Amira Hass
On estime que 5.102.809 enfants de moins de 18 ans vivent entre
la rive de la Méditerranée et le Jourdain.
Cette estimation a été
publiée à l’occasion de la “Journée Internationale de l’Enfance”,
célébrée la semaine dernière. Mais elle n’a pas été émise comme une
statistique unique, car il s’agit ici d’un pays avec deux “bureau
central des statistiques”, pour deux peuples, et toutes sortes
d’incohérences démographiques et territoriales.
Commençons par la simple répartition. Selon le Bureau central des
statistiques israélien, environ 2.852.000 enfants de 17 ans ou moins
vivent en Israël. J’ai lu une histoire à l’un d’entre eux, Maayan,
de Jérusalem, âgée de six ans, la semaine dernière. Elle posa son coude
sur mon genou et me cita parfois des phrases entières de mémoire avant
que j’aie eu le temps de les lire.
Selon le Bureau central palestinien des statistiques, on estime à
2.250.809 le nombre d’enfants palestiniens âgés de moins de 18 ans
vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. L’un d’eux est Kawthar,
7 ans, de Hébron. La semaine dernière, elle a posé son coude sur mon
épaule gauche et a observé mes doigts avec beaucoup d’intérêt pendant
qu’ils tapaient sur un clavier pour retranscrire la conversation avec
l’ami de son père.
Mais avons-nous dit “simple” ?
Israël, selon son Bureau Central des Statistiques, englobe les colonies de Judée et de Samarie, des avant-postes extraterritoriaux de l’État.
La Cisjordanie, selon l’Office des statistiques palestinien, comprend Jérusalem-Est, dont la population palestinienne est également incluse dans les statistiques du bureau israélien 1. Les enfants palestiniens à Jérusalem sont les plus pauvres d’Israël, mais ils sont comptés deux fois. Vous devez donc soustraire des dizaines de milliers d’enfants du chiffre total. Maayan est rentré du jardin d’enfants l’année dernière et a répété quelque chose sur les “mauvais Arabes”. Kawthar sait que son quartier est presque vide parce que les voisins juifs vivant dans les colonies se sont fait une spécialité de menacer les Arabes pour les chasser.
Israël, selon son Bureau Central des Statistiques, englobe les colonies de Judée et de Samarie, des avant-postes extraterritoriaux de l’État.
La Cisjordanie, selon l’Office des statistiques palestinien, comprend Jérusalem-Est, dont la population palestinienne est également incluse dans les statistiques du bureau israélien 1. Les enfants palestiniens à Jérusalem sont les plus pauvres d’Israël, mais ils sont comptés deux fois. Vous devez donc soustraire des dizaines de milliers d’enfants du chiffre total. Maayan est rentré du jardin d’enfants l’année dernière et a répété quelque chose sur les “mauvais Arabes”. Kawthar sait que son quartier est presque vide parce que les voisins juifs vivant dans les colonies se sont fait une spécialité de menacer les Arabes pour les chasser.
Les enfants représentent 45,6% de la population palestinienne de
Cisjordanie et de Gaza, a indiqué le bureau palestinien lors de
l’annonce de la “Journée de l’enfance”. Près de la moitié des habitants
de Gaza sont âgés de 17 ans ou moins – 49,3%, contre 43% en Cisjordanie,
qui compte 1.293.421 enfants sur 5.860 km². Quelque 957.388 enfants
vivent sur les 365 kilomètres carrés de la Bande de Gaza. En d’autres
termes, 42% des enfants palestiniens vivent sur 6% de la terre calculée
comme palestinienne.
L’ensemble de données publiées par Israël montre que 32% de la
population juive d’Israël – 2.042.000 – sont des enfants. Environ 40% de
la population arabe israélienne, soit 722.000, sont des enfants. Les
autres sont des chrétiens non-arabes, note méticuleusement le Bureau des
statistiques israélien. Le pourcentage d’enfants faisant partie de la
population juive a augmenté de 30% entre 2005 et 2010. La proportion
d’enfants parmi la population palestinienne a chuté de 47% en 2005 à 44%
en 2010. Le district de Judée-Samarie 2 est le grand gagnant dans la répartition israélienne – 191.600 enfants représentent 48% de la population des colons.
