Claude-Marie Vadrot
Une réunion discrète de spécialistes organisée par des producteurs et
des multinationales du café vient de faire un point pessimiste à
Nairobi.
Le café, plus exactement le bon café, pousse essentiellement dans les
contrées montagneuses ou collinaires, et relativement fraîches, des
tropiques, quel que soit le continent. Mais, comme les températures
moyennes de ces régions sont à la hausse, sous l’influence du
réchauffement climatique, les plantations de caféiers doivent chaque
année « grimper » un peu plus dans les hauteurs. Lesquelles ne sont
évidemment pas extensibles à l’infini. D’autant plus que dans les zones
tropicales comme la Tanzanie, le Mozambique, le Kenya ou les nations
d’Amérique centrale, l’élévation des températures moyennes est souvent
plus rapide qu'ailleurs. L’industrie et le commerce du café ont donc
récemment réuni discrètement dans la capitale kenyane, Nairobi, quelques
spécialistes, dont les conclusions sur l’avenir de cette baie
originaire d’Éthiopie, ne sont pas optimistes.
Car le phénomène a au moins deux conséquences : d’abord, les
populations locales se voient progressivement privées de cultures ou
bien constatent, comme en Colombie, au Venezuela ou en Côte d’Ivoire,
que les rendements sont de plus en plus souvent divisés par deux ou
trois. Cela diminue les ressources de planteurs ou des travailleurs
agricoles et pèse sur la balance commerciale de leurs pays. Ensuite, si
les conditions continuent à évoluer dans le même sens, il y a menace que
le café devienne une denrée de plus en plus rare et donc de plus en
plus chère. Donc de moins en moins accessible aux consommateurs, des
pays industrialisés mais aussi ceux du Sud.
Pénurie de pollinisateurs
Pour retarder l’inéluctable, les planteurs peuvent protéger leurs
arbustes à café avec des arbres qui leur procurent à la fois de l’ombre
et la fraicheur nécessaire. Ils peuvent aussi, mais ce n’est pas
toujours facile, développer ou préserver les espaces forestiers qui
entourent les plantations. Pour obtenir ou maintenir la fraîcheur
relative mais aussi parce que ces zones boisées abritent la vie des
insectes pollinisateurs nécessaires aux récoltes abondantes. La question
est d’autant plus cruciale que la majorité de ces insectes, y compris
les abeilles, ne peuvent pas suivre les caféiers en altitude ou migrer
vers la nord ou vers le sud, car leur survie est liée à des écosystèmes
particuliers qui n’existent pas ailleurs. Ainsi, non seulement les
investissements d’adaptation, de déménagement et de protection des
plantations représentent des fortunes hors de portée pour de nombreux
pays, mais en plus, les entomologistes estiment que seule une infime
partie des pollinisateurs pourraient suivre. Cela implique une
diminution déjà constatée du niveau des récoltes.
Crainte spéculative
Ainsi, les chercheurs de l’université sud-africaine de Witwatersrand
ont mesuré que depuis 1970 la production tanzanienne de café a chuté de
50 % et que la moyenne de grains à l’hectare est passée de 225 kilos à
137 à l’hectare pour un petit producteur.
Pour éviter que les bourses spécialisées ne s’affolent, pour que la
spéculation ne bouleverse pas le marché, rien n’a encore filtré des
conclusions des spécialistes.
Mais, il paraît certain à terme, que
l’avenir du café pourrait être menacé. Comme celui du thé, et toujours
pour des raisons climatiques, dans le nord de l’Inde.

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