Victor Ayoli
Le président français entame un périple de trois jours sur le continent
africain - au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana - avec pour
objectif de donner un coup de jeune aux relations franco-africaines en
les recentrant sur l’entreprenariat, l’éducation et la jeunesse. Mais au
son des grenades...
Macron innove en s’entourant d’un « Conseil présidentiel pour l’Afrique »
composé principalement de jeunes entrepreneurs binationaux en lien
étroit avec leurs pays d’origine, qui lui apportent une autre vision de
l’Afrique que les réseaux diplomatiques traditionnels de ses
prédécesseurs.
Visite délicate sur fond de menace terroriste au Sahel que les
troupes françaises installées sur place combattent efficacement mais non
sans difficultés et aussi d’un flux migratoire non géré donnant lieu à
bien des catastrophes, tant en Méditerranée qu’en Libye. Un récent
reportage a permis d’ouvrir les yeux sur un secret de polichinelle : la
résurgence de l’esclavage transsaharien.
Le président français risque de croiser quelques manifestants
d’organisations appelant à protester contre la tutelle néocoloniale du
franc CFA, contre le pillage des ressources naturelles de l’Afrique par
les grandes entreprises françaises, mais pas que… Une grenade jetée sur
un véhicule militaire français témoigne de la nervosité, voire de l'
hostilité dune partie des populations africaines.
Macron va probablement parler d’un plan de développement sur place.
Mais un plan de développement efficace doit être débarrassé du racket et
de l’exploitation par les multinationales des ressources gigantesques
de cet énorme continent.
Dehors Areva ! Où paye. Dehors Bolloré ! Ou paye. Dehors Total ! Ou paye. Dehors Nestlé ! Ou paye. Dehors Bill Gates ! Ou paye.
L’Afrique attire les « investisseurs » internationaux. Mais pour quel
développement ?Pour un développement prédateur, néocolonialiste. Ces
firmes voyous saccagent les forêts, extraient les arbres les plus
rentables, puis déboisent et plantent des palmiers à huile.
Et ça rapporte quoi aux Africains ça ? Rien. Par contre ça les envoie
à travers déserts et Méditerranée vers le miroir-aux-alouettes de
l’Europe. Le « progrès » des tracteurs a ruiné l’agriculture vivrière en
détruisant la mince couche de terre arable patiemment fabriquée par des
générations de petits cultivateurs. Oui mais ça engraisse Deutz,
McCormick et autres…
Les firmes vautours qui néocolonialisent l’Afrique – françaises,
européennes, étasuniennes et maintenant surtout chinoises - extraits les
minerais d’uranium, de cuivre, de cobalt, d’or, de diamants, de terres
rares et laissent une terre ruinée de latérite stérile et polluée.
Et ça rapporte quoi aux Africains ça ? Rien. Par contre ça les envoie
à travers déserts et Méditerranée vers le miroir-aux-alouettes de
l’Europe.
À côté des firmes voyous, il y a les États voyous, États voleurs de
terre : (Chine, Corée du Sud, Arabie saoudite, Libye, Qatar, etc...) et
les investisseurs voyous privés (fonds de pensions, banques, etc...). Ces
bandits achètent la terre, le territoire, envoient les bulldozers,
saccagent, défrichent, font fuir les paysans avec l’aide musclée des
potentats locaux à la patte abondamment graissée, puis plantent des
cultures d’exportation (cacao, arachide, café, riz, fleurs).
Et ça rapporte quoi aux Africains ça ? Rien. Par contre ça les envoie
à travers déserts et Méditerranée vers le miroir-aux-alouettes de
l’Europe.
Et que dire de ce pillage des élites africaines ? ! Il y a plus de
médecins béninois en région parisienne que dans tout le Bénin ! Il en
est de même pour les ingénieurs et les techniciens pourtant
indispensables au développement de ces pays.