Mais ne vous réjouissez pas trop vite 3. La seule population féminine palestinienne de 4 ans et moins en Cisjordanie compte 198.623 individus.
Les enfants palestiniens de la Cisjordanie âgés de 10 à 17 ans qui
travaillent (qu’ils gagnent ou non un salaire) sont 5,3%, soit 28.000
enfants. Le taux est plus bas dans la bande de Gaza, où le chômage est
endémique : 1,9%. Les enfants gagnent en moyenne 56 shekels (13,5 €) par
jour. La moyenne hebdomadaire de travail est de 44 heures.
Le Bureau central des statistiques israélien ne prend en compte que
les jeunes de 15 à 17 ans qui travaillent. A la fin de 2016, seulement
1,8% des 212.000 personnes de ce groupe d’âge travaillaient (sans faire
d’études).
Les enfants vivant avec deux parents ou un parent seul, les athlètes
actifs, les jeunes qui étudient pour un baccalauréat à l’université sont
quelques-unes des catégories que les statistiques israélienne vérifient
et évaluent pour la “Journée Internationale de l’Enfance”.
Parallèlement, la collecte de données palestiniennes pour le même jour
montre qu’Israël a arrêté 4.000 mineurs palestiniens depuis octobre
2015, sur un total de 15.000 Palestiniens arrêtés durant cette période.
Selon les statistiques que le Service israélien des prisons a fourni à B’Tselem,
il y avait 331 mineurs palestiniens dans les prisons israéliennes en
mai dernier. Israël les définit comme des prisonniers de sécurité et des
détenus. Huit autres ont été capturés en Israël sans permis de séjour
et emprisonnés.
Selon les statistiques de la branche palestinienne de Defence for Children International,
les forces de sécurité israéliennes ont tué 35 enfants en 2016 et 15
autres en 2017 (de janvier à août). Trois d’entre eux avaient entre 13
et 15 ans et les autres avaient entre 16 et 17 ans. Le communiqué de
presse ne détaille pas les circonstances de leur décès.
Cet article a été publié par Haaretz le 28 novembre 2017, sous le titre “One Land and 5,102,809 Children”.
Traduction : Luc Delval
Amira Hass est une journaliste israélienne, travaillant pour le journal Haaretz. Elle a été pendant de longues années l’unique journaliste israélienne à vivre à Gaza, et a notamment publié « Boire la mer à Gaza » (Editions La Fabrique).
Notes
| (1) Jérusalem-Est a été annexé par Israël, qui considère donc que la population qui y vit lui appartient (sauf quand il faut allouer des moyens pour assurer les services minimaux aux Arabes parmi eux), alors que cette population est aussi considérée comme palestinienne puisqu’aux yeux du monde entier (sauf Israël) Jérusalem-Est est un territoire occupé – NDLR | ||||
| (2) Judée-Samarie : le nom que donne l’occupant israélien à la Cisjordanie. – NDLR | ||||
| (3) L’auteur s’adresse à ses compatriotes juifs israéliens, notoirement taraudés par “la question démographique”, à savoir est-ce que la population juive restera éternellement majoritaire ? La fécondité des femmes palestiniennes, supérieure à celle des Israéliennes, fait l’objet de tous les fantasmes. Mais les Juives vivant dans les colonies (parmi lesquelles il y a une forte proportion d’ultra-orthodoxes) font encore plus d’enfants… Tout cela donne lieu en permanence à des calculs souvent assez sordides et à des supputations largement irrationnelles, d’autant que les chiffres de la population juive sont fortement impactés par les mouvements migratoires (les Juifs de la diaspora qui “font leur aliyah” et ceux qui décident de (re)partir s’installer à l’étranger) qui varient fortement dans le temps en fonction de la situation politique et économique – NDLR |
Pour la Palestine

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