Michel
J’ai
tout fait comme on me l’a dit : j’ai acheté mon logement, une voiture,
je suis parti en vacances avec mes trois enfants.
C’était d’autant plus
facile que cela ouvrait de nouvelles perspectives à ma génération par
rapport à celle de mes parents qui avaient connu la guerre, la morosité
qui régnait chez eux pendant ma jeunesse, la difficulté à boucler les
fins de mois et la tristesse de la radio nationale sur le poste à
lampes.
J’ai
tout fait comme on me l’a dit et je ne suis pas le seul. J’ai donc
contribué aux trente glorieuses sans savoir que je polluais quand je
partais en montagne ou à la mer avec ma 4L. J’ai fumé des gauloises sans
savoir que fumer tue.
J’ai
fait tout ce qu’on m’a dit de faire parce que ceux qui avaient
conscience des risques se gardaient bien de nous alerter, et comme il
fallait bien chauffer nos logements, véritables passoires thermiques,
j’ai consommé du gaz pas très propre et de l’électricité qui venait des
centrales nucléaires et j’ai participé au grand boom de la consommation
en remplissant mon chariot dans les premiers supermarchés.
En
plus, ce qu’il y avait de bien dans les années 80, c’est que les
intérêts des emprunts à taux fixe souscrits pour le logement étaient
bouffés par l’inflation et les augmentations de salaires qu’elle
entraînait. Ça nous a bien aidés à devenir ce que nous sommes
aujourd’hui, des retraités à l’aise qui peuvent profiter enfin d’une
certaine sérénité après avoir bossé 45 ans et pas à 35 heures la
semaine.
Fin de partie
Aujourd’hui,
on vient me dire que tout ça c’est fini, non seulement pour les
générations à venir mais aussi que je vais morfler avec la CSG à partir
de 1200 euros par mois sans compter le maintien de la Taxe d’habitation
pour les plus « nantis ». On me dit que je suis plus aisé que les jeunes
et que je dois faire un effort pour eux.
D’où
me vient cette affreuse idée qui me trotte dans la tête qu’en payant
davantage d’impôts je vais aider les enfants de MM. Gattaz et Pinault et
ceux de feue Mme Bettencourt à constituer une pelote de milliards
supplémentaires ?
Et
on voudrait sans doute que je batte ma coulpe en disant que tout ce qui
arrive, le chômage, la pauvreté, la pollution, tout ça ce serait de ma
faute, qu’il serait bon que j’avoue avoir pollué la planète, creusé la
dette sans me soucier des générations à venir et qu’au final je fasse
gentiment des chèques pour boucher le trou budgétaire de la suppression
de l’ISF pour les plus riches. Pas question de fermer ma gueule ! À
chacun ses responsabilités !
Accusés, levez-vous !
J’ai
envie de convoquer devant le tribunal de l’histoire tous ces
« industriels », ces banquiers et ces goinfres qui une fois fortune
faite en délocalisant se sont empressés d’aller planquer leur fric en
Suisse ou dans des iles exotiques. J’ai envie de convoquer en tant que
complices tous les économistes qui nous servent leurs sempiternelles
balivernes jamais étayées par un début de résultat tangible et qui font
le sale boulot que leurs maîtres aux mains propres répugnent à
effectuer. J’ai envie de demander des comptes aux politicards de tous
poils et de tous bords qui savent si bien cirer les pompes des premiers
et manipuler les économistes bavards pour nous dire qu’il n’y a pas
d’alternative, que tout ça c’est pour notre bien et que le bout du
tunnel est proche, en période électorale, seulement.
La parole est à la défense
Et
que nous diraient-ils ces industriels de la finance et du chômage ?
Tout simplement que la mondialisation est leur nouveau terrain de jeu et
que d’un simple claquement de doigts ils peuvent envoyer des milliers
de salariés au tapis parce qu’en France, Monsieur, il y a trop de charge
et que ça les empêche de faire des bénéfices à deux chiffres pour leurs
actionnaires.
Si
vous êtes gentils, nous diraient-ils, c’est-à-dire si vous renoncez à
vos systèmes de protection sociale et de retraite qui nous coûtent cher,
à nous les entrepreneurs, alors on pourrait voir ce qu’on peut faire,
on pourrait peut-être rester en France, si le coût du travail est égal à
celui du Bangladesh.
Ils
nous diraient cela pour leur défense, les industriels du profit, en
ajoutant : on paye trop d’impôts et de taxes chez vous, nous sommes
obligés d’aller ailleurs, en Irlande ou au Luxembourg ou bien au
Portugal comme les chanteurs qui veulent jouer dans la cour fiscale des
grands.
Et en plus, il y a trop de normes qui nous empêchent de polluer tranquillement…
Ils
nous diraient que, bon, votre gouvernement actuel fait des efforts en
supprimant l’ISF et en instituant une flat-tax sur les avoirs
financiers, le tout payé par les classes moyennes, celles qui
précisément sont à la retraite et qui ont pu faire leur petite pelote de
laine qu’on essaye de leur voler aujourd’hui.
