Gérard Le Puill
Les
journaux et médias audiovisuel ont trouvé un nouveau feuilleton pour
alimenter les heures creuses de l’actualité.
Il s’agit de repérer quelques rayons vidés de leurs plaquettes de beurre en grande surface pour agiter le spectre de la pénurie en faisant remonter les souvenirs des plus anciens à l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale.Toutefois, il n’y aurait pas de pénurie de beurre si la grande distribution n’avait pas tant tiré sur les prix en février 2017, au moment du bouclage de la négociation annuelle avec ses fournisseurs.
Il s’agit de repérer quelques rayons vidés de leurs plaquettes de beurre en grande surface pour agiter le spectre de la pénurie en faisant remonter les souvenirs des plus anciens à l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale.Toutefois, il n’y aurait pas de pénurie de beurre si la grande distribution n’avait pas tant tiré sur les prix en février 2017, au moment du bouclage de la négociation annuelle avec ses fournisseurs.
Le
feuilleton relatant la pénurie de beurre continue en France. Au fil des
jours, la vérité sur les causes des rayons vides dans certains magasins
commence à percer. En avril 2016, le prix de la tonne de beurre sur le
marché international était de 2 500€. Son prix avait commencé à
augmenter à la fin de cette même année 2016. Mais les négociateurs des
enseignes de la grande distribution n’ont pas voulu en tenir compte dans
les négociations annuelles de prix qui se sont terminées en février
2017 avec les laiteries. En pratiquant le chantage au déréférencement du
beurre de chaque marque en négociation entre mars 2017 à février 2018
auprès des laiteries qui demandaient des hausses de prix, les enseignes
comme Leclerc, Carrefour, Casino, Auchan ont fait plier leurs
fournisseurs dont l’une des marques les plus connues est « Paysan
breton ».
Mais, en cet automne 2017, le prix de la tonne de beurre navigue
entre 6 500 et 7 000€ sur les marchés internationaux. Il en est ainsi
parce que la demande internationale est en hausse, tandis que
l’industrie de la pâtisserie reste une grande consommatrice de beurre en
France. Elle paye le beurre en fonction de l’évolution des cours au
niveau européen et mondial. Ces dernières semaines, les laiteries ont
pris leur revanche sur les grandes surfaces devenues trop radines. Elles
ont livré en priorité les acheteurs qui payaient le mieux, qu’il
s’agisse du marché intérieur ou des exportations jusqu’en Chine. Voilà
pourquoi des grandes surfaces ont été informées que l’on manquait de
beurre du fait de la réduction de la production laitière en raison d’un
prix du lait trop bas, ce qui est également vrai.
30% de la semaine potentielle non satisfaite du 16 au 22 octobre en grande surface
Comme le risque de pénurie pousse les ménages à augmenter les achats
de précaution quitte à congeler quelques plaquettes, environ 30% de la
demande potentielle n’aurait pas été satisfaite en France dans la
semaine du 16 au 22 octobre selon le cabinet Nilsen qui collecte les
informations sur la vente dans les grandes surfaces.
En dépit de la demande mondiale en hausse, on peut penser que le prix
du beurre n’aurait pas augmenté de 173% en quelques mois si le prix du
lait était resté rémunérateur pour les paysans ces trois dernières
années. En novembre 2013, le prix moyen du litre de lait perçu par le
producteur français, primes de qualité comprises, était de 37,95
centimes d’euro. En mai 2014, il était de 35, 8 centimes. La production
laitière augmentait dans plusieurs pays d’Europe avec la perspective de
la fin des quotas de production par pays à partir d’avril 2015. Du coup,
le prix moyen pour 2015 en France a été de 30,50 centimes le litre de
lait pour tomber entre 27,50 et 29 centimes de moyenne en 2016.
Dès la fin de l’année 2014 et durant toute l’année 2015, la
production européenne de lait était plus importante que la demande
globale de produits laitiers. Pour dire les choses autrement, la
consommation de yaourts, de lait entier et de fromages n’a pas augmenté
alors que la production de lait augmentait. Dans un premier temps, il
suffisait que les laiteries industrielles écrèment plus de lait pour
transformer la crème en beurre et le lait liquide écrémé en poudre
sèche, sachant que la congélation permet de stocker le beurre. Mais le
surplus de poudre ne trouvant pas son marché, son stock européen est
vite monté à 350 000 tonnes. Il a « bénéficié » de l’intervention
publique pour un prix dérisoire financé par le budget européen. Les
laiteries en ont profité pour faire baisser le prix du lait en 2015 et
en 2016 au départ de la ferme. Actuellement le prix de la tonne de
poudre stagne à 1 600€ sur les marchés internationaux alors que celui de
la tonne beurre est passé de 2 500€ à plus de 6 500€ entre temps
La collecte de lait de vache en recul de 2,2% en France
Selon une étude que vient de publier le service économique des
Chambres d’agriculture, en juillet 2017 le prix moyen du lait payé aux
producteurs était remonté 34,2 centimes le litre. La hausse a été de 12%
sur les six premiers mois de 2017 sans retrouver, loin s’en faut, le
prix moyen de 2013. La même étude indique que « fin août 2017, la
collecte française de lait de vache est en recul de 2,2% par rapport à
l’année passée ». Cette étude nous indique aussi que « la baisse de la
collecte est particulièrement forte dans le Sud-Ouest, en
Charente-Poitou, en région Centre et en Auvergne-Limousin ». Bref, c’est
dans les régions les moins spécialisées en élevage laitier que la
production recule entre 5 et 7% puisque « la baisse est contenue pour
les deux principaux bassins laitiers avec moins 0,4% dans le Grand-Ouest
et moins 1,6% en Normandie ».
Dans la mesure où le prix du lait a été et reste trop bas depuis
trois ans, certains éleveurs ont vendu des vaches pour compenser une
perte de trésorerie. Ils ont réduit les achats d’aliments composés dans
le but de réduire le prix de revient de chaque litre de lait. Moins
qu’en France, la collecte européenne de lait de vache recule aussi de
0,6% durant le premier semestre de 2017 par rapport à 2016. Enfin,
l’étude des Chambres d’agriculture confirme ce que nous avons déjà écrit
pour expliquer la relative pénurie de beurre.
« Bien que la demande de
beurre soit extrêmement dynamique et que les cours flambent, les
transformateurs privilégient les fabrications de fromages au détriment
du couple beurre-poudre. En effet, les fromages sont bien valorisés à la
fois sur le marché intérieur et à l’export, alors que les cours de la
poudre de lait écrémé demeurent à leur niveau (de prix, ndlr)
d’intervention du fait des stocks importants qui ne trouvent pas
d’acquéreur ».
Notons enfin que si le prix français du lait avait moins baissé que
dans d’autres pays au plus fort de la crise, il remonte aussi moins
vite. Selon l’étude des Chambres d’agriculture, le prix moyen payé au
producteur français était de 331€ la tonne en juin dernier contre 367€
aux Pays Bas, 366€ en Italie et 344€ en Allemagne. Selon
l’interprofession laitière, le prix français aurait atteint 349€ la tonne
en août dernier.
Finalement, la non maîtrise de la production laitière européenne via
l’abandon des quotas par pays a déstabilisé la production et fragilisé
les producteurs. Leur maintien, avec au besoin des droits à produire
supplémentaires attribués de manière ponctuelle, aurait permis d’avoir
le beurre pour les consommateurs et l’argent du beurre pour les
producteurs de lait.

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