Samedi
vers 17 heures, le métro de Paris était désert : nous étions à peine 30
personnes dans la rame. Je m’arrête à Denfert-Rochereau, dans l’une des
grandes brasseries de la place... qui était pratiquement vide. Je sors
prendre le bus pour Orly, et passent devant moi cinq militaires en
tenue de combat, l’arme collée sur la poitrine.
Les SMS pleuvent : on
prend des nouvelles, on se dit des choses gentilles… Paris a été sidéré par
les attaques, ces attaques qui avaient pour but de faire le plus grand
nombre de morts. Ni le quartier, ni les lieux, ni les victimes n’avaient
la moindre signification. Les commanditaires, qui visent la politique
étrangère du gouvernement, ne s’en sont pris à aucun organisme d’État,
ni à aucun lieu symbolique du pouvoir. Ils n’ont pas le moindre grief
contre ceux qu’ils ont tué, car ils les ignorent. Ce peut être l’un ou
l’autre, c’est indifférent. C’est donc un défi au pouvoir, sans s’en
prendre directement à lui, pour créer la tension maximale dans la
société.
Rien
de nouveau me direz-vous, c’est le propre du terrorisme… Certainement,
et cela nous oblige d’autant plus un raisonnement correct.
Bien
sûr, nous sommes bouleversés par ce qui est arrivé à Paris, avec ce
soir un chiffre de 129 victimes, témoignant d’une insécurité jamais
connue… mais il faut déplorer la focalisation franco-française.
Le
31 octobre dans le Sinaï, c’était l’explosion d’un Airbus, avec 224
morts, essentiellement des Russes. Le 12 novembre, ce sont 43
morts et 250 blessés dans un quartier chiite de Beyrouth. Et le 13,
c’est l’attaque de Paris. Chaque fois, c’est la même signature, et les
mêmes victimes. Cela signifie aussi que la liste, hélas, n’est pas
finie.
Je
ne pas prétendre un instant qu’il puisse exister une solution simple.
Mais, devant une telle série, l’excitation répressive, comme si la
France était seule face au défi, est pitoyable.
La
France est un pays fort, qui dispose de tous les moyens pour se
défendre. Or, après cette attaque, elle donne le spectacle déconcertant
d’une frénésie réformatrice qui est une victoire de Daech : ils ont mis
la République à terre, et celle-ci, en urgence, de revoir tous ses
systèmes… On en est là ? L’état d’urgence, sur trois mois
et pour tout le territoire, il faudrait quand même nous expliquer. Et
pourquoi faut-il en urgence, réformer l’état d’urgence ? En quoi ce
système, déjà draconien,
se trouve-t-il en échec, alors que jouent par ailleurs toutes les lois
répressives, dont la loi récente sur le renseignement ? Le gouvernement
dispose informations que nous n’avons pas, et alors qu’il s’apprête à
empiéter à nouveau sur nos libertés, il a le devoir de s’expliquer car
nous sommes en démocratie, et que le meilleur rempart contre le
terrorisme, c’est une démocratie effective. Cette fébrilité inquiète,
pour ne pas dire plus.
Surtout,
toute personne sensée comprend qu’il est impossible de traiter les
attaques de Paris en ignorant la bombe de l’Airbus russe ou l’attentat
de Beyrouth. Ce sont les mêmes commanditaires, les mêmes méthodes, les
mêmes victimes. C’est une politique terroriste d’ensemble. Trois actes
terroristes en 15 jours, et plus de 400 victimes civiles. Humainement,
la solidarité est totale entre les victimes de l’Airbus, de Beyrouth et
de Paris. Politiquement, les gouvernements tireront des enseignements
majeurs du croisement des informations et des analyses. D’un point de
vue judiciaire, comment admettre un cloisonnement des investigations ?
L’efficacité impose une concertation policière étroite, des échanges
d’information, et une organisation commune d’une surveillance, pour une
fois pertinente, des commanditaires de Daech.
Hélas,
nous sommes dans l’impasse. La Russie et le Hezbollah, du fait de leur
soutien à la Syrie, sont décrétés « ennemis principaux ». Il n’y aura
donc aucune coopération internationale mais seulement l’exaspération des
rivalités... devant le vrai ennemi principal qui, lui, engrange ses
terrifiants succès.
Cet aveuglement, jusqu'à quand ?

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire