Si on en croit le quotidien israélien Haaretz,
l’Europe va peut-être enfin se décider à tenir Israël responsable pour
les destructions systématiques d’infrastructures qu’elle avait
financées.
Il n’est pas question, qu’on se rassure, de réclamer à Israël
le prix de l’anéantissement de l’aéroport de Gaza, mais au moins celui
de quelques plaines de jeux pour enfants, de logements de fortune pour
des Bédouins, de systèmes de distribution d’eau,…
Haaretz – qui dit tenir l’information de diplomates tant israéliens
qu’européens – affirme que le comité de l’Union Européenne chargé des
affaires du Moyen-Orient recommande aux 28 États membres de réclamer à
Israël le remboursement de la démolition d’immeubles et
d’infrastructures situés dans la “zone C” de la Cisjordanie au
financement desquels ils avaient contribué.
Le Ministère des Affaires étrangères israélien a évidemment réagi
avec indignation et a élevé une protestation auprès de l’UE et de
plusieurs États membres.
La recommandation en question a été prise il y a deux semaines, lors
de la réunion du “MaMa committee”, c’est-à-dire un organe de
concertation entre l’UE et les pays du Maghreb et du Machrek, qui réunit
des experts du Moyen-Orient appartenant aux 28 États. Le rôle de ce
comité d’experts est purement consultatif pour les organes de décision
de l’UE.
Compte tenu de l’emprise de la réaction philosémite [1] sur une bonne
partie des États à qui s’adresse la recommandation, il serait étonnant
qu’elle soit, dans un avenir proche, suivie de beaucoup d’effets.
Néanmoins, cette prise de position – qui pour les diplomates
s’explique, selon Haaretz, par l’absence de progrès dans les
négociations entre Israël et les Palestiniens, particulièrement en ce
qui concerne la “zone C” (dans laquelle Israël exerce un contrôle total,
sur les affaires civiles et militaires), et par les réactions négatives
d’Israël aux demandes de l’UE de mettre fin aux démolitions de
“structures” (constructions) palestiniennes financées par les Européens –
a un caractère politique et symbolique. Avec l’UE, d’ailleurs, rien qui
puisse déplaire à Israël ne va d’ailleurs jamais au-delà du symbolique.
On peut d’ailleurs voir une preuve de la portée limitée de cette
recommandation dans cette précision donnée par Haaretz : l’Allemagne
était farouchement opposée à cette prise de position, et si elle n’a pas
pu la bloquer elle s’est employée à en atténuer les termes, faisant en
particulier en sorte que sa mise en œuvre éventuelle repose finalement
uniquement sur chacun des États membres, qui feront ce qui leur semble
bon. Donc, dans la plupart des cas, rien de concret.
Malgré le caractère relativement anodin de cette résolution, prise
par un organe à l’influence limitée, le Ministère israélien des Affaires
étrangères a comme de coutume réagi comme si l’UE venait de lancer le
signal d’un “deuxième holocauste”, ce qui a donné lieu à quelques
“réunions difficiles”, selon Haaretz. Le gouvernement israélien
considère que l’UE vient de relancer une offensive anti-israélienne
qu’elle avait en apparence mise au point mort après l’épisode de la
décision sur l’étiquetage des produits fabriqués dans les territoires
occupés.
À quoi les diplomates européens ont rétorqué que les avertissements
donnés à Israël à propos des démolitions avaient été nombreux, et que
donc les Israéliens ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.
Depuis le début de cette année, le nombre de démolitions par l’armée
d’occupation dans la “zone C” a considérablement augmenté. Israël
soutient qu’il s’agit de constructions “illégales” entreprises sans
permis (qui ne sont pratiquement jamais accordés à des Palestiniens),
tandis que l’UE fait valoir que les constructions qu’elle finance ont un
objectif humanitaire. Avec le cynisme qu’on lui connaît, l’occupant
réplique en accusant les Palestiniens de chercher à créer “des faits
accomplis sur le terrain” et l’Europe (l’UE et certains États membres
comme l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la France, la Pologne
et la Belgique, qui ont financé directement certains projets) d’être
leur complice !
Comme le relève Haaretz, la principale raison de l’accélération des
démolitions réside dans la pression politique exercée par le groupe
d’extrême-droite Regavim, appuyé par des parlementaires israéliens fascistes tels que Moti Yogev et Bezalel Smotrich, du parti Habayit Hayehudi.
[1] au sens que donne à l’expression Yvan Segré.
Photo : Alex Levac
pourlapalestine.be

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