On n’arrive pas à y croire. Deux ans de prison dont neuf mois
fermes ! Neuf mois derrière les barreaux pour huit anciens salariés de
Goodyear dont cinq élus syndicaux CGT.
Ils ont été condamnés comme des
criminels ! Mais on connait leur crime ! Avoir défendu leur emploi et
ceux des 1143 salariés de l’usine ! Jamais, dans l’histoire récente, des
syndicalistes et des salariés n’avaient été condamnés à de la prison
ferme pour faits de lutte.
Cette décision est, bien sûr, légale.
Mais elle n’est pas légitime parce qu’elle consiste à prononcer une
amnistie du patron voyou de Goodyear qui a fermé l’usine après sept ans
de lutte. Pourtant, sa décision a provoqué suicides, divorces, et
maladie par dizaines parmi les licenciés. Et ce patron a été condamné
pour avoir entravé l’action des salariés en vue de la constitution d’une
coopérative ! Rien de tout cela ne correspond à l’idée que se font les
gens honnêtes du mot justice. C’est une décision politique.
Les salariés ne sont coupables de rien. Ils ont agi en état de
légitime défense sociale. La justice leur reproche d’avoir retenu deux
cadres dirigeants de l’entreprise Goodyear en janvier 2014 dans le cadre
de la lutte pour empêcher la fermeture de l’usine. Les salariés avaient
gardé le directeur des ressources humaines et le directeur de la
production de l’usine pendant 30 heures pour obtenir des réponses de
leur patron qui se terrait sans répondre à personne. Cette action était
une manière de faire monter la pression en évitant toute violence.
Pendant leur retenue, les cadres avaient leur téléphone portable, à
boire et à manger. Aucune violence n’a été pratiquée contre eux. Ces
faits prenaient place au bout de 7 ans de lutte pour empêcher la
fermeture de l’usine et résister au chantage patronal à l’emploi.
Pendant sept ans, ces hommes et ces femmes ont résisté et lutté pied à
pied. C’est cela qu’ils payent. Et cela alors même qu’il y avait eu un
accord de fin de crise. Mais si l’entreprise avait renoncé a porter
plainte et les cadres de même, le MEDEF voulait sa vengeance. Ses désirs
sont des ordres depuis 2012 avec François Hollande. C’est donc le
gouvernement qui a pris la responsabilité de la sale besogne.
Mme Taubira porte la responsabilité personnelle de cette décision.
Pourquoi ? Parce que sans le procureur placé sous son autorité, il n’y
aurait même pas eu de procès ! En effet, c’est le procureur, et lui
seul, qui a poursuivi les salariés. L’entreprise et les deux cadres ont
retiré leur plainte quelques jours après les avoir déposée, dans le
cadre d’un accord de fin de conflit avec les syndicats. Il n’y avait
donc aucun plaignant au procès, à part le procureur de Mme Taubira. Tout
se tient ! Souvenons-nous que l’opposition de François Hollande, Manuel
Valls et Christiane Taubira à notre proposition de loi d’amnistie
sociale a donné aux procureurs et aux juges un signal de dureté dans les
affaires liées à des conflits sociaux. Le gouvernement se cache
derrière l’absence de consignes individuelles données aux procureurs
dans les affaires de justice. Mais a-t-il donné des consignes générales
de sévérité contre les salariés en lutte ? Oui, bien sûr. Quand le
Premier ministre traite en direct télévisé les employés d’Air France de
voyous et quand il demande avant toute enquête judiciaire des sanctions
lourdes contre les salariés incriminés : il donne la ligne ! Sinon,
pourquoi le procureur a-t-il continué les poursuites après le retrait
des plaintes ? Pourquoi a-t-il réclamé la terrible peine de 24 mois de
prison dont 12 fermes ? Au nom de qui agit-il ainsi ? Et au nom de qui
le tribunal a-t-il pris une telle décision ? Certainement pas du fait
d’une inspiration soudaine. Rappelons-nous que c’est le MEDEF et lui
seul qui demanda que les poursuites aient lieu quand bien même la
société avait retiré ses plaintes !
François Hollande est responsable. La réaction des salariés à
l’époque se comprend d’abord comme une colère face à un actionnaire
hargneux mais aussi face aux reniements du président de la République.
