Laurent Maffeis
Déposé chaque année au début de l'automne par le gouvernement, le « projet de loi de finances »
traduit dans le détail ce que sera la politique de l'État dans tous les
domaines pour l'année suivante.
Le budget qu'a préparé le gouvernement
Philippe pour 2018 est plus libéral et austéritaire que tous les budgets
des ères Sarkozy et Hollande. Jamais autant de cadeaux fiscaux
n'avaient été accordés d'un seul coup aux plus riches, alors même que de
nombreux secteurs d'intérêt général (logement, travail et même
éducation et sécurité) sont amputés et que les plus pauvres sont sommés
de faire de nouveaux sacrifices.
L'ampleur et la sophistication des
mesures en faveur des plus riches contribuables donne le tournis. Les
moyens dégagés en faveur des actionnaires et des très hauts salaires
dépassent les 15 milliards d'euros : exonération d'Impôt sur la fortune
pour le capital financier (85% de l'ISF disparaît ainsi !), baisse de
l'impôt sur les bénéfices des entreprises, fin de la taxe sur les
dividendes distribués aux actionnaires, et, encore plus symptomatique,
suppression de la surtaxe qui visait jusqu'ici les plus hauts salaires
de la banque et de l'assurance (supérieurs à 152 000 euros annuels !).
Officiellement destinée à attirer en France des financiers après le
Brexit, cette mesure montre surtout la portée oligarchique de ce
budget : d'énormes moyens de la Nation seront mobilisés l'année
prochaine pour un tout petit nombre de personnes dont le point commun
est leur lien à la finance, sans autre préoccupation pour l'intérêt du
pays.
Pour financer ces mesures, ce budget se
traduit à l'inverse par des économies aussi lourdes que mesquines sur le
peuple en général et sur les plus pauvres en particulier. La baisse des
aides au logement qui seront amputées de 5 euros par mois et même de 20
euros pour certains locataires du parc social. Mais aussi des coups de
rabot sur les aides aux personnes en situation de handicap qui vivent en
couple. Au nom de l'austérité, ce budget ampute aussi des secteurs
fondamentaux pour l'avenir du pays. Les budgets du travail et de
l'emploi perdent près de 2 milliards alors que le pays compte 5 millions
de chômeurs. Et le budget de l'enseignement supérieur et de la
recherche va même diminuer en valeur réelle alors que les universités
vont devoir accueillir 50 000 étudiants supplémentaires dans des
conditions toujours plus chaotiques. Ce budget tourne aussi complètement
le dos à l'avenir en matière écologique, en allant par exemple jusqu'à
supprimer les aides au maintien de l'agriculture biologique ou à détaxer
les plus-values sur les terrains constructibles ce qui va accélérer la
disparition des terres agricoles.
Exempt de tout sens de l'intérêt
général, ce budget sera pour 2018 celui d'une République en marche
arrière.

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