirigeants de Daech, au point
d’organiser les attentats de Paris ?
Car ces faits dramatiques
conduisent mécaniquement la France à un renversement d’alliances, pour rejoindre la politique russe, et à abandonner l’exigence du départ de Bachar El-Assad… ce qui est pourtant l’un des buts de Daech.
Nous
n’avons ni les cartes, ni le dessous des cartes, et je me garderai bien
de toute recherche des causes. Nous verrons,… et il est d’ailleurs
possible que nous n’ayons pas attendre trop longtemps, et que fuitent
des révélations genre wikileaks.
Alors
pourquoi la France ? Bien évidemment il est impossible d’adhérer
benoîtement au discours du genre « parce que la France fait la guerre au
terrorisme ». La France a un rôle militaire contre Daech, comme de
nombreux pays, et elle peut donc être frappée à ce titre. Oui, mais ça
ne colle pas, à cause de la politique française sur la Syrie.
Amorcée
sous Sarko, et blindée sous Hollande, la France avait une position
diplomatique qui lui donnait une place d’exception, car si elle
combattait Daech, elle soutenait qu’il fallait dans le même temps
obtenir le départ de Bachar El-Assad. Hollande s’est toujours montré
intransigeant, et Fabius avait même été jusqu’à prôner son élimination physique du président syrien. Un atout pour Daech, qui veut renverser Bachar El-Assad.
Or, en frappant coup sur coup la Russie, le 31 octobre dans l’explosion de l’Airbus, le Hezbollah le 12
novembre et Paris le 13 novembre, les dirigeants de Daech ont
bouleversé le jeu diplomatique. La Russie et l’Iran sont rappelés comme
ennemis principaux de Daech, et en frappant Paris – de quelle manière ! –
Daech amène la France à rejoindre la position de la Russie, pour
renforcer sa sécurité. Ce renversement d’alliances s’est fait en
quelques jours, apparaissant dès la nuit du 13 au 14 novembre.
Maintenant, la diplomatie va mettre les formes
pour habiller ce retournement, mais le résultat est clair : Poutine qui
était infréquentable il y a une semaine est en train de devenir le grand allié de la France dans la guerre de Syrie.
Il
y a quelques jours encore, le préalable à toute solution en Syrie était
le départ de Bachar El-Assad, et pour Paris, c’était indiscutable.
Cette intransigeance a fondu
avec les attentats du 13 novembre. Les experts linguistes du Quai
d’Orsay vont chercher les formules qui éviteront le ridicule complet au
gouvernement, mais la page est tournée. Dans son interview de la semaine
dernière, le président Rohani
rappelait qu’il ne peut pas y avoir de lutte contre le terrorisme sans
un pouvoir fort… ce que fait Hollande avec l’état d’urgence. Depuis le
13 novembre, la France va devoir se focaliser sur la lutte contre
l’ensemble des groupes terroristes en Syrie, car l’opinion ne
comprendrait pas de tergiversations sur cette priorité. La Russie et
l’Iran vont demander des choix clairs, avec des positions françaises qui
devront être aussi. Dès lors, l’hypothèse la plus crédible est que Bachar El-Assad sera encore au pouvoir en 2017 pour saluer la défaite de François Hollande.
À ce stade, deux remarques s’imposent.
La
première concerne les relations entre la France et Daech. Que s’est-il
donc passé pour que Daech décide de braquer la France contre lui, et de
perdre le seul grand Etat – membre permanent du Conseil de sécurité –
qui faisait comme lui, du départ de Bachar El-Assad un préalable à toute
solution ? Le régime de Bachar El-Assad ressort renforcé des attentats
de Paris : c’est une évidence.
La
seconde conduit à nous interroger sur les désagréments et les
humiliations qui attendent la France après ce spectaculaire
retournement.
La
Russie et l’Iran ont une politique claire et marquent des points sur le
terrain, en combinant l’action aérienne et le combat des troupes au
sol. C’est leur priorité, et aussi ils sauront donner le change pour
agir en lien avec la France, mais la France ne pourra garder deux fers
au feu. Et quand ce sera l’heure des grands arbitrages, la France payera
cher son attitude antérieure et son intransigeance illusoire, qui s’est écroulée en quelques heures.
La
France va devoir aussi ajuster sa position vis-à-vis de ses alliés de
ces dernières années – l’Arabie Saoudite, le Qatar et Israël – qui ne
sont pas près d’accepter de la place de l’Iran comme place forte de
référence au Moyen-Orient. Alors, jusqu’où la France est-elle engagée,
et quel sera le prix à payer pour ce renversement d’alliances, conclu
sous la pression des faits ?

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