Après ce nouvel attentat terroriste qui frappe cruellement notre
pays, vous avez exprimé au nom de la nation tout entière, avec émotion
et dignité, votre compassion pour ses victimes.
Désignant aussitôt le
coupable, et nous vous supposons bien informé, vous avez appelé les
Français à faire preuve d’unité et de solidarité face au « terrorisme
islamiste ». Vous nous avez conviés à serrer les rangs et à faire face,
en mobilisant toutes nos énergies contre cette terrible menace.
Mais
cet appel légitime à la cohésion nationale en ce moment où le pays
entier se sent meurtri ne saurait interdire aux citoyens d’interroger la
politique qui est la vôtre. Depuis votre élection, vous prétendez
lutter sans ménagement contre les organisations terroristes. Mais, en
réalité, tout donne à penser que vous avez fait exactement le contraire.
Car au lieu de combattre le mal, vous avez concentré vos efforts contre
ceux qui tentaient de le terrasser. Vous nous disiez que vous
combattiez le terrorisme, mais vous n’aviez de cesse de diaboliser et de
combattre la Syrie de Bachar Al-Assad.
Cet Etat souverain,
détesté de vos amis américano-sionistes parce qu’il refuse de se plier à
leur diktat, vous l’avez sciemment désigné à la vindicte des mêmes
criminels que ceux qui mitraillent les terrasses de nos cafés. Les
mercenaires du djihad cherchaient une cible, et vous avez cyniquement
désigné Damas. Oui, des milliers de jeunes ont été encouragés, par votre
propagande de guerre, à aller se battre contre cet Etat honni que vous
rêviez d’anéantir sous les bombes. Et c’est votre ministre des affaires
étrangères, Laurent Fabius, qui donna le signal de cette curée,
lorsqu’il déclara que Bachar Al-Assad « ne méritait pas de vivre » et
que la branche syrienne d’Al-Qaida faisait du « bon boulot » en Syrie.
Vous
aurez beau tenter d’occulter vos responsabilités, chacun voit que les
attentats commis en France sont le résultat de votre politique. Pourquoi
n’y a-t-il aucun attentat en Italie, en Argentine, au Japon ? Les
Français ont-ils pris la mesure de votre refus de coopérer avec les
services syriens afin d’identifier les djihadistes français susceptibles
de revenir en France ? Nos compatriotes savent-ils que vous interdisez
tout transfert de fonds au profit de cette majorité de Syriens vivant
dans les régions sous contrôle gouvernemental ? Réalisent-ils que vous
n’avez jamais eu un mot de compassion pour les nombreuses victimes
syriennes des attentats d’Al-Qaida, et que vous persistez à infliger des
sanctions économiques à ce peuple victime du terrorisme de masse ?
Vous
étiez décidé à prendre parti dans le conflit syrien, et vous l’avez
fait sous des prétextes humanitaires qui se sont effondrés comme un
château de cartes, exhalant surtout un âcre parfum d’hydrocarbures. Vous
embourbant, et nous avec, dans cette ornière qu’il eût fallu éviter
avec prudence, vous avez exposé les Français à un effet boomerang dont
on mesure à peine le potentiel destructeur. Cette violence que vous avez
déchaînée chez les autres par votre politique néo-coloniale, vous
l’avez ramenée à domicile !
Je doute que les Français vous en
remercient, surtout lorsqu’ils auront renoué les fils de cette
dramatique affaire. Au lendemain de ce drame, M. Hollande, passé le
moment de la compassion devant les caméras et de la célébration de
l’unanimité patriotique, allez-vous remettre de nouvelles médailles aux
banquiers de la terreur ? Condamnant le crime terroriste côté cour,
irez-vous encore dîner, côté jardin, avec ses sponsors saoudiens ? Avec
George W. Bush, les USA ont eu leur Dr Frankenstein, l’apprenti-sorcier
de la géopolitique du chaos. Avec vous, c’est match nul. Les Français
ont désormais le leur.
En rangeant la France du côté d’une
rébellion sectaire, mafieuse et manipulée, en vous croyant habile alors
que vous n’êtes qu’un semi-habile, vous avez nourri le monstre qui nous
frappe aujourd’hui de ses tentacules. Allié objectif de Daech tant qu’il
combattait Assad, vous avez juré sa perte après les premiers
assassinats d’Occidentaux en Irak, nourrissant alors le ressentiment de
cette mouvance criminelle dont vous attendiez sans doute davantage de
compréhension !
Conseillé par de pseudo-experts dont
l’indépendance intellectuelle est proportionnelle au chèque que vous
leur versez, vous êtes désormais condamné à persévérer dans l’erreur
faute de pouvoir vous déjuger. Vous allez continuer à nous jeter de la
poudre aux yeux avec l’état d’urgence et à faire des moulins avec vos
petits bras.
Mais, à neuf mois d’une élection présidentielle où vous
allez faire de la figuration, vous nous léguez surtout les fruits
pourris de votre politique de gribouille, les manifestations
d’incompétence d’un ministre qui confond Saddam Hussein et Bachar
Al-Assad ne parvenant même plus à nous faire rire en ce jour de malheur.
Bruno Guigue, ancien
élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire
d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie
dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations
internationales à l’Université de La Réunion, est l’auteur de cinq
ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002 », et de centaines d’articles.
arrêtsurinfo.ch

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