vendredi 14 octobre 2016

La magistrature est-elle une institution de lâcheté ?

71882544.jpgGilles Devers         

La justice une institution de lâcheté…, parole de Hollande !  L’affaire vient de l’invraisemblable livre « Un président ne devrait pas dire ça… » de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, du Monde (Occidental), dans lequel le président d’un État membre permanent du Conseil de sécurité balance sur tout et sur tout le monde, comme une commère impénitente. 

Pour le volet justice, il se distancie de Sarko : « Je n’ai jamais espionné un juge, je n’ai jamais rien demandé à un juge, je n’ai jamais été financé par la Libye, etc... », pour aussitôt vomir sur la magistrature, qui est « une institution de lâcheté », précisant : « C’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique. »
C’est nul. Grave aussi.
1/ Je rappelle qu’il n’y a pas un corps de magistrats mais deux : la magistrature judiciaire qui traite des affaires de droit privé et du droit pénal, et la magistrature administrative compétente pour les affaires publiques. En fonction de quels arguments lumineux le Président de la République se permet-il de dézinguer la magistrature judiciaire, sans avoir le moindre reproche à faire à la magistrature administrative ? Tous méchants à la Cour de cassation et tous gentils au Conseil d’État ?
2/ Le Président de la République est aux termes de l’article 64 de la Constitution « garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire ». Donc le mec s’estime garant d’une institution de lâcheté. Ce mec est vraiment too much…
3/ Une pensée…
- François, une pensée est le fruit d’un regroupement de connaissances et d’idées, avec une élaboration intellectuelle. Donc, un effort d’élaboration.
- Oui, sûrement, mais pourquoi tu me parles de ça ?
4/ L’institution judiciaire « n’aime pas la politique ». C’est heureux, car le juge doit être « indépendant et impartial », et son rôle est d’appliquer la loi votée par les institutions politiques sans jamais manifester ses attachements partisans.
- François, toi qui es le « garant de l’institution judiciaire », souhaiterais-tu des juges assumant des prises de positions politiques ?
- Mais pourquoi tu me parles de ça ?
5/ Rigolo, le communiqué de l’USM (Union Syndicale des Magistrats), syndicat conservateur et majoritaire, qui s’est dite « consternée par ce double discours du garant constitutionnel de l’indépendance de l’autorité judiciaire ». Il faut dire que l’USM se retrouve à partager les dures désillusions vécues par Valérie Trieweiler, car Hollande était la semaine dernière à leur congrès pour dire tout le bien qu’il pensait de la magistrature. Allons, camarades syndicalistes, êtes-vous tombés de la dernière pluie ? Hollande est bien connu pour avoir été député et secrétaire du Parti Socialiste pendant des années. Il n’a jamais apporté le moindre intérêt au fonctionnement de la justice et aux affaires judiciaires, questions totalement subalternes pour lui, car non politiques.
6/ Ces déclarations vont être une catastrophe pour Hollande ? C’est loin d’être évident, car la magistrature judiciaire regroupe très peu de monde – moins de 10.000 personnes – et le fonctionnement de ce service public n’est pas franchement enthousiasmant, soumis de plus, et tous les jours, à toutes les critiques, même les plus débiles. Alors, d’un point de vue du politique, taper sur la magistrature, c’est plutôt gagnant.
7/ Ben alors ?
- Ben alors, tu ne critiques pas l’institution judiciaire ?
- Si, mais sur des bases sérieuses, et avec des arguments.

Bon, tout ça est intéressant, je le note. Mais je note aussi que ce sera autant d’arguments pour défendre les maintes et maintes personnes qu’on embrouille pour leur absence supposée d’attachement aux « valeurs de la République ».



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