Sans attendre que l’émotion légitime née des attentats sanglants du 13
novembre ne retombe, et avant que ceux-là ne se reproduisent, il est
grand temps de nous interroger sur les raisons et les responsabilités
qui ont déclenché ce désastre.
« C’est la guerre ! » entend-on clamer de toute part. La nation doit s’unir et mener une guerre impitoyable au terrorisme !
« C’est nous qui avons déclaré la guerre »
C’est aller bien vite et imprudemment en besogne. Et oublier que
« c’est nous qui avons déclaré la guerre », pour reprendre les termes de
Pierre Conesa
,
ancien haut fonctionnaire du Ministère de la Défense (France), maître
de conférences à Sciences Po et à l’ENA, membre du Conseil scientifique
de la Fondation Res Publica.
Guerre d’abord contre les autorités légitimes des pays du
Moyen-Orient, sous le prétexte d’une croisade pro-démocratique (mais
bien plus sûrement pour mettre la main sur leurs immenses ressources
énergétiques). On peut penser ce qu’on veut de Saddam Hussein (Irak), de
Mouammar Kadhafi (Libye) ou de Bachar el-Assad (Syrie), ceux-là étaient
non seulement des dirigeants légitimes, mais ils garantissaient alors
leur région de l’épidémie islamiste.
Guerre ensuite contre les monstruosités islamistes que nous avons
déclenchées, quand nous ne les avons pas soutenues, armées et
encouragées, en jurant de la « modération » sous contrôle de certaines
d’entre elles. Rappelez-vous, pas plus tard que le 13 décembre 2012 :
« Sur le terrain, Al-Nosra [nom d’Al-Quaïda en territoire syrien, ndlr] fait du bon boulot » (Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères).
Situation encore plus schizophrène, dit Pierre Conesa, nous
prétendons nous battre contre l’État islamique parce qu’il décapite,
coupe les mains des voleurs, interdit les autres religions et opprime
les femmes, et faisons alliance avec des régimes comme l’Arabie saoudite
qui décapite, qui coupe les mains des voleurs, qui interdit les autres
religions et qui opprime les femmes.
« On ne fait pas la guerre au terrorisme avec des moyens militaires »
On ne fait pas la guerre au terrorisme avec des moyens exclusivement
militaires, déclare Pierre Conesa. Si l’on fait ouvertement la guerre à
ces gens, si on les bombarde avec les populations civiles qui sont
autour d’eux, alors les populations qui sont sous les bombes se
solidarisent avec les combattants terroristes à leurs côtés.
Plus près de chez nous, poursuit Pierre Conesa, nous avons énormément
besoin de nous appuyer sur les citoyens français de culture musulmane.
Au lieu de cela, nous les stigmatisons, nous les montrons du doigt en
leur administrant nos leçons de savoir-vivre, nous les ghettoïsons.
Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au
Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions
solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques
simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de
gens ?
Ça vient de tomber, le nom du premier terroriste du 13 novembre est
connu : il s’appelle Omar Ismaïl Mostefaï, il est né il y a 29 ans à
Courcouronnes dans l’Essonne, il était connu des services de police pour
petite délinquance et plus récemment fiché, en pure inutilité, pour
radicalisation.
Un engrenage que nous ne maîtrisons plus
Unité nationale ? Mais avec qui et comment ? Les dirigeants que nous
avons nous-mêmes élus, de droite comme de fausse gauche, se sont
déconsidérés, discrédités, ridiculisés. Non seulement, ils sont à
l’origine du problème, mais ils ne maîtrisent plus rien du tout.
Croyons-nous que nous allons enrayer cet engrenage terrifiant en
continuant d’envoyer nos malheureux Rafales massacrer du haut de leurs
10 000 mètres des populations civiles aussi innocentes que nos victimes
du Bataclan ? Nous ne contrôlons même plus nos propres banlieues.
Nous pouvons allumer en signe de deuil toutes les petites bougies que
nous voulons à nos fenêtres, illuminer nos monuments de tricolore, de
Paris jusqu’à Londres et Washington, nous pouvons entonner à tue-tête
nos Marseillaise par désespoir ou par rage, c’est trop tard ! La guerre
que nous avons déclarée se répand sur notre territoire et nous subissons
les conséquences de tempêtes effroyables dont nous portons une
inexcusable part de responsabilité.
Notre seule porte de sortie aujourd’hui serait d’ordre autant
politique et diplomatique que militaire. Mais encore faudrait-il que la
Raison revienne. Avec à notre tête des Sarkozy, des Hollande ou des
Marine Le Pen en embuscade, avec pour unique viatique nos pathétiques
évangiles de civilisation blanche à prétention supérieure, autant dire
que c’est peine et guerre perdues d’avance.
Le Yéti

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