Ils
nous diraient que le gouvernement a bien raison de leur taper dessus
fiscalement parce qu’en économie, la leur, il n’y a pas de place pour
les classes moyennes, seulement pour les riches et pour les pauvres,
c’est plus facile à gérer.
Que
nous diraient les économistes ? Ils nous citeraient la fameuse règle
des 5 C : C’est Con mais C’est Comme Cela, rien de plus, confirmant si
besoin est que l’économie est tout sauf une science.
Que
nous diraient les politiques ? Qu’ils ont bien essayé d’infléchir le
cours des choses et d’adoucir la potion amère du libéralisme mondialisé,
mais qu’ils n’ont pas pu aller plus loin dans les concessions avec M.
Gattaz, vous savez, ce boloss qui veut qu’on recrute à Pôle Emploi pour
faire pointer les chômeurs tous les jours. Nous aussi, on a notre Trump.
Ils
nous diraient, les politiques, que la vieille économie c’est du passé
et que derrière chaque chômeur, il y a un milliardaire en puissance, à
condition qu’il se sorte les doigts du nez, ou d’ailleurs, qu’il prenne
son vélo et aille livrer une saloperie de bouffe formatée à son voisin.
La microentreprise, c’est l’avenir puisque les délocalisations et les
gains de productivité repoussent sans cesse la perspective de la
diminution de la courbe du chômage.
Quel verdict ?
Au
terme de ce procès devant le tribunal de l’histoire, le verdict serait
clément pour les financiers industriels, parce que la cour considèrerait
qu’en l’absence de collusion avérée avec les politiques, il n’ont fait
que leur métier en protégeant leurs actionnaires et en s’achetant des
yachts de luxe immatriculés aux iles Kiribati et que s’ils ont pu faire
ce qu’ils voulaient, c’est quand même grâce au laxisme de la classe
politique.
Ils
pourraient être reconnus tout de même un peu coupables, mais dispensés
de peine, comme Mme Lagarde avec son « arbitrage » à 400 Millions dans
l’affaire Tapie/Adidas
Les
économistes seraient condamnés à ne plus apparaître dans les médias
afin de mettre un terme à leur incontinence verbale et à faire vœu de
silence en se retirant dans un monastère.
Le citoyen, coupable en dernier ressort…
Quant
aux politiques, ils diraient simplement pour leur défense qu’ils ont
été élu par les citoyens et que toutes les conneries qu’ils ont pu
faire, c’était au nom du suffrage universel et qu’ils étaient tenu par
notre vote, bien que le mandat impératif n’existe pas.
C’est
de votre faute si tout cela est arrivé, vous avez élu au mieux des
buses qui ont profité du système avec les emplois familiaux et au pire
des hommes politiques en phase avec les théories des industriels de la
finance (Ou peut être les deux à la fois) qui se contentent de passer
les plats pour aller pantoufler ensuite dans les conseils
d’administration du CAC 40.
Et
que trouve-t-on dans cette catégorie ? Des politiques biberonnés au
service public, passés par les plus grandes écoles de la République
payées par vos impôts, qui se hâtent de cracher dans la soupe en
rejoignant une banque d’affaires, ou en allant toucher des stocks
options chez les industriels en échange d’un plan social qui fera
grimper l’action ou pour les gagne-petits de se faire rémunérer à 52000 €
par mois chez un transporteur ferroviaire en déficit chronique.
On
ne me fera pas avaler que ces braves gens se sacrifient en renonçant à
leurs avantages pour un salaire de Ministre et de Président pour
s’occuper de la France et des Français. J’ai simplement en tête qu’ils
sont en service commandé et qu’une fois le sale boulot fait, leur rond
de serviette les attend chez les industriels de la finance.
Le sale boulot ?
C’est
couvrir autant que possible les agissements des laboratoires
pharmaceutiques et homologuer des médicaments contre le cancer à des
prix faramineux en sachant que tout le monde ne pourra pas en
bénéficier.
C’est
accepter que des industriels de la chimie fassent la loi dans les
campagnes et empoisonnent les terres avec la complicité de syndicats
agricoles et polluent l’environnement de tout le pays en provoquant des
pathologies graves.
C’est
accepter que les sociétés d’autoroute continuent de racketter les
automobilistes en échange de programmes d’investissement bidons.
C’est
développer des discours écologiques avec des idiots utiles au
gouvernement et couvrir les agissements des constructeurs automobiles
qui traficotent les tests de pollution.
C’est
ne rien faire pour éviter qu’on bouffe des lasagnes à la viande de
cheval en limitant les effectifs et le champ d’action des agents chargés
du contrôle alimentaire.
C’est
accepter la fraude fiscale (60 à 80 Milliards d’euros) et les niches
fiscales qui coûtent plus que le rendement actuel de l’impôt sur le
revenu.
C’est donner des milliards aux entreprises avec le CICE sans que rien ne se passe sur le front de l’emploi.
C’est
traiter les gens de fainéants pour les culpabiliser un peu plus d’être
sans emploi et dire à ceux qui en ont un de se tenir à carreau. Etc… Etc…

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