La réponse est évidemment "oui".
L'Europe
a récemment obligé la France à ouvrir ses concessions hydro-électriques
à la concurrence en excluant EDF des appels d'offres. Au nom d'une
logique imbécile mais concoctée depuis longtemps : puisqu'EDF n'est plus
une entreprise nationale mais une société anonyme, elle doit s'ouvrir
au secteur privé. A-t-on, ces dernières années, entendu des politiques
français, de droite comme de gauche, protester contre ces nouveaux
boulevards ouverts au secteur privé ? Pas vraiment !
Les
barrages fournissent un peu plus de 10% de notre électricité. Depuis
presque un siècle, la collectivité nationale assure les investissements
et l'entretien d'édifices aussi imposants que sensibles. J'ai encore
personnellement en mémoire le souvenir de la rupture du barrage de
Malpasset (je ne me souvenais plus en revanche de la bière Marx).
Lorsque
nos barrages seront privatisés, comment les actionnaires se
payeront-ils ? Les représentants du peuple seront-ils associés à la
gestion ? Qu'adviendra-t-il des 6 000 employés affectés à l'entretien ?
Pourront-ils garder leur statut ? La gestion des barrages comprend les
ponctions effectuées pour irriguer les cultures et la régulation des
lâchers d’eau pour les activités de loisir. Certains barrages sont des
réserves d’eau potable. Tous ces services sont actuellement gratuits. On
peut douter qu'ils le demeurent. Combien coûtera le refroidissement
d'une centrale nucléaire ?
Dans
le “ Programme national de réformes ” envoyé à la Commission européenne
en 2014, la soumission au privé des Solfériniens était totale : « Un
renouvellement par mise en concurrence des concessions d’exploitation
des installations hydroélectriques sera privilégié. Le périmètre des
lots de barrages, le calendrier et les modalités selon lesquels ces lots
seront concédés, notamment les modalités de participation des personnes
publiques aux entités concessionnaires, sont à l’étude. Renouvellement
après mise en concurrence des concessions hydroélectriques. – En
cours – Renouvellement progressif par mise en concurrence des
concessions d'installations hydroélectriques. »
Pour sa part, l'Allemagne a résisté à Bruxelles.
Il
faut dire que le gâteau est alléchant. Grâce aux investissements payés
par plusieurs générations de contribuables français, grâce au
savoir-faire des techniciens, l'excédent brut des concessions est de 2, 5
milliards d'euros par an. La rente dépasse 1, 25 milliard d'euros
annuellement.
Selon
Delphine Batho, renvoyée du gouvernement pour cause d'hostilité aux
pattes crochues du privé, il aurait été possible d'exclure les barrages
lors de la discussion de la directive européenne sur les concessions.
Batho ne fut soutenue par aucun de ses collègues solfériniens.
Aucun
autre pays ne brade son parc hydraulique de manière aussi servile que
la France. En Suède, les barrages sont publics, ce qui ne les empêche
pas de convoiter les barrages français privatisés. Les Suédois sont
décidément très forts : après nos cliniques accaparées par leurs fonds
de pension, notre hydroélectricité.
Photo : Le
2 décembre 1959, 50 millions de mètres cube déferlèrent en pleine nuit,
en une vague de 40 mètres de haut, sur 70 km jusqu'à la mer. 423 morts.
Bernard Gensane
Bernard Gensane

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