Au lieu de cette économie de prédation, ne vaudrait-il pas mieux
mettre en place une réforme agraire en expulsant les grands
propriétaires terriens pour partager, avec le soutien financier et
réglementaire de l’État, les terrains en petites exploitations
principalement axées sur les cultures et l’élevage vivriers ? ! Il y
aura forcément une faible productivité, mais tant mieux : ça donnera du
travail aux populations locales. Mais attention au syndrome « Zimbabwe »
ou une réforme agraire de ce type mal menée a ruiné le pays…
Ne vaudrait-il pas mieux mettre en place de petites unités
industrielles locales, directement en prise avec les besoins locaux :
fabrication d’outils, de vêtements, de biens de consommation,
d’habitations préfabriquées, de véhicules bon marché adaptés au
pays, etc... ? ! Et même les pousser à exporter mais en assortissant ce
développement local d’un indispensable protectionnisme vis-à-vis de la
concurrence des grands pays développés qui subventionnent leurs
exportations, refilent aux Africains leurs produits de seconde zone et
tuent ainsi dans l’œuf toutes les initiatives locales.
Ce modèle de développement, aux antipodes de celui proposé, imposé
plutôt par les organisations prédatrices que sont le FMI (Fond Monétaire
International), la Banque mondiale, l’OMC (Organisation mondiale du
commerce), a réussi il y a quelques décennies en Corée du Sud, en
Malaisie, au Vietnam.
Ne serait-il pas plus réaliste, et efficace, de s’inspirer de ce qui a
réussi ailleurs plutôt que de laisser la bride sur le cou à toutes ces
institutions, multinationales et États nuisibles ? L’acceptation des
investissements des états et firmes prédatrices devrait s’assortir d’un
accord de ce genre : sur 1 000 que vous investissez, on vous en concède
500 pour vos cultures exportatrices, mais on vous impose d’investir 500
pour le développement de cultures vivrières à travers une aide
financière et technique aux petits paysans locaux. Et idem pour les
implantations industrielles venant en appui de l’artisanat et à la
petite industrie locale. Pour que ça rapporte enfin aux Africains, que
ça leur rende la fierté de leurs pays et leur enlève de l’esprit ce
mirage qui les envoie, à travers déserts et Méditerranée, vers le
miroir-aux-alouettes de l’Europe.
On nous rétorquera que l’argent de l’aide internationale coule à
flots en Afrique… Mais il coule dans quelles poches ? Car peut-on
envisager un tel développement positif avec des dirigeants et des
administrations corrompus jusqu’à la moelle ? Mais qui dit corrompus dit
corrupteurs. Et les corrupteurs, qui sont-ils ? Et où sont-ils ?
Devinez… En plus, il faut relativiser cette aide financière. Elle est
actuellement inférieure au transfert d’argent provenant de la diaspora
africaine en Europe…
Enfin, il est une question taboue qu’il faut pourtant bien aborder :
les bienfaits de la médecine moderne ont fait chuter heureusement la
mortalité infantile. On s’en réjouit. L’espérance de vie s’en est
trouvée allongée. Et donc la démographie a explosé tandis que la
production restait au niveau d’une agriculture de subsistance, elle-même
ruinée par les exportations subventionnées de produits européens.
Conclusion : une aide massive ne s’évaporant pas dans des poches
corrompues doit se conjuguer avec une régulation efficace de la
surpopulation. Les Chinois l’on fait, les Indiens tentent de le faire.
Mais, au-delà de toute coercition, la manière la plus efficace de
limiter les naissances, c’est l’éducation. Mais débarrassée des carcans
de l’islam et du christianisme avec leur natalisme forcené.
Faute de résoudre ce double défi : développement économique de
l’Afrique et limitation des naissances, l’Europe va se trouver
confronter, dans les décennies qui viennent, à une gigantesque question
migratoire. Qui ne se résoudra pas avec le sourire…
Allez, Monsieur le président, au lieu de la politique de complaisance
de ce qui fut la « Françafrique » envers les satrapes et dictateurs
locaux, prônez la « bonne gouvernance » si vous voulez, comme Chirac, mais évitez de faire comme Sarko disant que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».
Et méditez sur ce proverbe africain : « Le mensonge donne des fleurs, pas de fruits ».

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