Jean-Luc Gasnier
La tornade olympique a chassé de l’actualité le cyclone
Irma et dans les médias dominants, elle a tout emporté sur son passage :
pas le moindre brin d’esprit critique, pas la plus petite ébauche de
questionnement, et a fortiori de contestation, pour résister, pour
endiguer cette déferlante de chauvinisme rance et d’autosatisfaction.
La
victoire annoncée est célébrée sans pudeur, sans aucune retenue.
L’information a cédé la place à la propagande et celle-ci est
orchestrée par le Président lui-même qui, dès l’annonce officielle du
choix de Paris pour 2024, a accordé une interview promotionnelle sur
le tarmac de l’aéroport de Pointe à Pitre en se félicitant de « la
formidable reconnaissance de la place de la France dans l’olympisme ».
L’évènement est en marche et semble bénéficier d’un large consensus au
sein de la classe politique, il est certainement « ni de droite, ni de
gauche ». L’unanimité est requise, on est prié de s’enthousiasmer et
de faire la fête avec la délégation olympique qui a été accueillie avec
les honneurs et le tapis rouge à son retour de Lima. Macron, Hidalgo,
Pécresse, comptent bien en retirer un bénéfice politique et jouent pour
l’instant la même partition ; ils s’entendent comme larrons en foire et
font en sorte que le son de leurs violons bien accordés recouvrent le
bruit des casseroles qui s’agitent au pied de l’Olympe.
Emmanuel Macron, passé maître en l’art de la sophistique, n’hésite
pas à invoquer « les valeurs d’ouverture, de tolérance, de justice, de
respect de l'environnement (. . .) que la candidature de Paris vient
défendre 100 ans après les derniers jeux ». Est-il possible de croire
à de telles sornettes ? L’olympisme moderne, entaché dès sa
naissance par le racisme et l’eugénisme de ses promoteurs ( Pierre de
Coubertin en tête), perverti peu après par le nazisme, est désormais
gangréné par le business et l’argent. Il est imprégné de l’idéologie
dominante de l’époque et instrumentalise la pratique du sport à des fins
commerciales. La compétition sportive de haut-niveau notamment
s’inscrit, comme beaucoup d’autres activités humaines, dans un processus
de marchandisation destiné à générer de plus en plus de profit pour les
entreprises. Aujourd’hui, les jeux olympiques sont le paravent
spectaculaire d’un gigantesque business autour du sport engendrant une
course folle vers des performances dopées par la chimie.
Avec l’aplomb incroyable qui le caractérise, Emmanuel Macron nous
vend « Paris 2024 » comme s’il s’agissait d’un projet social (Nicolas
Hulot, en bon ministre, a eu le culot de saluer sur son compte twitter
« des Jeux Olympiques qui seront écologiques et solidaires ») qui
servira à l’insertion des jeunes défavorisés et notamment aux jeunes
banlieusards de la Seine St Denis. Le Président utilise aussi les
recettes qui lui ont réussi dans un passé récent : les JO à Paris,
c’est bien sûr notre projet, « un projet porté par tout le pays » On
sait ce que valent les projets du Président, échafaudés dans les locaux
du MEDEF. . . La « belle aventure olympique » de Paris 2024 n’échappera
pas à la règle, quelques grands patrons ont du sabler le champagne pour
fêter la décision du CIO et l’excellent travail de cette délégation
olympique qui leur apporte sur un plateau l’assurance de profits
défiscalisés avec le concours de deniers public (Une disposition fiscale
votée en 2014 dispense « les organismes chargés de l’organisation en France d’une compétition sportive internationale » du
paiement de tout impôt, mis à part la TVA, pour toutes les opérations
commerciales liées à des compétitions pour lesquelles la décision
d’attribution à la France est intervenue avant le 31 décembre 2017 ). Le
coût dores et déjà budgété pour les finances publiques des JO 2024 (
il s’agit donc d’un coût plancher) s’élève à plus de 1,5 milliards
d’euros pour un montant global de 6,6 milliards d’euros, qualifié de
« sobre » par nos édiles. Dans le même temps, le coût des contrats
aidés (2,8 milliards d’euros en 2017 pour environ 300.000 emplois)
est, lui, jugé insupportable tant il est vrai que, pour ce gouvernement,
les aides qui vont aux personnes fragiles sont considérées comme des
dépenses inutiles alors même que l’argent qui va aux riches est
considéré comme un placement, un investissement.
Comment espérer dans ces conditions que les jeux de Paris 2024
promeuvent un olympisme aux valeurs humanistes quand ses organisateurs
nous démontrent chaque jour davantage qu’ils n’entendent servir que la
finance ?
Jean-Luc Gasnier est Enseignant, président d'ATTAC33.
mediapart.fr

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