Patrick Mignard
L’affirmation est un peu lapidaire
mais correspond, hélas, parfaitement à la situation actuelle. À nous
tous, on nous a appris à l’École, dans les cours d’instruction civique
et dans tous les discours politiques que l’on entend dans les médias,
que l’État est le représentant de l’intérêt général, l’arbitre de la
société civile, celui par qui la stabilité et le bien être collectif
sont assurés. Dans la doxa républicaine, l’État tient une place de choix
dans la mesure où il est censé incarner et défendre les valeurs de la
République.
Il est de toute évidence et de notoriété publique que des secteurs d’activités sont essentiels à la vie en société et ne sauraient être livrés aux appétits gloutons du secteur privé (santé, énergie, habitat… en particulier)… Or tous ces secteurs sont privatisés ou en voie de l’être… Aussi bien par la Droite que par la Gauche. Le programme économique et social du Conseil National de la Résistance qui était fondé sur cette évidence est en passe de disparaître totalement. L’économique, le social, le culturel, l’enseignement, l’écologique, sans parler du financier, sont peu à peu livrés pieds et poings liés au marché et à sa loi de rentabilité et de spéculation. Autrement dit, l’État, à terme, n’offrira plus aucune garantie citoyenne de vie décente à la majorité des administrés. Seul l’argent sera une garantie. Seuls pourront vivre, celles et ceux qui auront la chance d’avoir un revenu par l’héritage, la spéculation ou leur travail qui se raréfie de plus en plus.
Comment en est-on arrivé là ?
Nous vivons sur un mythe. L’État n’a jamais été, dans l’Histoire,
dans aucun système économique et social, l’institution neutre que nous
croyons qu’il est. L’État a toujours été l’instrument de domination de
la fraction dominante de la société. Si ceci est évident dans une
dictature, ça l’est beaucoup moins dans ce que l’on appelle une
démocratie. Parce que dans cette dernière, les représentants qui
occupent les instances de l’État, tiennent leur légitimité du Peuple.
Or, un changement ne se fait pas, comme on le croit par une révolution
ou une insurrection. À terme c’est l’échec assuré (voir l’exemple
soviétique). Un système s’instaure par un long travail d’implantation de
ceux qui vont devenir la nouvelle classe dirigeante. Une fois au
pouvoir, qu’ils prennent ou non avec l’appui du Peuple qu’ils manipulent
(voir la Révolution Française) ils détiennent tous les moyens
idéologiques, culturels, psychologiques et évidemment policiers et
militaires pour s’y maintenir. C’est la situation dans laquelle nous
sommes aujourd’hui. Si demain nous votons, les mêmes seront au Pouvoir !
L’État instrument de domination
L’État, entre les mains des possédants devient leur instrument pour
s’assurer que les principes du système en place fonctionnent avec le
moins d’accrocs possibles. Dans le capitalisme, le principe est simple :
toute la richesse va aux détenteurs du capital. La quote-part
distribuée aux salariés leur permet d’assurer leur survie et de
travailler. Toute amélioration des conditions de vie et de travail des
salariés ne peut être que le résultat d’une lutte. Dès que le rapport de
force fléchit ou s’inverse, la classe possédante reprend ce qu’elle
avait été obligée d’accorder. Certaines périodes de troubles politiques,
de fortes tensions sociales peuvent être propices à des avancées
sociales : Front Populaire, Libération, Mai 68, La gauche en 1981. Mais
tout est remis en question au moindre fléchissement des salariés… ce qui
est le cas aujourd’hui.Aujourd’hui, avec la mondialisation marchande, multinationales aux multiples filiales, mécanisation à outrance, possibilité de délocalisation, ce qui constituait le cœur contestataire du capitalisme est complètement éclaté ; la force de frappe du salariat, la classe ouvrière, est éclatée et le rapport de force n’est plus en sa faveur. L’État joue donc son rôle avec une relative liberté d’action. Il contribue au démantèlement de tous les acquis sociaux au grand profit du Capital qui peut dès lors fonctionner à plein régime. Il ne reste plus à l’État qu’à assurer la valorisation du capital en prévenant et réprimant les victimes du capital : les salariés, les exclus, les jeunes, les retraites. Le Capital n’a même plus à s’acheter la paix sociale comme il le faisait autrefois. Il n’attend de l’État que la mise au pas des contestataires… d’où la répression accrue des mouvements sociaux.
On peut donc dire que l’État se fout :- De l’emploi qui n’est qu’un détail de la valorisation du capital.- De la santé qui n’est qu’un produit des initiatives privées (labos, cliniques) et devient par là même source de profits.- Des retraites livrées aux fonds de pension.- Des services publics qui disparaissent au profit du privé.- De l’environnement qui ne peut être qu’une gêne à l’expansion du capital.- De la pauvreté qui n’est qu’un sous-produit de la richesse du capital, laissée aux bons soins des associations.Sa fonction essentielle est d’assurer la stabilité sociale du système marchand. S’étant désengagé de toute intervention économique et sociale, il assure cette fonction par la coercition, la violence et la répression : il faut mater la meute qui se révolte. Nous en sommes là, aujourd’hui.
Conclusion : ce n’est pas en changeant le personnel à la tête de l’État que l’on changera la Société, mais en commençant à changer à la base, à notre niveau, les structures de production, d’échange et de consommation. Tout discours politique classique est une escroquerie.
fedetlib

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