Indignation générale :
Alain Finkielkraut se serait fait « expulser », selon ses propres
termes, de la place de la République où se tenait une assemblée générale
du mouvement Nuit debout. Et l’académicien d’expliquer qu’« on a voulu
purifier la place de la République de [s]a présence ».
Dans la foulée,
les médias dominants se sont empressés de reprendre
à leur compte la version des faits présentée par Alain Finkielkraut.
Pourtant d’autres témoignages, ainsi que des vidéos filmées sur place,
montrent que les événements ne se sont pas exactement passés ainsi. Peu
importe : la machine médiatique s’est déjà emballée, et auto-entretient
un torrent de commentaires indignés et de débats faussés… Énième
expression des solidarités de caste à l’œuvre dans l’éditocratie, dont
nombre de représentants ne semblent s’intéresser aux mobilisations
sociales que lorsqu’il est question de délégitimer ces dernières.
Quel entrain !
On aurait aimé que, par exemple, les violences policières commises au
cours des dernières semaines soient elles aussi l’objet d’une telle
attention ! Mais malgré nos recherches, nous n’avons guère trouvé de «
sondages » demandant au public s’il était « choqué par les violences
policières », ni de tweets indignés d’éditorialistes « choqués », et
encore moins de questions posées aux responsables politiques quant à
leur opinion, non sur les « violences » des manifestants, mais sur
celles commises par les forces de police.
De toute évidence,
il y a « violence » et « violence », et l’éditocratie est beaucoup plus
prompte à s’indigner, à protester et à médire lorsqu’un philosophe
médiatique ou une chemise sont pris pour cibles par des mouvements de
contestation sociale que lorsque les classes populaires ou les militants
sont victimes de la violence, qu’elle soit patronale ou d’État. Les
solidarités de caste sont décidément omniprésentes au sein d’une
éditocratie qui n’hésite pas à condamner ou à moquer les solidarités de
classe en raillant, par exemple, celles et ceux qui se mobilisent contre
la Loi El Khomri alors qu’ils ne seraient « pas concernés ».
Ce bref tour d’horizon
des réactions à l’« expulsion » d’Alain Finkielkraut montre le
caractère disproportionné et biaisé du traitement médiatique dont elle a
fait l’objet. Il n’est probablement pas, dans tous les cas du moins, le
résultat d’une volonté délibérée de nuire à Nuit debout. Mais toujours
est-il que, pour certains responsables politiques et éditorialistes, cet
emballement est du pain bénit : l’occasion de dénoncer le prétendu «
sectarisme » des participants des rassemblements Nuit debout, dont le
succès agace autant qu’il interroge. Cet emballement est d’autant plus
visible qu’il met en valeur la sous-information chronique sur le
mouvement (et en particulier ses déclinaisons hors de Paris), son
existence et ses revendications, et d’une sur-« information » sur les
moindres incidents « en marge du mouvement », comme les médias le disent
eux-mêmes.
Certains s’inquiètent
de la liberté d’expression d’Alain Finkielkraut, se posant soudain en
gardiens d’un pluralisme dont ils n’ont cure le reste de l’année, quand
ils ne s’en prennent pas directement à celles et ceux qui osent
s’exprimer dans les médias alors que la parole ne leur est jamais donnée.
Qu’ils se rassurent : depuis les sombres événements de samedi soir,
Finkielkraut a eu l’occasion de plaider sa cause dès le lendemain dans
l’émission d’Elisabeth Levy « L’esprit de l’escalier », en partenariat
avec Radio RCJ et Causeur, et il est intervenu lundi, au micro de la
matinale de France Culture.
Et ce n’est probablement qu’un début…
Post-Scriptum :
Parait que Finkielkraut ne peut pas s’exprimer, sauf sur Europe 1,
RTL, France Inter, TF1, Antenne 2 et 3, Le Monde, Libération, Le Nouvel
Obs… enfin bref, sur tout ce que ce pays compte de journaux, télé et
radio appartenant à cette petite élite solidaire de notre philosophe !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire