L’affaire
Bygmalion, c’est simple et compliqué. Pour les deux tours de la
présidentielle de 2012, Sarkozy et Hollande pouvaient dépenser chacun
22,5 millions.
Nickel pour Hollande, mais pour Sarkozy les dépenses ont
été du double : 45,5 millions. Il a donc fallu mettre en place tout un
système de fausses factures pour des évènements inexistants, avec des
dépenses de 23 millions affectées en fraude à la campagne de Sarko.
Gros, vous êtes partis en vacances avec un budget de 1000 € et vous en
avez dépensé 2000.
Alors, Sarkozy promu en correctionnelle ... Comment se présente l’affaire ?
Il
y a d’abord ce qui concerne les manips pour dégager 23 millions. C’est
le volet « usage de faux, escroquerie et abus de confiance ». Pour un
homme politique avisé, le fait d’exploser les dépenses induit que les
recettes corrélatives sont sans doute vicieuses. Le Parquet en est
convaincu :
« compte tenu de sa formation et de sa très grande expérience en matière
de campagne électorale, il était logique d’estimer que sa seule
connaissance du dépassement du plafond de dépenses impliquait la
connaissance de l’usage de moyens frauduleux inhérents à une telle
dissimulation ». C’est donc une conviction, mais le parquet n’a pas de
preuves, et Sarkozy ne sera pas poursuivi pour ces faits.
Ensuite,
il y a le volet maîtrise du compte de campagne par le candidat, une
règle que connaissent bien tous les candidats… En un mot : l’État va
financer la campagne par un remboursement, et le candidat s’engage à
respecter les règles de recettes et de dépenses fixées par la loi, c’est
pas plus compliqué.
La campagne de Sarkozy accrochait mal, et très vite le budget prévu été mis à mal. Le
7 mars 2012, un des experts-comptables de la campagne avait adressé au
directeur de la campagne, Guillaume Lambert, une note alertant sur le
niveau des dépenses et demandant de les limiter. Lors de l’instruction,
Guillaume Lambert a affirmé qu’il avait porté cette note à la
connaissance de Nicolas Sarkozy. Problème...
Sont finalement retenus trois faits :
- avoir dépassé le plafond des dépenses électorales ;
- avoir omis de respecter les formalités d’établissement du compte de campagne ;
- avoir fait état, dans le compte de campagne ou dans ses annexes, d’éléments comptables sciemment minorés.
Le
réquisitoire souligne qu’il s’agit de dispositions spécifiques du code
électoral, qui ont créé une responsabilité autonome du candidat :
« Certes, Nicolas Sarkozy occupait au moment des faits des fonctions qui
lui interdisaient d’être régulièrement informé dans le détail des
questions budgétaires. Cependant, ses éminentes responsabilités
politiques ne pouvaient effacer celles du candidat qu’il était également
et ne l’autorisaient donc pas à s’abstenir de suivre effectivement
l’évolution de ses dépenses. » L’argument de Sarkozy selon lequel il
avait délégué le suivi des dépenses, est balayé, le parquet soulignant
qu’il « n’en avait pas le droit car le texte pénal applicable ne l’est
qu’à lui seul puisqu’il vise le candidat ».
Au niveau de l’accusation, ça tient la route, c’est le moins qu’on puisse dire. Maintenant, à la défense de jouer.
Pour aujourd'hui, trois commentaires.
1/ Pas de « risques de procès » avant les présidentielles.
La presse s’accorde à dire, vu les délais de procédure et les recours prévisibles, qu’il n’y a pas de risques » pour Sarkozy
d’un procès avant les présidentielles. Je m’interroge beaucoup sur ce
mot de « risques ». Pour un présumé innocent, qui se déclare innocent et
veut écrabouiller le Parquet, passer devant le tribunal n’est pas un
risque mais une chance, la chance de convaincre le juge de ses bons
arguments et d’être innocenté. Il y a donc quelque chose qui doit
m’échapper…
2/ Le Parquet joue avec le calendrier…
La bonne blague.
Cette affaire ne concerne pas que notre excellent ex-futur président,
mais treize autres personnes. L’enjeu est loin d’être négligeable, 23
millions de fausses factures, et le financement illégal d’une campagne
présidentielle. Pour un dossier ouvert en 2014, la justice a été très
diligente. Il y a deux ans il ne fallait rien faire, puisqu’il ne
fallait pas s’acharner sur ce looser. Il y a un an il ne fallait rien
faire, car il reprenait la tête du parti et c’était donc une manœuvre.
Et aujourd’hui, il ne faut rien faire car il a décidé de candidater aux
primaires…
3/ L’affaire a déjà été jugée par le Conseil constitutionnel.
Exact. Mais la loi a prévu, en cas d’irrégularités du compte des sanctions électorales et pénales.
Donc, on applique la loi, no problem. Et puis, le Conseil constitutionnel s’était prononcé le 4 juillet 2013, confirmant la décision de la Commission nationale des comptes de campagne pour un dépassement de 120.267 €. À l’époque on ne savait rien de l’affaire Bygmalion et de ses 23 millions d’euros.

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