Car François Hollande est allé à Amiens dans cette usine Goodyear, se
faire applaudir par les salariés. C’était en octobre 2011, deux jours
avant le deuxième tour de la primaire PS. Là-bas, il avait moqué Sarkozy
qui « faisaient des promesses sans les tenir ». Il avait affirmé que « l’Etat peut fixer des règles »
contre les licenciements boursiers. Il avait promis que les salariés
pourraient saisir un tribunal en cas de licenciements ou de fermeture
d’un site rentable et obliger l’employeur à chercher un repreneur. Et,
il n’a rien fait de tout cela. En janvier 2014, au moment des faits, la
loi dite « Florange » sur la reprise des sites industriels rentables
n’avait même pas encore été adoptée. Mais elle avait déjà été vidée de
sa substance. Elle allait limiter les obligations de l’employeur à
chercher un repreneur sans obligation de céder le site et en devant
seulement payer une amende pour pouvoir licencier. Hollande s’est joué
de la détresse de ses salariés comme Sarkozy de ceux de Gandrange.
Les salariés ont été abandonnés par le gouvernement. Ils étaient
condamnés au chômage et ils essayaient seulement de sauver des
indemnités leur permettant de survivre un peu plus longtemps. Ils ont
été humiliés et harcelés par la direction de Goodyear, une
multinationale aux reins très solides. Ils luttaient depuis 7 ans contre
la fermeture de leur usine. De l’autre côté de la rue, dans l’usine
d’une autre enseigne (Dunlop) du même groupe, sous le coup du chantage à
la fermeture, les salariés s’étaient résignés à travailler plus sans
être payés plus. Les salariés de Goodyear avait refusé ce chantage.
L’actionnaire voulait leur faire payer cette résistance. À coup de
grèves et de procédures judiciaires, les salariés de Goodyear avaient
réussi à empêcher la fermeture plusieurs fois jusqu’à ce que le patron
finisse par voir son plan de fermeture validé par la justice. Et pour
jeter de l’huile sur le feu, le seul repreneur envisagé par Goodyear et
l’Etat était le groupe Titan, dirigé par un patron esclavagiste Maurice
Taylor. Il avait traité la Franc de pays « communiste » et insulté les
salariés français. Il les avait accusés : « touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures », et menacés : « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, et payer moins d’un euro l’heure de salaire ».
C’est dans ce contexte que sont intervenus les faits reprochés
aujourd’hui. Celui de multiples provocations patronales pendant de
longues années, d’injures et de menaces contre les salariés.
Il y a eu 14 suicides parmi les salariés licenciés en moins de deux
ans ! Les coupables courent toujours ! Sur 1 143 salariés licenciés
combien sont encore au chômage ? Combien de divorces ? Combien de vies
et de familles détruites ? Qui payera pour cela ? Quand sera fait le
procès de la violence patronale et de la violence du chômage ? La
justice est une fois de plus coupable de deux poids deux mesures. Le
parquet a classé sans suite toutes les plaintes de la CGT contre
Goodyear pour harcèlement moral, non-respect du droit du travail… En
juin dernier, une fois l’usine fermée, les salariés ont obtenu la
condamnation de Goodyear. L’entreprise a été condamnée à suspendre le
démantèlement de l’usine car cela empêchait le projet des salariés de
reprise d’une activité en coopérative. Mais les actionnaires voyous ont
été condamnés à trois fois rien. Seulement à verser 50 euros à chacun
des 90 anciens salariés plaignants soit à peine 4 500 euros ! Une peine
symbolique. Pourquoi le tribunal a-t-il été si dur avec les nôtres et si
doux avec les autres ?
Ce n’est pas la première fois. Les patrons voyous ne sont pas
condamnés à de la prison ferme. Ainsi M. Denis Gauthier-Sauvagnac,
responsable du MEDEF, coupable d’avoir détourné 19 millions d’euros en
liquide d’une caisse noire patronale a été condamné seulement à de la
prison avec sursis ! Quant aux patrons de l’usine Continental, à 80km
d’Amiens, ils ont été condamnés pour licenciement illégaux à dédommager
les salariés. Mais après que l’usine a fermé et sans être jamais menacé
de prison.
La criminalisation de l’action syndicale a un but politique clair :
faire taire les salariés qui se battent et refusent de se laisser
conduire gentiment à l’abattoir social qu’est le chômage. Les salariés
ont immédiatement fait appel. Il y aura donc un nouveau procès. Je forme
le vœu qu’il soit l’occasion d’une démonstration de force de solidarité
avec les salariés. En effet face à cette injustice, nous devons agir.
Pas un salarié ne doit être emprisonné pour faits de lutte sociale. Les
salariés ayant fait appel, l’application des peines est suspendue. Il y
aura un nouveau procès. La CGT a annoncé sa volonté de tenir un
rassemblement de solidarité le jour de l’audience. La date n’est pas
encore connue. Mais la mobilisation devra être au rendez-vous. Ce procès
doit être, comme l’épisode de la chemise arrachée d’Air France, un
moment de réveil de la conscience sociale dans notre pays. Nous devons
faire une démonstration de solidarité et de combattivité. On peut signer la pétition de soutien qui demande l’arrêt des poursuites et interpelle François Hollande.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire